Les institutions démocratiques américaines résisteront-elles au 45e président?

Seule une crise majeure (guerre, attaque terroriste d’envergure, crise économique) permettra de tester la solidité véritable de ces institutions séculaires face au trumpisme.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Seule une crise majeure (guerre, attaque terroriste d’envergure, crise économique) permettra de tester la solidité véritable de ces institutions séculaires face au trumpisme.

Jusqu’à quel point la présidence de Donald Trump constitue-t-elle un risque pour la survie de la démocratie et de ses institutions aux États-Unis ? Dans On Tyranny : Twenty Lessons from the Twentieth Century, un essai paru au début de l’année, l’historien américain Timothy Snyder nous prévient de la fragilité de la démocratie. Il évoque en filigrane le danger que fait peser sur elle l’accession au pouvoir d’un candidat ayant fait peu de mystère de son admiration pour les systèmes mis en place par des « hommes forts » comme Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan, Rodrigo Duterte et même son ennemi juré Kim Jong-un.

Un an après la victoire inattendue de l’ancien magnat de l’immobilier, on constate que les principales institutions politiques américaines ont jusqu’ici relativement bien résisté à l’arrivée du « trumpisme » à Washington. S’il est permis d’afficher un optimisme prudent pour la suite des choses, on ne saurait pour autant écarter totalement la menace que peut faire peser la présidence Trump sur l’avenir des institutions démocratiques américaines.

La Constitution américaine ne fixe pas clairement les limites du pouvoir présidentiel, mais elle établit sans ambiguïté le principe d’une séparation étanche entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Comme tous ses prédécesseurs, le président Trump doit composer avec les législateurs des deux chambres du Congrès qui votent les lois et les crédits et avec les juges qui déterminent la constitutionnalité des mesures adoptées par son gouvernement.

Le 45e président des États-Unis a beau vociférer contre l’inefficacité de Capitol Hill et l’illégitimité des tribunaux, il n’a d’autre choix que de se plier aux règles du jeu politique américain. À plusieurs reprises, les tribunaux ont invalidé les décrets migratoires du président en les jugeant inconstitutionnels. Plus récemment, une juge de Washington a bloqué l’interdiction de recruter des transgenres au sein de l’armée américaine. En tant que président, Donald Trump aura certes l’occasion de nommer des juges favorables à ses politiques, mais il ne pourra pas contrôler les décisions qu’ils rendront par la suite.

Situation inusitée

Quant au Congrès, le président se trouve dans la situation inusitée où, bien que son parti soit majoritaire dans les deux chambres, aucun accomplissement législatif majeur n’a été réalisé au cours de ses premiers mois au pouvoir. Le Sénat en particulier s’est avéré une véritable épine dans le pied pour le président. Non seulement le Parti républicain n’y dispose que d’une faible majorité (52 sièges sur 100), mais de plus en plus d’élus du Grand Old Party se montrent prêts à voter contre les politiques promues par le président. Certains ont même pris la parole pour critiquer ouvertement Trump, souvent dans des termes très durs.

Alors que les démocrates ont des chances de reprendre le contrôle de la Chambre des représentants au terme des élections de mi-mandat de 2018 et que le président montre peu d’empressement à se rapprocher des sénateurs républicains dissidents, les résistances émanant du Congrès risquent d’augmenter au cours des prochaines années. Face à ces blocages, Donald Trump pourrait être tenté de diriger par décrets, mais cette tactique, caractéristique des présidents en fin de mandat faisant face à un Congrès dominé par le parti adverse (comme Barack Obama à partir de 2015), pourrait se retourner contre lui. Après tout, l’histoire nous apprend que, lorsque le président dirige en ignorant le Congrès, celui-ci réaffirme ses pouvoirs. Franklin Roosevelt et Richard Nixon l’ont appris à leurs dépens.

La dérive autoritaire : scénario ni certain ni improbable

A priori, la permanence d’une Constitution fondée sur la séparation des pouvoirs et sur la mise en place d’un système où « l’ambition des uns doit contrer l’ambition des autres » (pour reprendre les mots célèbres de James Madison) semble être le principal rempart contre une dérive autoritaire de la fonction présidentielle aux États-Unis. Mais d’autres obstacles pourraient se dresser contre Donald Trump si celui-ci devait tenter de concentrer davantage de pouvoirs entre ses mains : son impopularité chronique, le manque de confiance d’une majorité d’Américains (dont bon nombre de républicains) envers son jugement ou encore son sens politique peu aiguisé, qui l’empêche d’élargir ses appuis au sein de la population et de la classe politique.

Au bout du compte toutefois, seule une crise majeure (guerre, attaque terroriste d’envergure, crise économique) permettra de tester la solidité véritable de ces institutions séculaires face au trumpisme. Ce genre de situation est propice à l’émergence d’un leadership fort émanant de la Maison-Blanche. Par le passé, plusieurs présidents américains, et non des moindres (Lincoln, Wilson, F. D. Roosevelt, G. W. Bush), ont ainsi su profiter des moments de crise pour élargir les pouvoirs de la présidence. Comment réagira Trump si une telle occasion se présente ? Une chose est certaine, on ne peut que souhaiter que les institutions politiques refusent d’abdiquer leurs prérogatives constitutionnelles devant les visées centralisatrices d’un président qui cherche depuis des décennies à entretenir le culte de sa personne.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 6 novembre 2017 07 h 13

    ces gens ne sont-ils pas en plein délire

    C'est vraiment la question que nous nous posons, apres avoir cru a la démocratie qu'en est il aujourd'hui, les loups ne sont-ils pas en train de tout détruirent

  • Gilles Teasdale - Abonné 6 novembre 2017 11 h 45

    USA

    Le début de la fin?????

    • Gilles Théberge - Abonné 6 novembre 2017 14 h 19

      La fin dure parfois longtemps.

  • Cyril Dionne - Abonné 6 novembre 2017 18 h 09

    SVP, continuez l'obtention de votre doctorat. La république américaine est basée sur le droit et les contre-pouvoirs contrairement à notre monarchie constitutionnelle. En fait, c'est une véritable démocratie et non pas un relent d'un colonialisme d'antan.

    Même si un président tout puissant veut interner un terroriste islamiste au camp de Guantánamo à Cuba ou bien prononcer une sentence de mort, il ne peut pas. Le crime a commis été aux États-Unis et donc régis par ses lois constitutionnelles. En plus, contrairement à nos premiers ministres provinciaux et aux pouvoirs de leurs succursales judiciaires, la peine de mort est illégale dans l’état de New York.

  • Christian Montmarquette - Abonné 6 novembre 2017 22 h 44

    Trump devrait s'installer au Québec

    Donald Trump devrait venir s'installer au Québec...

    Il serait heureux comme un "poison" dans l'eau!

    Y'EN A PAS ! DE CONSTITUTION AU QUÉBEC !