Le désastre anticipé d’une présidence-spectacle en déficit d’attention

Au premier anniversaire de la victoire de Donald Trump, son bilan de réalisations apparaît mince.
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Au premier anniversaire de la victoire de Donald Trump, son bilan de réalisations apparaît mince.

C'est en début de mandat qu’un président bénéficie d’une latitude pour donner une direction à sa présidence, pour consolider l’engouement qu’il a su générer. Au premier anniversaire de la victoire de Donald Trump, son bilan de réalisations apparaît mince.

Au-delà des tempêtes qu’il a orchestrées ou entraînées par ses décisions controversées (le décret sur l’immigration des ressortissants de six pays musulmans, le retrait par décret de l’Accord de partenariat transpacifique, le retrait de l’Accord de Paris sur le climat de 2015, etc.), Trump a surtout réussi à imprégner la présidence du style personnel qu’on lui connaissait en affaires et dans le milieu du divertissement télévisuel. Celui-ci est axé sur le culte de sa personnalité, sans égard à l’impact sur l’image et sur la réputation des États-Unis à l’échelle mondiale.

On constate rapidement que sa personnalité imprévisible, son entêtement et sa conduite souvent non présidentielle réduisent son pouvoir effectif. Après une élection acrimonieuse soldée par une victoire décisive au Collège électoral mais assombrie par une défaite au suffrage universel, Trump n’a pas su rassembler une société fortement polarisée.

La transition entre le candidat Trump — l’homme d’affaires fourbe et mégalomane vedette de la téléréalité The Apprentice au style polémique,?intimidateur?et conspirationniste — et le président Trump n’a pas été concluante : on attend toujours un comportement présidentiel, où Trump serait capable de s’élever au-dessus des politiques bassement partisanes et des mesquineries individuelles.

Depuis qu’il est en poste, il parle essentiellement à sa base (qui n’est pas la base traditionnelle du Parti républicain), pas à tous les Américains. Même s’il conserve pour l’instant l’appui des électeurs républicains, son impopularité est inégalée, notamment dans une première année au pouvoir (une étude du Washington Post et de la chaîne de télévision ABC News indique que 59 % des Américains désapprouvent son travail et que 65 % pensent qu’il a « peu ou rien » fait).

Un style non présidentiel

L’attraction que peut avoir la présidence américaine dans l’imaginaire populaire comme symbole de grandeur et de puissance est tributaire de l’hégémonie mondiale culturelle et politique dont jouissent les États-Unis. La personne qui occupe la présidence peut en tirer profit en exerçant un leadership éclairé et inspirant : le pouvoir d’influence de la présidence en dépend directement.

À l’interne, le président fait face à de nombreux défis structurels : les « poids et contrepoids » que les Pères fondateurs ont inscrits dans la Constitution et ses amendements, ainsi que les pratiques coutumières mises en place au fil du temps afin de prévenir l’émergence d’un pouvoir exécutif tyrannique. Ces limites à l’exercice unilatéral du pouvoir frustrent énormément Trump, qui n’a d’ailleurs pas caché son mépris à l’endroit des médias.

Cela signifie que le style l’emporte souvent sur la substance en politique américaine. La fonction commande certaines qualités de leadership et de communication : communiquer efficacement, rallier ses troupes mais aussi bâtir des coalitions pour forger des consensus politiques, et exercer un jugement politique qui paraisse présidentiel.

C’est là que réside le pouvoir présidentiel, le titulaire de la présidence devant user de sa capacité de persuader pour séduire et convaincre. Or, le leadership et le jugement font cruellement défaut au président Trump. Marquée du sceau de l’imprévisibilité et de l’affrontement, sa présidence va de pair avec son déficit d’attention médiatique. Son style « non présidentiel » exprime un style communicationnel agité et une manière improvisée, conspirationniste et trompeuse de faire de la politique, ce que cristallise avant tout sa conduite sur Twitter.

La diplomatie Twitter

Il n’y a aucun doute que son utilisation effrénée de Twitter le distingue de ses prédécesseurs. Le public et les médias d’information ont pris l’habitude d’attendre ses tweets en matinée et en cours de journée pour prendre le pouls de son gouvernement. Ses tweets sont systématiquement commentés, alors qu’il ne s’agit pas là d’une ligne officielle de la Maison-Blanche (qui aurait d’abord été filtrée par des conseillers politiques et des stratèges de communication). Il a défendu sa pratique en disant vouloir parler directement aux citoyens américains sans intermédiaires (notamment ceux qu’il appelle les « méchants » médias « partiaux »).

Or, ce qui est plus problématique est qu’il ne peut s’empêcher de réagir sur Twitter, l’instantanéité du réseau social amplifiant alors son indiscipline. Cela peut d’ailleurs le placer en porte-à-faux avec la politique américaine (comme l’annonce de l’interdiction de recruter des militaires transgenres faite sans consultation des militaires et sans évaluation des effets des changements de politique) ou parfois en violation du code de conduite de Twitter avec des menaces de violence et du harcèlement sans risque de voir son compte être supprimé. Cela contribue d’autant à miner sa capacité d’influence sur les autres acteurs de la politique américaine et internationale.

