La pauvreté, absente de la campagne électorale municipale

Plus de 100 000 ménages locataires montréalais consacrent plus de la moitié de leur revenu à se loger. Combien reste-t-il ensuite pour s’alimenter, se vêtir, payer les frais scolaires, se déplacer, voire se divertir? s'interroge l'auteur. 
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Plus de 100 000 ménages locataires montréalais consacrent plus de la moitié de leur revenu à se loger. Combien reste-t-il ensuite pour s’alimenter, se vêtir, payer les frais scolaires, se déplacer, voire se divertir? s'interroge l'auteur. 

À l’exception des engagements en faveur d’une tarification sociale en transport en commun il y a deux semaines, on ne peut pas dire que la question de la pauvreté a occupé le devant de la scène médiatique durant la présente campagne électorale montréalaise. Le mot « pauvreté » n’a même pas été prononcé lors des deux débats des candidats à la mairie. Baseball, Formule E, pitbulls, transport en commun, voilà les sujets qui ont jusqu’ici retenu l’attention.

Lorsque la question de la pauvreté est abordée, les politiciens ont tendance à s’attarder à l’unique phénomène de l’itinérance, un enjeu sans nul doute très important, la pointe de l’iceberg en matière de détresse humaine. L’itinérance côtoie à l’autre bout du spectre l’opulence de Montréal et ses chics tours à condos du centre-ville.

Entre les deux, on oublie souvent qu’il y a plusieurs femmes et plusieurs hommes qui peinent à boucler leur budget, à joindre les deux bouts, même en travaillant. 40 % des Montréalais qui vivent sous le seuil de la pauvreté travaillent. Les deux tiers des travailleurs pauvres se retrouvent dans les quartiers centraux de Montréal.

Pendant que des acheteurs étrangers écument le marché immobilier de Montréal, parce que c’est moins cher qu’à Toronto ou Vancouver, plus de 100 000 ménages locataires montréalais consacrent plus de la moitié de leur revenu à se loger. Combien reste-t-il ensuite pour s’alimenter, se vêtir, payer les frais scolaires, se déplacer, voire se divertir ? Très peu. Ces personnes ont pourtant droit à un milieu de vie de qualité, à des services de base.

Des engagements à prendre

Donc, des Montréalais travaillent mais sont pauvres. Et ce qu’on leur offre, ce sont des mesures pour ramener les familles de la classe moyenne égarées en banlieue, du soutien pour l’achat d’une propriété, des stratégies dans les nouveaux développements immobiliers, etc. Mais qu’a-t-on à offrir aux familles de Saint-Michel ou de Pointe Saint-Charles, aux quartiers qui ne sont pas des nouveaux développements ? Nous aimerions davantage entendre parler de vie communautaire, de services de proximité accessibles, de locaux pour des services communautaires, de réserves de terrains pour du logement social ou des équipements collectifs.

La mixité sociale ne peut pas se faire dans un seul sens. La question de l’embourgeoisement de certaines parties de quartier prend de l’ampleur, mais personne n’a jusqu’ici proposé une stratégie afin d’en limiter les impacts, dont le maintien des familles économiquement défavorisées dans leur milieu de vie. Selon nous, dans le cadre de ses compétences, Montréal peut en faire plus pour le 30 % de la population montréalaise qui vit sous le seuil de faible revenu.

Un autre sujet dont on entend peu parler durant la campagne est la place de la participation citoyenne dans le développement de la ville. Montréal peut compter sur plusieurs réseaux de participation citoyenne. Les tables de quartier, notamment, travaillent avec la population et les intervenants afin d’établir des priorités locales et de passer à l’action en proposant des pistes de changement social. Par exemple, les tables de quartier organisent présentement près d’une trentaine de débats dans le cadre de l’élection municipale, permettant ainsi à une partie de la population de porter ses besoins à l’attention des candidats.

Comme le disait l’urbaniste suisse Marcos Weil à propos d’un aménagement urbain favorisant la cohésion sociale grâce à des démarches participatives, « plus question de faire la ville POUR ses habitants, mais bien AVEC eux ». Au moment où il faut réfléchir collectivement à la consultation publique à Montréal, à la suite du retrait du droit au référendum dans les municipalités, il faudra donc tenir compte de la participation citoyenne dans les projets d’aménagement urbain et dans l’élaboration de politiques publiques.

Nous invitons la personne élue à la mairie à s’inspirer de l’action citoyenne dans les quartiers tout en assurant une cohérence entre les politiques montréalaises et les réalités et priorités locales. Ensemble, nous progresserons vers une Montréal pour tout le monde peu importe où l’on habite, son revenu, son origine.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 26 octobre 2017 10 h 02

    Amener la banlieue en ville

    « Donc, des Montréalais travaillent mais sont pauvres. Et ce qu’on leur offre, ce sont des mesures pour ramener les familles de la classe moyenne égarées en banlieue, »

    Remarque pertinente, d'autant plus qu'il y a un risque à vouloir amener la banlieue en ville. La banlieue a une culture qui lui est propre et trop souvent, les banlieusards qui s'amènent en ville tentent d'y installer cette culture, malheureusement incompatible avec la ville.

    Parmi les principales différences entre la culture de la banlieue et celle de la ville, il y a, bien sûr, le mode de transport privilégié (souvent le banlieusard ne renonce pas à ses deux ou trois voitures en déménageant en ville), mais surtout le fait qu'en banlieue, on tourne le dos à la rue – la rue étant faite pour l'automobile et rien d'autre. La vie extérieure en banlieue se passe dans la cour arrière, entre le gril au propane et la piscine. On ne veille pas sur le perron à Blainville ou à Sainte-Julie...

    Les promoteurs immobiliers dans le résidentiel ont compris l'enjeu. Et c'est ainsi qu'on a vu pousser comme des champignons ces condos avec d'immenses terrasses sur le toit, emmurés à l'excès au nom d'une valeur culte de l'individualisme, l'intimité. Ces terrasses, en plus d'occasionner des problèmes techniques aux immeubles (infiltrations d'eau, problème avec la neige, détérioration prématurée du toit...), éloignent les gens de la rue et ne permettent pas à celle-ci de remplir son rôle de lieu de socialisation. Les rues desservant ces nouveaux quartiers de condos à terrasses deviennent aussi mornes, pour ne pas dire aussi mortes que des rues de banlieue.
    Bien des gens également s'approprient la ruelle pour la compartimenter afin d'y installer « l'intimité » des cours arrières de banlieue. Le potentiel de lieu de socialisation qu'est la ruelle est alors anéanti.