Oui, le changement est encore possible

Gabriel Nadeau-Dubois et Sol Zanetti
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Gabriel Nadeau-Dubois et Sol Zanetti

« Mais si l’étapisme ne consiste qu’à abandonner notre idée par étapes, alors qu’on ait le courage de nous le dire », affirmait Pierre Bourgault dans les pages du Devoir peu de temps après le référendum de 1980, dénonçant avec son mordant habituel « une souveraineté qui a honte d’elle-même ».

Près de quatre décennies ont passé et avec elles les rêves de liberté du peuple québécois ont été réduits à ceux d’une génération. Face aux revers et aux lendemains difficiles, le beau risque, la gouvernance souverainiste et, aujourd’hui, un « ostie de bon gouvernement » ont servi à maquiller élégamment la mise au rancart d’une option en perte de repères. Des centaines de milliers de Québécoises et de Québécois ne connaissent du mouvement souverainiste que ses atermoiements ; bon nombre ne se reconnaissent pas dans le retour au nationalisme conservateur.

Seul Jacques Parizeau, arpentant ce qu’il appelait un « champ de ruines », a eu le courage de nous mettre en garde : si rien n’est fait, le mouvement indépendantiste sera incapable de garder prise sur le Québec d’aujourd’hui, encore moins d’arriver à bon port.

Ce diagnostic a mené nos formations politiques respectives à entamer un dialogue qui aboutit à une entente de principe historique, réunissant deux partis indépendantistes pour la première fois depuis 1968. Québec solidaire et Option nationale proposent à leurs membres de joindre leurs forces pour constituer plus que la somme de ses parties, de ses énergies, de son électorat. Nous souhaitons poser la première pierre de la refondation du mouvement indépendantiste et donner un coup de barre dans le paysage politique québécois dès les élections générales de 2018.

Réconcilier nos familles politiques

Le processus mis en marche aujourd’hui pourrait déboucher sur la réconciliation de nos familles politiques respectives. Nos mouvements ont des histoires différentes, souvent convergentes, parfois divergentes, et cette fusion permettrait d’entretenir la pluralité au sein d’un seul grand parti unifié. Une réconciliation en amène d’autres : notre mouvement doit construire des ponts entre les jeunes et les personnes aînées, Montréal et le reste du Québec, les « de souche » et celles et ceux qui revendiquent, contre vents et marées, le droit d’être pleinement Québécoises et Québécois. Par-dessus tout, la réconciliation avec les Premières Nations habitant le territoire québécois doit dépasser l’exercice de relations publiques et mener à un nouveau rapport de Nation à Nations.

Nos référents ne sont pas référendaires. Indépendantistes convaincus, nous n’avons pas pour autant vécu le rendez-vous manqué de 1980 et celui, volé, de 1995. Certaines choses ne changeront jamais : les clés du 24 Sussex Drive sont détenues par un homme qui s’incline devant les pétrolières, l’Arabie saoudite et Netflix tout en se montrant incapable d’affronter la question du statut du Québec au sein du régime canadien, incapable de lever le petit doigt pour réformer le mode de scrutin uninominal à un tour, cet anachronisme tiré du chapelet colonial britannique. Malgré la primauté de notre démocratie sur une constitution canadienne illégitime, il continue d’imposer sa loi sur Québec.

D’autres choses ont changé. Il est impensable, en 2017, d’envisager la souveraineté du Québec sans revendiquer le plein exercice des leviers de l’État pour lutter contre l’exploitation délétère de nos sols et forêts. Alors que certains aimeraient bien claquer les portes du Québec au nez des réfugiés, nous préférons colmater les frontières qui laissent s’échapper les fruits de notre labeur vers les paradis fiscaux. La pleine souveraineté du peuple québécois dépend aussi de notre souveraineté économique, énergétique et alimentaire dans un monde piégé par une mondialisation débridée.

Changer d’approche

Sans jamais renier les luttes d’affirmation nationale du passé, il est temps de changer d’approche. Les querelles tactiques des derniers mois ont fait oublier la véritable raison d’être de notre mouvement : dépasser les retouches cosmétiques que nous proposent les vieux partis à l’Assemblée nationale. Au-delà des frontières du Québec, un véritable renouveau politique s’opère sous l’égide des campagnes de Bernie Sanders et de Jean-Luc Mélenchon, qui ont fait mentir tous les pronostics, y compris le fameux absentéisme électoral des jeunes en misant sur une formule toute simple. Oui, le changement est encore possible.

