Le pouvoir politique ne devrait jamais être donné à la légère

Être un véritable citoyen, être membre de la cité, participer à la vie publique, discuter, délibérer puis choisir de façon avisée et constructive n’est pas une disposition innée. Cela doit s’apprendre, croit l'auteur. 
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Être un véritable citoyen, être membre de la cité, participer à la vie publique, discuter, délibérer puis choisir de façon avisée et constructive n’est pas une disposition innée. Cela doit s’apprendre, croit l'auteur. 

La confiance est le liant qui permet aux humains (et aux animaux) de vivre ensemble en harmonie et de se sentir en sécurité auprès des autres. C’est un ingrédient indispensable pour un sain développement individuel autant que collectif. Sans lui, la vie est risquée et toxique.

Quand on assume une charge de dirigeant politique, la confiance des gens envers nous est un atout énorme pour agir plus facilement. Mais attention ! Cette facilité peut être exploitée abusivement et malhonnêtement. On doit toujours avoir à l’esprit que l’Histoire est pleine d’exemples où la confiance a été obtenue frauduleusement, mensongèrement, au détriment de celles et ceux qui l’avaient accordée plus ou moins aveuglément. L’Histoire est aussi truffée de cas de trahisons de confiance octroyée naïvement, sans discernement.

La confiance soutient la popularité, l’estime et l’adulation, et vice-versa. Mais cette confiance est très souvent le produit d’une immaturité, d’une imprudence et d’une paresse intellectuelle par son refus, passablement dogmatique, de rechercher la réalité et la vérité.

Le pouvoir politique ne devrait jamais être donné à la légère, sous la foi d’une confiance naïve et infantile. Il devrait revenir à celles et à ceux dont l’authenticité a été testée et qui ne fait pas le moins de doute possible. La confiance envers les dirigeants devrait s’appuyer tant sur l’appréciation des capacités réelles que sur les idées en mesure de construire un véritable bien-être fondé sur des bases nobles et éthiques.

On entend souvent des gens dire que le peuple ne se trompe jamais et qu’il a toujours raison. Quelle connerie monumentale ! Il n’est pas nécessaire d’avoir vécu beaucoup pour savoir pourtant que les individus comme les groupes se trompent souvent et qu’ils sont loin de toujours faire de bons choix. Certes, en démocratie, on doit respecter et vivre avec les choix électoraux, du moins un certain temps. Cependant, il est malsain de fermer la porte aux questionnements sur la justesse des choix effectués autant que sur la valeur des systèmes électoraux, surtout quand on sait que certains, dont le nôtre, produisent des distorsions carrément antidémocratiques. La volonté populaire, même lorsqu’elle s’exprime avec de grandes majorités, est faillible et parfois même totalement inacceptable à bien des égards.

Obscurantisme

La confiance accordée et obtenue n’est donc pas en soi un signe positif, pas plus que la grande popularité qui la soutient. L’ascension et le maintien au pouvoir ne sont pas et ne doivent pas être des objectifs qui commandent une confiance aveugle et absolue. Malheureusement, ce principe est loin d’être toujours mis en application. L’obscurantisme idéologique et la partisanerie puérile corrompent trop souvent la vie politique et les choix qui la gouvernent.

Dans l’univers politique, la confiance devrait toujours être sous surveillance, et cela, avant autant qu’après les choix. Certes, la perfection humaine n’existe pas et les personnalités ne sont jamais unidimensionnelles. Tous, nous avons des zones obscures qui cohabitent avec des aspects lumineux et il n’est pas facile pour les autres d’y voir clair et de les distinguer adéquatement quand vient le temps d’évaluer la confiance à accorder. Évaluer les avantages et les inconvénients des aspirants dirigeants et des leaders en place et mesurer leur niveau de fiabilité restent en fait une tâche très difficile où les erreurs de jugement sont monnaie courante.

