Ça pourrait mal finir (ou pas)

Avec 38% d’appuis à un an du scrutin, Donald Trump figure parmi les présidents les moins populaires de l’histoire à l’approche d’une élection de mi-mandat.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Avec 38% d’appuis à un an du scrutin, Donald Trump figure parmi les présidents les moins populaires de l’histoire à l’approche d’une élection de mi-mandat.

Lors d’entrevues accordées aux médias ces derniers jours, tant le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, que le sénateur du Kentucky, Rand Paul, se demandaient si Donald Trump se présentera pour un second mandat en 2020, cachant à peine leur crainte (ou leur souhait ?) que le milliardaire emboutisse la voiture présidentielle contre un mur. Le premier mandat de Trump pourrait toutefois connaître un dénouement moins dramatique que celui voulu par ses détracteurs.

Les Pères fondateurs des États-Unis ont certes doté le Congrès du pouvoir de destituer le président, mais les législateurs y ont seulement recouru trois fois : Andrew Johnson (en 1868) et Bill Clinton (en 1998) ont été mis en accusation par la Chambre des représentants, mais ont été acquittés par le Sénat, tandis que Richard Nixon (en 1974) a démissionné de la présidence avant que la Chambre ne vote formellement pour l’accuser d’entrave à la justice dans l’affaire du Watergate.

Les neuf premiers mois de la présidence Trump et l’enquête du procureur spécial Bob Mueller sur l’ingérence russe dans l’élection de 2016 ont incité quelques démocrates à introduire à la Chambre des projets de résolution visant à destituer « The Donald ». Or, même si plus de 40 % des Américains aimeraient que Trump soit destitué, au moins deux facteurs rendent cette éventualité peu probable à court terme : d’une part, l’enquête de Mueller n’a pas, pour l’instant, permis de prouver hors de tout doute que Trump aurait demandé à l’ancien directeur du FBI James Comey d’abandonner une enquête sur les liens entre l’ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn et la Russie (entrave à la justice).

Sans une telle preuve (ou sans la découverte d’un autre pot aux roses), les arguments de ceux qui souhaiteraient destituer Trump ont peu de poids. D’autre part, les démocrates sont minoritaires dans les deux chambres du Congrès et n’ont donc ni les votes ni les leviers institutionnels au Capitole (dont le pouvoir de déterminer les sujets débattus en assemblée plénière) pour gagner une éventuelle bataille visant à destituer Trump.

Le président affaibli ?

La situation pourrait toutefois changer au lendemain des élections de mi-mandat de novembre 2018, où les démocrates souhaitent reprendre le contrôle des deux chambres du Congrès. Historiquement, le parti du président perd presque toujours des sièges au Capitole lors des midterms, qui s’apparentent souvent à une élection référendaire sur la performance du président.

Avec 38 % d’appuis à un an du scrutin, Trump figure parmi les présidents les moins populaires de l’histoire à l’approche d’une élection de mi-mandat. S’il est incapable de redorer son blason ou si ses appuis diminuent au cours des prochains mois, les républicains pourraient en payer le prix. On pourrait ainsi assister à un retournement électoral semblable à ceux de 1946 et de 2006, où le démocrate Harry Truman (27 % d’appuis au sein de l’électorat) et le républicain George W. Bush (37 % d’appuis) avaient perdu leurs majorités au Congrès.

Les démocrates ne doivent cependant pas se réjouir trop vite : d’une part, les plus récents indicateurs économiques (taux de chômage à son niveau le plus bas en 17 ans, croissance du produit intérieur brut d’au moins 3 % au cours des deux derniers trimestres, etc.) pourraient aider Trump et les républicains à atténuer la colère des électeurs. D’autre part, les démocrates détiennent 23 des 33 sièges en jeu au Sénat, et au moins cinq de leurs membres sont actuellement vulnérables : Joe Manchin (Virginie-Occidentale), Heidi Heitkamp (Dakota du Nord), Claire McCaskill (Missouri), Ben Nelson (Floride) et Joe Donnelly (Indiana).

Le président défié ?

Or, si les démocrates remportent les midterms de 2018, les frustrations qui en résulteront parmi les élus républicains pourraient en inciter plusieurs à couper définitivement les ponts avec Trump, à l’instar des sénateurs Bob Corker (Tennessee) et Jeff Flake (Arizona), qui accusaient récemment le milliardaire d’être indigne d’occuper la fonction présidentielle.

Il est politiquement risqué pour les républicains de se rebeller contre Trump pour l’instant : 78 % des électeurs s’identifiant au parti continuent d’appuyer le président. Cependant, les appuis de la base républicaine à Trump ont chuté de 10 % depuis janvier. Si cette tendance se poursuit, d’autres membres du Grand Old Party seront probablement tentés d’imiter Flake et Corker. D’autres iront peut-être même jusqu’à défier Trump aux primaires républicaines en vue de l’élection présidentielle de 2020.

L’histoire montre que les guerres fratricides visant à déloger le président lors d’élections primaires ne mènent généralement nulle part : par exemple, Pat Buchanan (1992), Ted Kennedy (1980) et Ronald Reagan (1976) n’ont pas réussi à gagner les nominations de leurs partis contre les présidents George Bush, Jimmy Carter et Gerald Ford. Leurs courses ont toutefois révélé au grand jour les fractures qui existaient alors au sein des partis au pouvoir. Bush, Carter et Ford ont d’ailleurs été incapables de remporter leur réélection par la suite. Est-ce le sort qui attend Trump ?

