Harcèlement sexuel: détruire le temple, pas seulement ses faux dieux

Il est tout à fait nécessaire de changer notre culture sociale et les normes systémiques qui autorisent voire facilitent la violence contre les femmes.
Photo: iStock Il est tout à fait nécessaire de changer notre culture sociale et les normes systémiques qui autorisent voire facilitent la violence contre les femmes.

Cette lettre s’adresse d’abord et avant tout aux hommes, mais parce qu’elle critique notre relation aux femmes, les chances sont élevées pour ce que soient surtout ces dernières qui la lisent, ce qui illustre ce que je veux dénoncer ici.

Il faut rendre hommage à la parole des femmes luttant contre le harcèlement. Réjouissons-nous de voir tomber ces roitelets dont le priapisme s’affirme comme la pitoyable banderole de leurs privilèges. Tant mieux si leur drapeau est en berne. Faire du mal juste pour rire ne peut plus servir d’excuse, car de tels gestes ne sont ni drôles ni justes. Applaudissons donc à la chute de cette aristocratie convaincue de son droit de cuissage… à la condition que l’arbre ne cache pas la forêt. Il s’agit d’une évidence, mais il me semble nécessaire de la rappeler. Ce ne sont pas ces vedettes qui rendent possible la violence contre les femmes, mais l’inverse. Que tombent les faux dieux, oui, mais il faut pour cela détruire leur temple, sans quoi d’autres s’empresseront de prendre leur place et rien ne changera.

Il est tout à fait nécessaire de changer notre culture sociale et les normes systémiques qui autorisent voire facilitent la violence contre les femmes. Cela étant, nous ne pouvons pas négliger les ressources institutionnelles, celles de l’État et celles de la société civile, qui existent déjà et qui sont mises à mal par des années de sous-financement, pour employer un euphémisme. Nous ne pouvons pas, d’un côté, nous montrer solidaires sur les réseaux sociaux ou dans l’espace public et, de l’autre, oublier toute la détresse vécue par des femmes qui ne savent plus où aller et dont l’univers s’écroule peu à peu.

Nier leurs droits

Le pouvoir arbitraire des hommes contre les femmes s’explique aussi par la quasi-absence d’options pour un grand nombre de celles-ci. Quelles garanties offrir à des femmes qui décident de surmonter leur peur et de fuir leur domicile si elles ne trouvent aucune place dans les maisons d’hébergement ? Si une femme veut quitter son emploi en raison du harcèlement qu’elle subit et qu’elle voit se fermer devant elle toutes les portes de sortie, y compris celle de l’aide sociale, que fera-t-elle ? Lorsqu’une étudiante craint les représailles invisibles et pourtant bien réelles de son directeur ou de son département si elle veut porter plainte, dispose-t-elle vraiment de toutes les protections ? Une femme acculée est une femme, qu’elle porte une robe de soirée scintillante ou un uniforme de travail. Ce ne sont donc pas quelques-unes, mais des milliers qui vivent dans l’intimidation, l’oppression et l’humiliation. Et plus elles se battent avec dignité, plus nous les hommes redoublons d’efforts pour les faire taire et nier leurs droits.

On dit sans cesse que l’éducation est la solution en amont pour prévenir la violence. Pourtant, ce sont des hommes éduqués qui assistent indifférents au démembrement de l’État social. On associe la famille à l’origine du problème, comme si une éducation par des parents ou par une mère féministe préservait les futurs hommes contre la tentation de la violence et du sexisme. Ce n’est pas faux, mais est-ce à dire que toute cette violence sexiste se trouve contenue en germe dans la famille ? Imaginons le scénario d’un jeune garçon éduqué par une femme féministe célibataire. Si ce même garçon commet plus tard des gestes de harcèlement, faudrait-il blâmer sa mère ? La réponse est évidente : non. Car ce même garçon verra, tout au long de sa vie, des scènes quotidiennes contredisant parfaitement l’idéal d’égalité et de respect mutuel dont sa mère a porté le flambeau. Il élira un gouvernement qui renvoie à la sphère privée et donc à l’arbitraire de la charité ce qui relève des droits fondamentaux des femmes et des responsabilités de l’État à cet égard. Il entendra au travail le discours machiste de ses pairs et intériorisera ses normes. Cela étant, il n’y a pas de déterminisme, ni familial ni social. Il est possible de freiner cette dynamique et de changer les choses. Les femmes n’ont que faire des mines déconfites des hommes et de leur empathie si ceux-ci continuent d’exercer leur pouvoir en s’agrippant fermement à son sceptre.