Saine méfiance

Voilà pourquoi une saine méfiance est de mise en ce qui concerne les personnes aux commandes des appareils politiques publics ou privés. Cette méfiance citoyenne doit reposer le plus possible sur une compétence civique et une intelligence émotionnelle qui comprend une bonne capacité de discernement afin de bien évaluer le mérite des efforts accomplis et des résultats obtenus par les dirigeants et les représentants.

À cet égard, il faut reconnaître que la perte de confiance arrive aussi pour de mauvaises raisons, à cause d’attentes irréalistes et d’une méconnaissance des réalités complexes et souvent paradoxales. L’inconscience et l’ignorance citoyennes existent, même s’il n’est pas « politiquement correct » de les montrer du doigt, et elles altèrent évidemment le jugement de valeur que les gens portent sur les membres de la classe politique ainsi que leur engagement réel à l’égard de leurs responsabilités civiques.

Disons-le franchement, le sens du devoir de solidarité qui est au coeur d’une saine démocratie fait cruellement défaut dans les sociétés modernes où les individus sont de plus en plus atomisés. La démocratie n’est pas compatible avec l’individualisme et l’égoïsme érigé en système ! On ne peut pas rester sur son quant-à-soi et se laver les mains devant le déroulement de la vie publique et de la réalité des autres. De même qu’on ne peut pas faire l’économie des efforts nécessaires pour savoir et pour comprendre le monde qui nous entoure et être en mesure d’apprécier la valeur des gens qui exercent le pouvoir pour et au nom de toutes et tous.

En fait, être un véritable citoyen, être membre de la cité, agir comme tel, participer à la vie publique, même de façon minime, discuter, délibérer puis choisir de façon avisée et constructive n’est pas une disposition innée. Cela doit s’apprendre. La compétence civique est l’oxygène de la démocratie. « Être informé, c’est être libre », disait l’ancien journaliste et chef politique René Lévesque.

La confiance accordée et maintenue envers les élus politiques doit donc reposer sur une bonne connaissance de ces derniers et non sur des choix précipités irréfléchis, fondés sur l’ignorance et l’influence de coups d’État émotionnels qui déforment la réalité et qui remplacent celle-ci par des perceptions exagérées, sinon carrément erronées, ainsi que par des fantasmes pouvant être passablement dangereux. La démocratie exige de la rigueur, et la confiance accordée doit venir de celle-ci.

12 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 9 novembre 2017 01 h 18

    Un cours de citoyenneté s'impose.

    Pour faire un choix éclairé, le citoyen doit être bien éduqué et il doit aussi être politisé. Les études démontrent que souvent les gens moins instruits votent contre leurs propres intérêts. L'exemple de l'élection de Trump en dit beaucoup. Il faudrait que les jeunes apprennent à voter par le biais d'un cours de citoyenneté aux seines de nos écoles.

  • Réal Boivin - Inscrit 9 novembre 2017 06 h 42

    La vedette du jour

    Quel beau texte ce matin M. Charbonneau. L'ère Facebook nous a plongé dans un monde où le grand sourire l'emporte sur l'expérience et le travail accomplit. Platon disait que la démocratie ne fonctionne pas car le peuple est ignorant et trop facilement influençable. Si le peuple avait toujours raison, nous serions beaucoup mieux gouvernés.

  • Jean-François Trottier - Abonné 9 novembre 2017 07 h 43

    Nettement insuffisant

    M. Charbonneau,

    comme vous le savez il est de plus en plus difficile de s'informer pour un citoyen "normal".
    Le problème n'est pas le manque d'information mais son foisonnement. Pour doubler la difficulté, ceux qui savent ne veulent pas que les autres sachent.
    Ici je parle directement de nos gouvernants, surtout celui de Couillard qui nous avait promis le "gouvernement le plus transparent de l'histoire".
    On sait maintenant que, en fait d'histoire, Couillard nous parlait de celle du gars qui rentre dans un bar et...
    L'opacité est la règle absolue de son gouvernement. Couillard un menteur.
    Mais ce n'est guère mieux chez le faux jovialiste Trudeau, qui promet à tout vent (ici la liste est trop longue) et laisse ses bons amis se défiler des scandales fiscaux au rythme d'un par semaine ces temps-ci.
    Vos voeux sont insuffisant. Il faut que les structures permettent d'elles-mêmes un contrôle précis et journalier sur les élus.