Les rumeurs entourant de possibles candidatures du gouverneur John Kasich (Ohio) ou des sénateurs Ben Sasse (Nebraska), Corker et Flake aux primaires républicaines de 2020 permettent d’évoquer ce scénario. Ce n’est toutefois pas la première fois que l’on prédit la déroute de Trump, qui a jusqu’ici déjoué bien des pronostics.

La Chaire tient son colloque « Trump : l’an un » le 9 novembre.

5 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 8 novembre 2017 07 h 47

    Le grand complot contre l'État...

    Plus de la moitié des américains croit en de vastes complots ourdis dans les officines des grands de ce monde qui se fottent les mains à la Burns, la caricature de capitaliste des Simpson.
    Il y a aussi les "malades du pouvoir", suivez mon regard vers les bonzes de la CIA...

    La question n'est pas de savoir s'il y a complots. Évidemment qu'il y en a! Il y en a toujours.

    C'est plutôt : en quoi ce fantasme, lueur changeante de certaines réalités ignorées, joue sur l'électorat et forcément sur les élus ?

    Trump a été élu pour faire le ménage de la "swamp", entre autres. Ses partisans sont probablement les plus grands conspirationnistes qui soient, alors, pour les persuader de quoi que ce soit...

    L'américain moyen est convaincu que son dollar dépensé est bien plus efficace que celui qu'il donne en taxes et impôts. Puissante connerie en effet, puisque du dollar dépensé, 80++ cents vont dans les coffres de grandes corporations, véritables tours de Babel aux bases pourries et toujours prêtes à s'écrouler.
    Pourtant le mythe persiste.

    C'est ainsi que beaucoup d'américains utilisent l'évitement, sinon la fraude fiscale : pour raisons patriotiques!!
    Et un politicien qui ne promet pas de baisses d'impôts ne peut être élu qu'aux prix de miracles. D'ailleurs cette maladie est très répandue au Québec : les économistes des institutions bancaires l'inoculent régulièrement.

    Dans ce contexte, je suis persuadé que, si Trump part avant la fin de son mandat, ce sera pire!
    Ce pire ne sera pas un plus dingue, plus narcissique ou histrionique, mais un gars aux mêmes non-convictions anti-État qui sera, lui, apte à faire bouger la machine.

    Trump est régulièrement bloqué par le Sénat ou les représentants. Les généraux rient dans leur barbe quand ils l'entendent déconner plein tube au sujet de Kim Jung Un. C'est un mauvais politicien qui ne persuade personne.

    Imaginez Pence et son savoir-faire, ses liens partout dans l'appareil... Lui, il me fait peur!

  • Claude Bariteau - Abonné 8 novembre 2017 11 h 38

    Et le départ de Steve Bannon !

    Votre analyse néglige les changements depuis août dans les propos du président Trump et cible uniquement les décomptes des votes éventuellement en sa faveur.

    Personnellement, je pensais que Trump ne ferait pas neuf mois avec Steve Bannon. Il l'a éjecté de son entourage et fait maintenant confiance à John Kelly. Certes, son appui dans els sondages est bas, ce que vous signalez, mais rien ne dit qu'il poursuivra sa chute vers le bas sous les conseils de John Kelly.

  • Gilles Théberge - Abonné 8 novembre 2017 17 h 51

    Il reste l’option d’une guerre, qui apporterait à Trump la marge de manœuvre dont il a besoin face à son parti.

    L’iran et la Corée du Nord peuvent être fort utile à un président qui sent le plancher se dérober sous ses pieds.

    Surtout pour un président dont les facultés intellectuelles sont questionnées sérieusement.

  • Cyril Dionne - Abonné 8 novembre 2017 18 h 19

    Qui est personne?

    Bon. Pour tous les grands connaisseurs en politique américaine, sachez que Donald Trump sera réélu en 2020, et ceci encore, pour le meilleur ou pour le pire. Ce ne sont pas New York, Los Angeles ou bien Chicago qui vont élire un président. Si vous le croyez, c’est que vous n’avez encore rien compris. L’économie américaine se porte à merveille depuis un an et le taux de chômage est au plus bas. L’économie américaine sera encore meilleure lorsque l’ALENA sera chose du passé (2018). C’est nous qui allons en manger toute une.

    Mentionner John Kasich comme un candidat républicain potentiel, alors, au moins le ridicule ne tue pas. L’élection possible de Kasich est inversement proportionnelle au niveau de sympathie que les citoyens américains lui portent. Et malheureusement pour les démocrates, ils n’ont personne pour se présenter contre le « Donald » sans se faire démolir. Et quand on dit personne, on dit vraiment personne.

  • Claude Poulin - Abonné 9 novembre 2017 08 h 16

    Un fait nouveau

    Un élément nouveau devra s'ajouter pour rendre cette analyse plus conforme à la réalité politique. Un fait qui n'existait pas au moment où ce texte a été rédigé: soit le résultats de ces élections, en particulier en Virginie,mais partout ailleurs les démocrates ont remporté un victoire insoupçonnée. Un signe manifeste d'un mouvement politique et social qui devrait faire l'objet de réflexion chez les analystes.