Une obligation de moyens et un devoir de cohésion

Les dernières élections municipales ont démontré l’importance de la mobilité dans les aspirations économiques, environnementales et sociales de tous les usagers, citoyens ou entreprises, estime l'auteur. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les dernières élections municipales ont démontré l’importance de la mobilité dans les aspirations économiques, environnementales et sociales de tous les usagers, citoyens ou entreprises, estime l'auteur. 

On en parle trop peu, mais le ministère des Transports du Québec (MTQ) s’affaire depuis cet été à élaborer une première politique québécoise de mobilité durable (PQMD) qui doit couvrir la période 2018-2030. Cette politique à vocation interministérielle doit devenir un levier pour la prospérité économique de l’ensemble de nos territoires, de nos villes et de nos régions en améliorant l’efficacité des transports et la qualité des infrastructures. Les dernières élections municipales ont démontré l’importance de la mobilité dans les aspirations économiques, environnementales et sociales de tous les usagers, citoyens ou entreprises.

En prévision de l’Accord de Paris, en 2015, le gouvernement s’est engagé à réduire globalement de 37,5 % les GES d’ici 2030. Pour élaborer cette cible, le scénario d’amener les émissions du transport sous la barre de 20 mégatonnes (Mt) par an a été retenu. Pourtant, il faut savoir qu’entre 1990 et 2014, elles sont passées de 28 Mt par an à 35 Mt par an ! Parallèlement, les industries ont réduit de 20 % leurs émissions depuis 1990 (et continueront de les réduire encore), mais leurs gains ont été effacés par le transport. Les industries ne peuvent pas faire les frais plus longtemps d’un manque de solutions plus énergiques et adéquates du côté des transports.

C’est donc dire que, mathématiquement, la future politique québécoise de mobilité durable devra viser une réduction des GES de 30 % par rapport à 1990, c’est-à-dire, au moins 45 % par rapport à la situation actuelle pour le transport, pour espérer s’arrimer aux objectifs du Plan d’action contre les changements climatiques (PACC) et de la Politique énergétique 2030.

Urgence

Il apparaît évident qu’il faudra allouer ici plus de ressources au transport individuel et collectif des personnes, ainsi qu’au transport des marchandises et à leurs chaînes logistiques, afin que cette transition puisse contribuer au développement économique et non lui nuire. Les citoyens et les collectivités, de même que les entreprises et les transporteurs dont elles dépendent, devront pouvoir compter sur un ensemble d’actions plus ambitieuses et plus efficaces. Le temps presse.

Pour ce faire, il importe de resserrer rapidement la cohésion des trois principaux ministères impliqués, car au moment où une équipe dédiée au MTQ travaille sur la PQMD (soutenue par un comité diversifié de parties prenantes importantes), l’organisme Transition énergétique Québec (TEQ) et le nouveau conseil de gestion du Fonds vert mènent également des consultations en vue de proposer, eux aussi, de nouveaux outils.

Quels seront les programmes et mesures pour soutenir la mise en oeuvre de la PQMD, de concert avec TEQ et le Fonds vert ? Qui va les gérer ? Comment ? Au bénéfice de quelles clientèles ? Quand ? Avec quel financement ?

Il reste trois mois au gouvernement avant son prochain budget pour faire le ménage de ses programmes et répondre à ces questions cruciales. Il devra compter sur la collaboration des municipalités et sur l’adhésion tant des citoyens que des entreprises. Pour l’aider à mettre de l’ordre dans tout ça, il peut s’appuyer sur la collaboration d’un ensemble de parties prenantes engagé depuis presque cinq ans dans la recherche de solutions innovantes et structurantes. Il serait fou de s’en priver, mais il doit, à l’image des intérêts parfois divergents de ces groupes qui ont décidé de s’investir dans un dialogue proactif, briser ses propres silos politiques ou administratifs : qu’il s’agisse de ses cabinets ou de ses équipes ministériels.

Le premier ministre et les trois ministres principalement concernés devront développer un niveau de synergie rarement vu. C’est tout un défi, mais c’est également une occasion exceptionnelle. Ce changement de culture est déterminant pour accomplir les grandes réalisations que nous devons aux générations actuelles et futures. Mais, comme on dit, le call doit venir d’en haut et se rendre partout dans l’appareil étatique, sans compromission.

3 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 23 novembre 2017 05 h 22

    C'est la pression sociale qui fait bouger les choses!

    «Mais, comme on dit, le call doit venir «d’en haut» et se rendre partout dans l’appareil étatique, sans compromission.»
    Vous devriez savoir, monsieur Dorval, que les changements ne viennent jamais d'en haut. C'est seulement avec la pression des citoyens que les gouvernements bougent. Selon la célèbre anthropologue américaine, Margaret Mead: «"Ne doutez jamais qu'un petit groupe de personnes peuvent changer le monde. En fait, c'est toujours ainsi que le monde a changé." ...»

  • François Beaulé - Abonné 23 novembre 2017 14 h 04

    L'importance de l'aménagement du territoire

    La Suède, avec une population de près de 10 millions de personnes, a produit moins de 20 Mt de GES relativement aux transports en 2015. Alors que le Québec avec une population d'un peu plus de 8 millions en a émis 35 Mt en 2014.

    Une des causes majeures de cet écart est l'aménagement du territoire et l'organisation des villes. Même s'il est impossible de rebâtir le Québec à la suédoise d'ici 2030, il faut revoir l'aménagement du Québec et développer un nouvel urbanisme. C'est un objectif incontournable à long terme.

    Il faut notamment mettre fin à l'étalement urbain et à la dispersion des habitants sur le territoire. Le ministre des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire a donc une importante responsabilité dans la réduction des émissions de GES.

  • Gérald Scullion - Inscrit 23 novembre 2017 14 h 20

    les voitures

    Pas toujours utile.