    Les Américains avaient trouvé des solutions en antagonisant tous les pouvoirs, dont l'exécutif et le législatif. Mais voilà, ils en ont "oublié" un, celui de l'argent. Le résultat est assez paniquant aujourd'hui malgré des résultats presque acceptables pendant 150 ans. L'existence des PACS est un déni de démocratie grave.

    Le Collège électoral a été pensé entre autres pour empêcher l'élection "à chaud" d'un clown histrionique. Aujourd'hui le Collège pave la voie au clown!

    Alors, au Québec, la séparation des pouvoirs est essentielle avant de parler le moindrement de démocratie. On ne peut espérer avoir un René Lévesque à chaque génération.

    Mais aussi, devant un exécutif élu en équipe (plutôt que présidentiel), il faut une opposition dont les membres ont un accès illimité à tous les documents résolus, i.e. qui ne sont pas à l'état de projet. Libre accès à tous les bureaux, et une équipe de recherche sérieuse.

    La proportionnelle et autres formules magiques sont des hochets eu égard à cette réforme nécessaire.

  • Claude Bariteau - Inscrit 9 novembre 2017 08 h 40

    Alors que faire ?

    Les points que vous soulevez renvoient à la confiance donnée et à la transparence de ceux et celles qui la reçoivent comme élus.

    Miser sur l'information des premiers et l'éthique des deuxième par l'intermédiaire de l'apprentissage des uns et des autres de ces éléments que vous estimez incontournables bien que vous sachiez que « la perfection humaine n’existe pas et (que) les personnalités ne sont jamais unidimensionnelles » laisse entendre qu'aucun régime politique ne puisse y tendre.

    À vrai dire, venant de vous, ça me surprend à un point tel que je comprends mal que vous n'accordiez pas une grande attention précisément aux régimes et aux modalités qui permettent de contrer le mieux possible les dérives que vous idenfiez, les règles qui s'imposent et les éléments à valoriser au sein d'un État de droit qui permettraient l'enracinement de valeurs telles celles que vous soulignez et qui concernent le sens « du devoir de solidarité ».

    Peut-être en ferez-vous écho dans un prochain article ? Si ce n'est pas le cas, je vous invite à le faire parce que, tout comme d'autres personnes, vous êtes un homme engagé dans cette direction.

    Personnellement, je pense qu'un régime qui assure à la fois un meilleur contrôle des citoyens et des citoyennes par des règles appropriées peut mieux assurer le « devoir de solidarité » en autant qu'il y ait des mesures collectives qui participent à une information de qualité et à une formation à la vie collective.

    Il y a des pays qui le font. Ils sont connus et à connaître ne pensez-vous pas.

    • Claude Bernard - Abonné 9 novembre 2017 18 h 17

      La confiance n'est pas le seul ciment de la démocratie, à mon avis.
      Je pense qu'elle a aussi besoin d'une presse libre et pas trop partisane et que les hommes comme les animaux ne vivent pas en société, plus ou moins pacifiquement, seulement grâce à la confiance mais aussi grâce à la servitude volontaire et au respect de la force.
      Même dans un troupeau de vaches, il y a une hiérarchie.
      En plus, essayer de formater des citoyens aux goûts de l'élite ou d'un modèle de pensée unique, ressemble un peu trop à mon gré à la Ferme des animaux d'Orwell.
      La démocratie a certes les mains sales et le cerveau peu instruit et mal informé, mais jouer à l'apprenti sorcier demande d'étudier le passé et de craindre la dictature d'un seul et sa gang.
      Nous avons besoin non seulement de militants mais aussi de conquérants.