5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 23 octobre 2017 01 h 47

    un homme et une femme

    ho! la,la la subordination des femmes n'a-t-il pas été voulue depuis longtemps, les grands pouvoirs n'étaient-ils pas tannés de voire les femmes a la merci des géniteurs de passage, ils ont institutionnalisés ce qu'ils ont appelés la famille, un homme, une femmes et des enfants, pas plus, pas moins , vous imaginer ce que ca imposé comme virage, tandis que nous étions peut-être faits pour plusieurs et ce réciproquement

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 23 octobre 2017 08 h 00

    ... à pervertir ?

    « Il est tout à fait nécessaire de changer notre culture sociale et les normes systémiques qui autorisent voire facilitent la violence contre les femmes. » (Christian Nadeau, Philosophe et professeur, UMtl)

    Possible, mais ce « hic » :

    D’expérience (A), lorsque nous avons sorti, dans ou vers la fin des années ’80, l’histoire de l’Enfance de Duplessis-léger, une question a émergé entre-nousôtes :

    Comment-pourquoi se faisait-il que certains adultes s’en prennent sexuellement à des enfants (tant masculin que féminin) ? Qu’étions-nous pour les attirer sans notre consentement ?

    Outre les réponses associées à une problématique de pédophilie, celles regardant notre statut social (pupilles de l’État, enfants du péché ou « bâtards ») allaient comme fasciner notre propos.

    De ces réponses, on-dirait que, en tant que « bâtards » d’abandon, le « péché » attirait le « pécheur » qui, ce dernier, se réservait le droit-devoir de nous polluer-contaminer encore + !

    De ce genre de constats-réponses, est-il d’autorité de penser que l’actuel statut social de la femme incite le « pervers » …

    … à pervertir ? - 23 oct 2017 -

    A : Relevant de cette Enfance (Décret 1198-2006, « déficience intellectuelle »), je tiens à saluer et remercier toutes ces personnes qui ont permis que cette histoire soit révélée et qui l’ont soutenu de cœur : pensons ici aux Alice Quinton, aux Jean-Guy Labrosse, aux Hervé Bertrand, au Bruno Roy, aux Lucien Landry (Décret 1153-2001, « santé mentale »), aux Denis Lazure, aux Raymond Lévesque, et j’en passe ! Mercis !

    Réf. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Orphelins_de_Duplessis.

  • Marc Therrien - Abonné 23 octobre 2017 19 h 33

    Du défi de changer le jeu et pas seulement les règles et les joueurs


    « Cela étant, il n’y a pas de déterminisme, ni familial ni social. Il est possible de freiner cette dynamique et de changer les choses.»

    On peut certes compter sur les philosophes pour penser et repenser le monde. Il est facile pour eux de formuler simplement l’idéal vers lequel on doit tendre. Comme par exemple, transformer les rapports de force et de pouvoir dans un système de compétition en des rapports d’aide et d’entraide dans un système de coopération. Admettons qu’il n’y ait pas de déterminisme familial ou social à proprement parler. C’est quand vient le temps de s’atteler à opérationnaliser le changement dans le réel qu’ils peuvent avoir besoin de s’entourer de penseurs de d’autres disciplines pour entre autres, intervenir de façon créative pour aider les participants d’un système à surmonter ou contourner les obstacles crées par la dynamique relationnelle et interactionnelle des déterminants sociaux.

    Avant de détruire le temple, il serait peut-être approprié de l’avoir déjà rénové par en dedans, car à mon avis, si ce temple a été construit, c’est entre autres parce que l’humain a horreur du chaos qui en apparence se passe bien du déterminisme.

    Marc Therrien

  • Raymond Guay - Abonné 23 octobre 2017 20 h 15

    Merci pour cet article que j'ai lu et relu!

    Certains pensent consulter des sécialistes pour modifier leur comportement envers la gent féminine, tel que des cours sur la sexualité. Je pense qu'ils devraient plutôt suivre des cours de philosophie. Et, qu'ils ne s'imaginent pas qu'ils vont changer de comportement ou d'attitude (plus profond) en criant lapin. Tout dépend de l'âge qu'ils ont. Autant de temps ils se sont enfoncés dans un chemin sans issus, autant de temps ça va prendre pour revenir. La réusssite est à ce prix... (MB)

  • Loyola Leroux - Abonné 23 octobre 2017 20 h 40

    Le philosophe Nadeau et l'esprit critique

    Monsieur Nadeau se présente comme philosophe. D'un tel personnage je m'attends a un soupcon d'esprit critique, malheureusement je n'en trouve pas l'ombre dans son texte. La sagesse éternelle nous apprend que toute médaille a deux cotés.