Nous faisons le pari de redonner aux Québécoises et aux Québécois le goût de rêver à des lendemains meilleurs et l’ambition de les construire ensemble dans le cadre d’une démarche rassembleuse : l’Assemblée constituante. En convoquant une assemblée démocratique et plurielle pour rédiger la constitution d’un pays du Québec, nous ne laisserons personne de côté. Et avant de se rendre aux urnes pour avaliser la naissance d’un 194e membre de la grande famille des nations, le peuple québécois aura déjà constitué les contours de son avenir.

La voie que nous prenons est parsemée d’embûches. Après tout, les ennemis du bien commun occupent souvent les plus hauts offices, comme l’a appris le peuple catalan dans les rues de Barcelone il y a seulement quelques jours. Mais comme les Catalans, comme les Écossais, comme les Kurdes, nous ne sommes pas seuls. Alors que nous apprenons à nouveau à nous parler, nous pouvons espérer beaucoup.

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11 commentaires
  • Benoit Toupin - Abonné 6 octobre 2017 12 h 06

    Mauvais diagnostic et mauvaise cible

    La lecture de la première partie de ce texte me semble bien négatif; une série de citations sélectionnées, hors contexte, utilisée pour définir le PQ de façon partisane et biaisée. Avec les 80000 membres du PQ, plus de 100,000 citoyens qui soutiennent financièrement, a voir la jeunesse, le dynamisme, l'origninalité, et le sérieux de son dernier congrès, je suis obligé de dire que votre diagnostic est factuellement mauvais et que le PQ et ses militants méritent un minimum de considération.

    Vous entretenez, comme bien d'autres, la confusion entre le référendisme et le souverainisme. Faire de la politique autrement ne ressemble pas à cela...

    Dans la deuxième partie du texte, malgré son titre, il est question de réconciliation, mais si peu d'écoute... On y caricature l'autre comme étant sectaire. La même vision que Monsieur Couillard défend avec acharnement. Pourtant la cohésion entre les éléments régionaux et sociaux du Québec sera plus grande quand le procès d'intention fera place a l'écoute et quand le multiculturalisme canadien et ses effets pervers pourront être discutés. Même les positions les plus sectaires et discutables visent à résoudre un malaise ressenti ou un besoin ignoré des dirigeants. Rejeter les positions excessives bien, mais écouter ceux qui les soutiennent pour en comprendre les besoins est nécessaire. Sinon il n'y aura pas de véritable réconciliation...

    Troisième partie... Êtes-vous certains de détenir le monopole du renouveau et du changement et de la parenté idéologique des Sanders et autres de ce monde. Les véritables changements demandes patience et pragmatisme. Le programme actuel de QS suggère des changements radicaux qui dans le contexte nord américains pourrait isoler et faire mal au Québec, le meilleur endroit pour les familles. Vous opposer les classes sociales et laisser croire qu'en faisant payer les riches vous pouvez faire des miracles. Les discours c'est beau mais la réflexion, l'analyse et le pragmatisme c'est mieux.

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 6 octobre 2017 14 h 09

      D'une part, disons-le d'emblée, oui le PQ a un bilan à répondre.
      PQ du libre-échange. PQ de la charte. PQ de la souveraineté la plus lointaine possible. Vous y croyez encore, d'accord. Mais ce n'est pas un argument, ni un moyen d'avoir ma confiance.
      D'autre part, je ne vois pas dans ce texte quelque chose qui ressemble à Couillard qui instrumentalise l'immigration sans offrir aucune solution. La comparaison ne se fait tout simplement pas : se donner les moyens d'inclure est un manière de s'attaquer directement là où est le bobo.
      Finalement, pensez-vous vraiment que l'institutionnalité du PQ a la mobilité, la souplesse, la pro-activité des mouvements politiques célèbres de part le monde ? Il suffit de voir le PQ post 2012 en éducation: la molesse institutionnelle incarnée. Sanders ou Mélanchon auraient étés 1000x plus efficaces et ils l'auraient canalisés cette énergie de la jeunesse. Êtes à leur hauteur est un méchant défi, mais bon, j'aurais beaucoup plus de mal à associer PQ avec Nuit debout, Occupy, et tous les autres mouvements qui réclament quelque chose d'autre.
      QS et ON, ça oui, je les vois avec nous dans la rue créative où le peuple se redéfinit des règles par et pour lui-même.