Les présidentielles sont déjà le spectacle politique par excellence de la vie politique américaine et le plus médiatisé mondialement — et un personnage controversé comme Donald Trump représente l’aboutissement de la politique-spectacle. Sur Twitter, on a pu constater qu’il était bien davantage un agitateur n’hésitant pas à rompre avec le protocole et à insulter des alliés comme des adversaires.

Bien que son parti détienne les rênes du pouvoir dans les deux chambres du Congrès (même s’il s’agit d’une mince majorité au Sénat), il n’arrive pas à imposer son ordre du jour à Washington. Jusqu’ici, il a surtout pu nous montrer qu’un slogan comme « Redonner à l’Amérique sa grandeur » ne fait pas une politique. Sa mythomanie, sa propension aux mensonges et sa dépendance aux fausses nouvelles en ont davantage fait un amuseur public qui a su miser sur sa maîtrise des médias et sa capacité à se donner en spectacle pour faire parler de lui et continuer son spectacle solo.

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7 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 10 novembre 2017 03 h 15

    la nouvelle Babel, peut -être

    N'est-ce pas ce que nous appellons un asperger, a l'époque ne disions-nous pas un fou du roi, ca plait a au moins un tier de la population, de toutes les facons ne disons-nous pas que les USA sont a un tournant important , vont-ils arriver a y mette de l'ordre ou vont-ils devenir la nouvelle Babel

  • Jacqueline Rioux - Abonnée 10 novembre 2017 09 h 49

    Pas un Asperger

    Je crois que c'est offenser les personnes atteintes du syndrome d'Asperger que de les mettre dans le même panier que Donald Trump. Un petit tour sur Internet sur le sujet vous en convaincra.

    • Marc Therrien - Abonné 10 novembre 2017 20 h 55

      N'est-ce pas depuis toujours que l'humain a besoin d'étiquetter ce qui sort de la norme pour s'approcher (dangereusement?) de la marge afin de se rassurer quand il ne comprend pas ce qui le dépasse tant dans son microcosme que son microcosme qui est "une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part"?(Blaise Pascal)

      Marc Therrien

  • Raymond Labelle - Abonné 10 novembre 2017 10 h 59

    Étant donné ce qu'il pourrait faire...

    ...on préfère un bilan mince.

    S'il pouvait presque ne rien faire pendant les trois années qui restent et qu'il ne soit pas réélu, cela serait le moins pire des scénarios possibles.

  • Colette Pagé - Inscrite 10 novembre 2017 11 h 16

    Un pays sans boussole !

    Narcissique, bonimenteur et voyou telle est la description peu flatteuse du personnage faite par l'écrivain Philip Roth.

    Le plus surprenant : la quantité d'Américains ayant voté pour cet homme vulgaire qui fait honte à l'Amérique qui en dit long sur l'humeur et l'insécurité des électeurs sans oublier l'importance rattachée au paraître, à la célébrité, à la richesse et au bling bling. Le rêve américain

    En raison de l'accueil exceptionnel qu'il a reçu et qui flatte son ego ce que le Gouvernement chinois a bien compris, le président américain rétropédale en gonflant le torse avec son annonce de 250 milliards qui est de l'esbroufe échelonné sur des promesses qui peuvent ne pas se matérialiser.

    Mais comme il fait une fixation sur la gouvernance de ses prédécesseurs, il leur attribue tous les torts découlant de la balance commerciale avec la Chine.

    Le Président, selon un grand nombre de psychologques, serait grand malade dont la dangerosité demeure inquiétante.

  • Jean Duchesneau - Abonné 10 novembre 2017 12 h 08

    Votre lettre me laisse sur ma faim!

    Quel désastre anticipé? L’auteur de cette lettre d’opinion décrit ce que nous savons déjà à propos de Trump sans toutefois nous éclairer à propos du désastre anticipé qui est le titre de son article. En fait, le débat à ce propos se situe sur le « quoi faire » pour minimiser les dommages. Plusieurs espèrent l’ »impeachment », d’autres le contournement de son autorité. Dans le cas du retrait des Accords de Paris, plusieurs états et cités se sont engagés à respecter l’accord, ce qui minimise éventuellement l’influence de Trump. Pour ce qui est de la destitution, un commentateur éclairé d’une Université américaine, affirme que cela serait une très mauvaise idée car cela renforcirait sa base militante. Selon cet expert, il faut que lesAméricains boivent ce vin jusqu’à la lie. Ce président a-t-il assez de pouvoir pour déclencher une guerre nucléaire? Le désastre n’est-il que la perte d’influence des USA dans le monde? Qu’en est-il? Votre article me laisse sur ma faim!