La braderie de la CSeries de Bombardier

Le président et directeur général de Bombardier, Alain Bellemare, entouré du président d’Airbus, Tom Enders, du premier ministre Philippe Couillard et de la ministre de l’Économie, Dominique Anglade
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le président et directeur général de Bombardier, Alain Bellemare, entouré du président d’Airbus, Tom Enders, du premier ministre Philippe Couillard et de la ministre de l’Économie, Dominique Anglade

Dès son annonce, la vente de la CSeries de Bombardier aéronautique à Airbus est apparue à peu près chez tous les analystes et les observateurs comme une bonne nouvelle, et même comme un coup fumant. Elle permettait, d’une part, de multiplier rapidement les ventes de ce nouvel avion sur les marchés en dehors des États-Unis et, d’autre part, de donner le temps à l’entreprise de gagner devant l’Organisation mondiale du commerce contre les droits extravagants réclamés par Boeing du fait d’un prix de vente trop bas à Delta Airlines, son premier gros client.

Tout cela reposait sur l’idée d’une alliance avec le géant européen, alliance où tous les partenaires normalement gagnent. Comme il en existe un peu partout, notamment dans le domaine pharmaceutique pour les petites entreprises qui sont à peu près les seules à faire de la véritable recherche sur des nouveaux médicaments, mais qui, une fois les résultats obtenus, se heurtent à l’obligation d’envahir rapidement les marchés en attendant qu’une autre PME trouve mieux. Sachant que, dans ce cas, il arrive très souvent que la multinationale préfère ou finisse par acheter, et à ce moment à fort prix, la petite entreprise, compensant ainsi tout le travail effectué et les importants coûts de cette recherche.

Mais la vérité a fini par sortir du chapeau, soit que finalement Bombardier venait tout simplement de donner l’entreprise en espérant que la multiplication des ventes fera remonter l’action et permettra aux actionnaires, dont le gouvernement du Québec, qui a investi plus d’un milliard de nos sous dans l’aventure, de se rembourser en partie. Puisque, avec le contrôle de l’entreprise (50,01 % des actions), il est évident que le grand gagnant est ici Airbus. Et comprenons bien que non seulement cette firme acquiert en même temps une toute nouvelle technologie ayant coûté 5,4 milliards, mais aussi la promesse que Bombardier investira plus de 700 millions dans les prochaines années pour améliorer encore plus cette technologie sans que Airbus mette un sou.

D’autres fleurons québécois

Cela ressemble étrangement aux ventes d’autres fleurons québécois des dernières années, tels Provigo passé à Loblaws, qui dès la troisième année a commencé à multiplier ses approvisionnements hors Québec malgré toutes les promesses faites. Et il en sera de même avec la vente des Rôtisseries St-Hubert et de Rona, dont les produits américains et de la Colombie-Britannique sont déjà sur les tablettes en remplacement de ceux de nos fabricants.

Le pire est que le premier ministre Couillard et sa collègue Dominique Anglade essaient de nous faire croire avec cette transaction que le Québec conservera le plein contrôle des résultats du génie québécois, que personne du grand centre de recherche d’Airbus à Toulouse ne viendra observer systématiquement ce qui se fait dans Saint-Laurent et à Mirabel et qu’aucun ingénieur d’ici ne devra déménager dans cette ville. De même, ils nous promettent que la chaîne de montage d’Airbus en Alabama pour les ventes aux États-Unis se limitera aux besoins de Delta et d’autres compagnies aériennes américaines, sans toucher aux autres clients internationaux comme le Mexique. La preuve que ces promesses ne seront pas tenues est la clause du contrat entre Bombardier et Airbus permettant à cette dernière de prendre le contrôle total de la CSeries en 2024.

Encore une fois, si Airbus avait payé sa part de la transaction, cela aurait contenté les analystes et les observateurs. Mais ce n’est pas le cas, et la supposée capacité économique de notre gouvernement continue encore une fois à prendre l’eau, alourdie par le kérosène des avions de Bombardier. Pourrait-on penser, avec toutes ces ventes, qu’il est tout simplement en train de laisser tomber le contrôle de l’économie par les Québécois pour se conformer aux diktats du capitalisme mondial ?

6 commentaires
  • Alain Lavallée - Inscrit 27 octobre 2017 06 h 50

    Diktat mondial et limites du fédéralisme canadien

    Oui, comme vous l'écrivez, on peut penser que le gouv. Couillard est ""en train de laisser tomber le contrôle de l’économie par les Québécois pour se conformer aux diktats du capitalisme mondial """.