    • Christian Montmarquette - Abonné 6 octobre 2017 14 h 17

      Faut être tordu pour critiquer un texte d'une hauteur pareille.

      Franchement consternant.

    • Benoit Toupin - Abonné 6 octobre 2017 19 h 29

      Monsieur Garceau, il me semble que vous évitez de faire la différence entre un mouvement social de protestation et un parti politique. Alors que le premier vise faire valoir des revendications qui peuvent être des plus légitimes et de grandes valeurs sociales, il n’aura jamais à être le juste arbitre de toutes les attentes et des besoins de sa société. Il est dans la revendication non dans l’art du possible qui a ses limites et ses contraintes.

      Le parti politique lui doit proposer et être disposer à mettre en place un ensemble de mesures pour protéger tous ses citoyens sans égard au statut social, promouvoir l’épanouissement individuel et collectif de ses citoyens et de favoriser une société fonctionnelle et juste. Ses ressources sont limitées et ses actions s’inscrivent dans un environnement compétitif entre nations.

      Le libre-échange, à titre d’exemple, est devenu la concrétisation de la mondialisation. On peut déplorer que les ententes aient induit des limites à l’autonomie des états au profit des grandes entreprises, mais quelles sont les conséquences de ne pas y être; pouvez-vous les imaginer. Le groupe de revendication peut se dire contre la mondialisation; mais le parti politique doit trouver le point d’équilibre pour ne pas s’isoler, voir son économie se marginaliser et protéger son autonomie; l’art du possible et ses difficultés. Les groupes de revendications et les partis politiques doivent cohabiter. Essayer d’être l’un et l’autre à la fois n’est pas réaliste.

    • Benoit Toupin - Abonné 6 octobre 2017 19 h 39

      Monsieur Garceau, voici le bilan dont le PQ a à répondre; laissons le lecteur juger…

      1976-85 : La charte de la langue française / Loi sur le financement des partis politiques / Loi anti-briseur de grève / Loi sur la protection du territoire agricole / Création de Société de l’assurance automobile / Loi sur l’aménagement et l’urbanisme / Création du ministère de l’environnement / Création du régime Épargnes-Actions / Création de la Commission de la santé et de la sécurité au travail / Création des normes du travail / Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves et d’étudiants / Création du Fonds de solidarité de la FTQ.
      1994-2003 : Loi sur l’équité salariale / Loi sur l’équilibre budgétaire / Création des Centres de la petite enfance / Création du régime publique d’assurance médicaments / Création de la société Investissements Québec / Création d’Héma-Québec / La Paix des braves / Politique de nationalisation de l’eau / La journée nationale des patriotes / La grande bibliothèque nationale.
      2012-14 : Fin du nucléaire et de l’amiante / Annulation de la loi 78 / Sommet sur l’enseignement supérieur et annulation de la hausse des droits de scolarité / Élections à date fixe et révision des règles de financement des partis politiques / Projet de loi 52 sur les soins de fin de vie / Maternelle à 4 ans dans des zones de pauvreté afin de lutter contre le décrochage scolaire / projet de loi 1 sur l'intégrité des contrats publics / Dépôt du projet de loi 14, la réforme de la Charte de la langue française / Dépôt du projet de loi 67 sur l'assurance autonomie / Dépôt de la Charte sur la laïcité.

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 octobre 2017 08 h 15

      À Benoit Toupin,

      Tant qu'à parler de bilan, dont celui de M. Toupin est truffé d'imprécisions et d'inexactitude.. Faisons-le au complet.

      Que les gens sachent que le PQ c'est aussi :

      Austérité budgétaires; coupures sauvages dans l'aide sociale; déduction des pensions alimentaires aux enfants des prestations d'aide sociale; désinstitutionnalisation et mise à la rue des malades mentaux sans services; 10 milliards par année de cadeaux aux banques et aux multinationales; 800 millions en cadeaux pour les multinationales minières étrangères en 2013; appui au passage du pétrole sale bitumineux d'Enbrige*; rejet de Pharma-Québec 2 milliards de pertes par année pour l'État du Québec); éternels louvoiements sur la question nationale; augmentations records des tarifs d'électricité; libre-échange néolibéral; dogme du déficit zéro dont il l'est l'instigateur au Québec; retrait de 17,000 employés.es en santé et en éducation; coupures de 20% salaires de la fonction publique par René Lévesque; développement du gaz de schiste à Anticosti; construction d'une centrale électrique à Val-Jalbert; 2 millions de fraudes électorales; système de prête-noms avec SNS-Lavalin; rejet du scrutin proportionnel en 2011; trahisons d’engagements électoraux soit, le maintien de la taxe-santé; l'augmentation des frais de scolarité et coupures dans l’aide sociale entre 2012 et 2014.

