Trentième anniversaire du décès de René Lévesque: un homme d’exception

Depuis près de 35 ans, au moins 40 milliards de dollars ont été versés au gouvernement du Québec par Hydro-Québec, un héritage dû en grande partie à René Lévesque.
Photo: Hydro-Québec Depuis près de 35 ans, au moins 40 milliards de dollars ont été versés au gouvernement du Québec par Hydro-Québec, un héritage dû en grande partie à René Lévesque.

René Lévesque est devenu, au fil des ans, le plus grand de tous les premiers ministres du Québec. Pour vous en convaincre, prenez le temps de parcourir les Chroniques politiques de René Lévesque, publiées par la maison Hurtubise, à l’initiative de la Fondation René Lévesque, mais réalisées surtout grâce au bénévolat de deux excellents historiens, Éric Bédard et Xavier Gélinas.

En effet, comme des bénédictins, nos amis Bédard et Gélinas ont fait l’inventaire de tout ce que René Lévesque a pu écrire, surtout durant les années 1966-1976, au quotidien, principalement dans Le Journal de Montréal. Deux tomes de ces chroniques ont déjà paru, deux autres restent à venir. Vous y découvrirez qui était René Lévesque, un des grands journalistes reconnus à son époque, mais surtout un homme politique très populaire, et un pilier de « l’équipe du tonnerre » du premier ministre Jean Lesage, par la nationalisation des compagnies privées d’électricité.

C’est à Shawinigan, que s’ouvre la campagne électorale de 1962, au coeur de la ville créée de toutes pièces par la Shawinigan Water and Power Company. L’aréna était plein à craquer, de 5000 à 6000 personnes l’avaient investi. J’y étais. À l’époque, je faisais mes études en droit à Montréal, mais je ne voulais à aucun prix, rater cette assemblée ; de grands orateurs, Jean Lesage d’abord, puis Georges-Émile Lapalme, René Hamel, vice-premier ministre et député de Saint-Maurice, Paul Gérin-Lajoie et le clou de la soirée, René Lévesque, ministre des Ressources naturelles. Ce fut tout un lancement de campagne, consacrant René Lévesque comme une star.

Déjà pour moi comme pour beaucoup d’autres de ma génération, René Lévesque est l’homme politique que nous admirons le plus. Nous l’avions connu par son émission Point de mire lorsque nous étions au collège, et souvent le lendemain, nous en discutions entre nous.

Souveraineté

Le « Maîtres chez nous » de l’Équipe du tonnerre et le succès de la nationalisation transformant Hydro-Québec en la première compagnie publique de production, de transport et de distribution d’électricité en Amérique du Nord, furent très probablement les deux événements marquants dans la décision de René Lévesque, alors député libéral de Laurier, de proposer et de faire adopter par l’assemblée de sa circonscription une résolution portant le titre « Le pays qu’il faut faire », en association économique avec le Canada.

Rejetée sans être débattue au congrès libéral de 1967, cette résolution résume en peu de mots tout l’engagement de René Lévesque dans la suite des choses. Vous retrouverez le récit de ces événements dans les Chroniques, dont j’ai parlé tantôt : son départ du Parti libéral, Option Québec, la proposition de souveraineté-association, la création du Parti québécois en 1968, un travail de presque vingt ans, sans interruption, à travers les victoires et les défaites, René Lévesque, avec une constance et une ardeur soutenues, n’a jamais dévié de son engagement.

Quant à moi, qui l’ai accompagné pendant plus de quinze ans, à travers quatre élections générales, un référendum et quatre ministères dans son gouvernement, je l’ai côtoyé si souvent, très bien connu, aimé, admiré dans les bons coups comme dans les moments plus difficiles. Avec lui, je pouvais parler librement, discuter, argumenter, même jusqu’à provoquer des tensions créatrices. Il était devenu comme un grand frère.