    • Claude Bariteau - Inscrit 9 novembre 2017 18 h 36

      M. Bernard, je vous saisi mal. Vous postulez l'universalité de la hiérarchie, qui m'apparaît votre façon de formater les citoyens aux goûts de l'élite, et vous me traitez d'apprenti-sorcier en disant qu'il importe d'étudier le passé et craindre la dictature alors que c'est ce que j'ai fait toute ma vie.

      Dans ma lecture, les citoyens et les citoyennes vont conquérir le pouvoir politique, avec un alignement conquérant, en s'assurant de mettre en place des moyens contrant une dictature potentielle.

    • Claude Bernard - Abonné 9 novembre 2017 19 h 56

      Merci de me permettre de clarifier ma pensée.
      La référence aux appentis sorciers ne s'addressait pas à vous mais à ceux qui veulent "former " une nouvelle race de citoyens qui seraient mieux informés et instruits par l'état afin qu'ils votent de la bonne manière.
      je ne pense pas que ce soit votre cas, mais les mots"règles appropriées" et "mesures collectives" m'inquiètent.
      Des exemples concrets seraient rassurants à cet égard.
      je sais que vous êtes un expert de l'histoire; tout de même il y a des exemples dans le passé proche que je souligne de peur que le lecteur ne les oublie.
      À mon avis, les citoyens n'ont pas à conquérir ce qu'ils ont déjà: le pouvoir de choisir leurs représentants et de les changer s'ils n'en sont pas satisfaits.
      C'est ce qu'ils ont fait à Montréal dimanche dernier et feront sans doute en novembre 2018.
      Pour moi, les militants sont les électeurs et les conquérants sont ceux qui se présentent pour être élus, autrement dit les aventuriers de la politique.

  • Claude Bernard - Abonné 9 novembre 2017 10 h 37

    Le peuple se trompe à l'occasion, mais il a toujours raison

    C'est là la base de la démocratie, c'est pourquoi c'est le pire de tous les systèmes sauf de tous les autres!
    Commencer à classer les citoyens en bien informés, assez bien informés, pas du tout informés, incapable de s'informer, font confiance aveuglément à Justin et à la CAQ etc... ce n'est plus de la démocratie mais de la dictature des bien-pensants de l'élite qui se croient instruits et informés, eux.
    La démocratie parce qu'elle se trompe régulièrement dans ses choix (c'est-à-dire ne vote pas selon les vœux de certains) requiert des représentants délégués pour mener la barque de l'état, quelques fois sur des récifs mais grâce à des constitutions blindées et respectueuses des droits de l'homme et du citoyen et des juges sages et compétents (eux sont bien informés et instruits) pas trop politisés elle s'en sort assez bien quand elle échappe à la dictature.
    Le role premier de la démocratie est de permettre de changer de gouvernement sans violences et conformément aux lois du pays (et même de faire sécession et de créer un pays à l'occasion (qui se plaindrait alors que le peuple est trop ignorant pour voter intelligemment?)).
    Tout le reste est vœux pieux de pelleteux de nuages.

    • Maxime Parisotto - Inscrit 9 novembre 2017 17 h 29

      Non, le peuple a pas raison, il est souverain et décide, mais ça a aucun rapport avec avoir raison ou pas.

      Pensez à quelqu'un que vous connaissez qui est d'intelligence moyenne...dites vous que 50% des gens sont moins intelligent que cette personne...

    • Claude Bernard - Abonné 9 novembre 2017 19 h 33

      Je voulais dire souverain tantôt quand je disais avoir raison.
      Pour moi, s'il est souverain il a raison même quand il se trompe, comme Trump.
      Il n'y a (pas encore) de test d'intelligence pour avoir le droit de vote!
      En démocratie, selon moi, il suffit d'être un citoyen.