    Mais dans le cas de Bombardier en particulier, et de sa Série C, la braderie de la Série C, est venue après quelques années où le gouvernement fédéral a mis les bâtons dans les roues de ce projet de diverses manières, parce que Ottawa n'acceptait pas que industrie aéronautique aussi dynamique soit trop concentrée à Montréal et au Québec. Pendant des années, ils ont chercher par diverses actions à transférer vers Toronto en particulier .

    Comme je le montre dans une longue analyse

    http://quebec.blog.lemonde.fr/2016/06/27/couts-du-

    Ce manque de coordination entre les objectifs de développement économique du Québec, et ceux prôné par Ottawa ont fini par faire en sorte que non le contrôle du projet n'est pas allé vers l'Ontario , comme le souhaitait le Fédéral, (Jane Jacobs et le torontocentrisme canadien) mais il n'est pas resté à Montréal non plus. En bout de ligne, cette chamaille intestine perpétuelle a poussé Bombardier dans les câbles financièrement. Bombardier a dû céder au diktat du duopole mondial et donner la Série C à Airbus.

  • Bernard La Frenière - Inscrit 27 octobre 2017 09 h 06

    Analyse un peu primaire

    Je ne contredis pas votre pensée. En fait, je n'ai pas encore cristallisé mon opinion sur cette transaction. Je trouve toutefois que votre analyse est sommaire et repose sur une recherche incomplète. On connait tous les conditions de la vente défavorables pour Bombardier. Vous les énumérez avec justesse. L'autre position est très peu documentée, entre autres parce que Bombardier elle-même en a peu parlé. Premièrement, il n'y a pas que l'argent qui soit une contrepartie financière valable. Construire un réseau de vente et de service mondial aurait coûté une fortune à Bombardier. L'apport d'Airbus est appréciable et a une valeur qu'il faudrait quantifier avant de dire qu'elle est nulle. Deuxièmement, Bombardier deviendra un fournisseur de premier plan pour la CSeries. Les ailes, le cockpit et le fuselage, l'ingénierie, seront tous fournis par Bombardier, qui engrangera donc des ventes appréciables si le projet fonctionne. Il faut aussi en tenir compte. D'ailleurs, ce serait la voie d'avenir choisie par Bombardier dans le domaine de l'aviation commerciale: devenir fournisseur de composantes plutôt qu'avionneur. L'aile, par exemple, est le véritable bijou de la CSeries. Est-ce que Bombardier en garde la propriété intellectuelle? Plusieurs questions demandent encore réponse mais le choix stratégique de la direction semble de rentabiliser la conception et la fabrication des composantes les plus novatrices de l'avion. Ce serait un revirement qu'on aurait tort de qualifier de négatif sans prendre le temps d'en analyser les effets. Je crois qu'on en saura plus la semaine prochaine, lors de la publication des résultats.

  • Bernard Terreault - Abonné 27 octobre 2017 09 h 23

    La photo

    Un chef d'oeuvre de mise en scène. Ces quatre hommes en costume bleu sombre et chemise blanche ou bleu très pâle, mais sans cravate, pour faire moderne, décidé, dynamique, qui lèvent le pouce en même temps comme des p'tits gars avant le match de football, et sur les bords ces deux élégantes ministres cheer-leader.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 27 octobre 2017 10 h 10

    Maquillage libéral.

    L'abandon de la CSeries de Bombardier aux mains d'Airbus est une capitulation honteuse maquillée en habile victoire.

    Encore deux ou trois victoires de la sorte et le Québec va se ramasser au fond du trou.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 27 octobre 2017 13 h 18

    "[notre gouvernement] en train de laisser tomber le contrôle de l’économie "


    Comment diable un professeur "émérite" peut-il être si distant, voir déconnecté des réalités de l'économie mondiale ?

    La fabrication d'avion ne vise que les marchés mondiaux. Aucun fabricant n'évolue dans un marché ou l'État installe un "contrôle de l'offre " comme le Canada est le dernier pays a le faire avec son secteur agricole (a l'exception bien entendu de ses secteurs agricoles qui reposent sur l'exportation, telle la production porcine).

    Comment donc peut-il en venir comprendre que l'État pouvait avoir un contrôle économique sur ce marché aussi spécifique que restreint ou seuls deux joueurs prennent toute la place et se la joue aussi dur qu'ils le peuvent ?

    On comprendrait mieux votre critique M. Julien si vous aviez indiquer quel scénario qui n'a pas été jouer, et qui aurait permis une meilleure planche de salut a cette entreprise bien de chez-nous.