Il était un modèle de parfaite intégrité, profondément démocrate, un homme au franc-parler, brillant d’intelligence et doté d’une mémoire éléphantesque. Pierre Vadeboncoeur, dans ses Carnets secrets récemment publiés, dit de René Lévesque qu’il était « un génie » (je serais bien curieux de savoir comment il réagirait à cette affirmation). Enfin bref, c’était un homme d’exception, ayant ce talent naturel de démêler et de vulgariser les dossiers les plus compliqués, pour aller spontanément à l’essentiel, en laissant tomber l’accessoire.

Héritage

René Lévesque avait situé son engagement et son action politiques dans la durée, tentant de maîtriser, sans toujours réussir, le temps et son calendrier. Son engagement a fait de lui un visionnaire. Ainsi, vingt ans après la nationalisation des compagnies privées d’électricité et après une restructuration de son capital, Hydro-Québec pourra déclarer ses premiers dividendes. Depuis près de 35 ans, au moins 40 milliards de dollars (sinon plus) ont été versés au gouvernement du Québec. C’est tout un héritage, dû en grande partie à René Lévesque ! Que serait Hydro-Québec aujourd’hui sans la nationalisation ?

En terminant, laissez-moi vous raconter une anecdote que je trouve savoureuse puisqu’elle illustre très bien ce côté intuitif et visionnaire de René Lévesque. Nous sommes en mai 1985, et René Lévesque effectue son dernier voyage officiel en France. Dans l’avion, nous sommes assis côte à côte et bavardons jusqu’au moment où il quitte son siège, après avoir pris dans son bagage à main un chandail portant un immense logo : « Le Cirque du Soleil », puis il me dit en le déployant et en le montrant à son entourage : « Vous verrez, ce sera un très grand succès. »

Peu nombreux étaient ceux et celles qui y croyaient, mais René Lévesque, oui, et c’est avec une première subvention de son propre ministère (le Conseil exécutif) que le Cirque du Soleil put réaliser le décollage et la réussite à travers la planète de cette extraordinaire aventure qui se poursuit encore aujourd’hui.

Après dix années à la présidence de la Fondation René Lévesque, je crois pouvoir affirmer que nous avons fait beaucoup avec peu de moyens : quatre colloques, publications des chroniques politiques, bourses d’études et site Internet. La Fondation se doit de prolonger dans le temps la mémoire de René Lévesque, qui, très certainement, peut constituer une source d’inspiration, sinon un modèle pour ceux et celles qui nous gouvernent aujourd’hui, et pour les jeunes générations qui demain gouverneront.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

3 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 17 novembre 2017 03 h 37

    Merci !

    Merci Monsieur Duhaime !
    Merci à vous et à celles et ceux qui consacrent du temps, de l'énergie, de la détermination à ne pas laisser un oubli si tentant recouvrir l'amour que nous devons à notre petit peuple si original.
    Si original oui, et parfois bien troublant aussi...
    A ce peuple brisé par ses maîtres et qui se raboute par ses propres mains.

    Mes amitiés républicaines les plus respectueuses, Monsieur le ministre.

  • Colette Pagé - Inscrite 17 novembre 2017 10 h 42

    Chapeau !

    Reconnaissance à mon ami Yves pour la fidélité de son engagement politique, son dévouement à titre de président et de membre du CA du Devoir ainsi qu'à la Fondation consacrée à la mémoire de son mentor qu'il a si bien connu comme voisin de logis sur la rue d'Auteuil.

    À quand la publication de ses Mémoires portant sur ces années d'espérance et d'espoir d'un Québec maître de ses affaires.

  • Michel Lebel - Abonné 17 novembre 2017 12 h 18

    Oui! Un être d'exception

    René Lévesque, intellectuel et homme d'action, grand démocrate, fut un homme politique d'exception. Il occupe une place à part dans l'histoire du Québec. Il mérite tout le considération de la patrie, même si je ne partage toujours pas son option souverainiste.


    Michel Lebel