L’influence mondiale de la révolution d’Octobre en Russie

Malgré ses défauts, l’URSS est devenu un phare pour ceux qui cherchent l’égalité sociale, tant en Occident que dans ses colonies, rappelle l'auteur. Sur la photo, des gymnastes soviétiques défilent sous les portraits de Lénine et Staline en 1946. 
Photo: Agence France-Presse Malgré ses défauts, l’URSS est devenu un phare pour ceux qui cherchent l’égalité sociale, tant en Occident que dans ses colonies, rappelle l'auteur. Sur la photo, des gymnastes soviétiques défilent sous les portraits de Lénine et Staline en 1946. 

Le démantèlement de l’Union soviétique peut faire oublier combien la révolution d’Octobre 1917 a eu une influence au-delà des frontières russes. Celle-ci se veut le premier pas dans la transformation du monde. Elle vise à établir la justice sociale dans le monde entier, mais perd plus tard sa vocation mondiale. Néanmoins, ses suites provoquent des effets globaux à long terme. Même si les conditions de vie en URSS restent modestes, voire difficiles, les écarts de revenu se réduisent radicalement.

L’éducation devient un moyen important d’ascendance sociale. Une campagne massive d’alphabétisation ainsi que les facultés d’ouvriers réussissent à répandre les idées des Lumières dans les couches de population les plus humbles, autrefois plongées dans la superstition et l’ignorance. En 1970, l’URSS a la plus forte densité de médecins et le plus grand nombre de scientifiques au monde. Les femmes intègrent les professions et, avec le temps, deviennent majoritaires dans certaines d’entre elles, par exemple parmi les médecins.

Le coût humain de l’expérience soviétique est énorme. Des millions périssent sur les fronts de la guerre civile (1918-1921), d’autres encore dans les campagnes dévastées par la collectivisation forcée du début des années 1930, et la répression politique fait partie du modus operandi de l’État stalinien (1928-1953), qui organise un vaste réseau concentrationnaire (le Goulag).

En Europe, la justice sociale devient un enjeu politique sous la pression des socialistes et du marxisme qui les guide. Le chancelier allemand Otto von Bismarck, ne réussissant pas à éliminer les idées et les organisations socialistes par la répression, décide de les combattre par la cooptation réformiste de la classe ouvrière. C’est ainsi que le « chancelier de fer » introduit des mesures de protection sociale (assurance maladie [1883], accidents de travail [1884], vieillesse et invalidité [1889]).

La tâche d’enrayer l’influence socialiste devient encore plus urgente à la suite de la révolution d’Octobre. Le projet de société mis en avant par les bolcheviques attire l’admiration des prolétaires à travers le monde. Le renversement de la classe dirigeante montre que les capitalistes ne sont pas invincibles. Malgré ses défauts, l’URSS devient un phare pour ceux qui cherchent l’égalité sociale, tant en Occident que dans ses colonies.

La popularité de l’Union soviétique est décuplée par sa victoire contre le nazisme en 1945, le lancement du Spoutnik en 1957, puis du premier homme dans l’espace en 1961. L’URSS, méprisée ou honnie avant la guerre, devient un rival respecté couronné du statut de « superpuissance ».

La mise en place de plusieurs mesures sociales — conventions collectives sur les salaires et les conditions de travail, la sécurité de l’emploi, régimes de retraite, etc. — constitue une action défensive contre l’option représentée par le système soviétique. Margaret Thatcher, connue par sa maxime « There is no alternative to capitalism », reconnaît que la menace soviétique se fait sentir moins par sa puissance militaire par le modèle qu’elle incarne.

Démodernisation post-soviétique en marche

L’abolition de l’URSS en 1991 provoque une démodernisation massive des anciennes républiques soviétiques. Il ne s’agit pas seulement de la désindustrialisation, mais de la dégradation des conditions matérielles et culturelles et le retour à des formes de vie primitives. C’est la pire dévastation sociale et économique jamais subie par un pays moderne en temps de paix. La détérioration se manifeste en plusieurs indices du développement humain : l’éducation, la santé publique, la recherche, la culture, tandis que se poursuit un transfert colossal de la richesse du secteur public aux mains d’une poignée d’individus.

Or, la démodernisation n’est pas limitée aux confins de l’ancienne superpuissance socialiste. La disparition de cette voie de développement social et économique aurait eu un effet démodernisateur sur les autres pays. Sans le besoin de neutraliser l’attraction du socialisme, les classes dirigeantes occidentales démantèlent patiemment l’État-providence. Les politiques néolibérales ont l’effet d’une contre-révolution visant à défaire les progrès réalisés par la démocratie sociale au XXe siècle. Les retraites et la sécurité sociale, la santé publique et les droits des travailleurs acquis dans les luttes acharnées au XXe siècle sont mis à mal par le rouleau compresseur de l’austérité.

L’écart entre les riches et les pauvres ne cesse d’augmenter : huit personnes contrôlent actuellement autant de richesse que la moitié de la population mondiale. Le centenaire de la révolution d’Octobre offre une occasion de se souvenir du coût humain des révolutions que provoquent invariablement les injustices aussi criantes et de l’impact de l’expérience soviétique dans les avancées sociales dans le monde.

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