      Comme parti de l'opposition qui fait en gros la même chose que le Parti libéral quand il est au pouvoir, le PQ est devenu une entrave à la démocratie en usurpant la place d'une véritable alternative politique aux libéraux et une entrave à l'indépendance en accaparant le vote souverainiste tout en mettant l'indépendance en veilleuse depuis près de 30 ans.

      Christian Montmarquette

      Référence :

      "Le PQ et le grand projet canadien, le pétrole" - Le Devoir, 




      Source :

      http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-s 



      .

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 7 octobre 2017 14 h 56

      Petit détail qui m'intéresse de revenir : pourquoi Sanders et Mélanchons sont si inspirants ?
      Parce que ce sont aussi des mouvements politiques.
      Je ne sépare pas les partis des mouvements car c'est vous qui vous réclamez des mouvements dans votre comparaison.
      Le PQ l'a sans doute été un mouvement politique. Mais voilà, les habitudes s'installent et on devient un peu trop confortable/complaisant/compromis.

    • Carmen Labelle - Abonnée 7 octobre 2017 23 h 04

      À Christian Montmarquette, Comme à l'habitude vous voyez de la hauteur où d,autres ne voient que du pareil au même. Il faudra que les mentalités changent d,abord avant qu'une société nouvelle naisse. Une société fière d'elle-même et de son courage de résistance à l'assimilation depuis 300 ans; une société affranchie des dogmes et du chant des sirènes; une société. affranchie du néolibéralisme, des superstitions de la religion (donc abrogation des lois qui mettent la religion au-dessus de toutes autres croyances). Après ça on est prêt à jaser

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 octobre 2017 14 h 22

      À Carmen Labelle ,

      Ce n'est pas la fièreté qui manque au Québec.

      C'est l'équité, la justice et la compassion, pour l'instauration d'une société égalitaire et au service du bien commun.

      Christian Montmarquette

  • Carmen Labelle - Abonnée 7 octobre 2017 21 h 58

    Le changement encore possible mais pas grâce à vous

    Le politicologue Michel Roche déclarait suite à l'élection partielle dans laquelle une alliance Qs-On-PQ aurait pu faire une différence selon lui «Je pense que le Québec ne s,en remettra pas»( du refus d"alliance avec le PQ que la sirène de Qs a traité de monstre à deux têtes au congrès). Je pense qu'il a raison et c'est une tragédie après la résistance de 300 ans des francophones en Amérique. 300 ans à nous faire «ch..» dessus pour qu'une fois que nous ayons réussi à relebver la tête et à revendiquer nos droits, un parti se disant inclusif traite notre volonté de défendre la survie de notre culture et notre langue d'intolérance. Plus jamais Qs, moi qui fut deux fois candidate. La seule voie de changement est que les Québécois se ramassent, se cramponnent au mas du navire et se bouchent les oreilles comme Ulysse pour résister au chants des sirènes qui tentent d,imposer au Québec pourtant tolérant dans toute son histoire des pratiques et coutumes ramenant le droit des femmes et de la population au temps de Duplessis, des curés misogynes et de la domination des satanées religions sur la politique et la vie du peuple

    • Benoit Toupin - Abonné 8 octobre 2017 14 h 12

      Je suis un de ceux qui pensent que la résilience de notre peuple francophone est héroïque et qu'elle mérite notre engagement pour sa survie. Certains y voient un repli sur soi... J'ose espérer qu'il soit possible d'être fier de soi et accueillant; nos vies personnelles nous le prouvent tous les jours. Pourquoi cela ne serait-il pas vrai collectivement.

      Le multiculturalisme canadien valorise les libertés individuelles et le communautarisme au point où l'effort d'intégration n'est plus nécessaire pour les nouveaux arrivants. Du même coup, l'identité et l'histoire du Québec francophone sont volontaitement ignorés dans le système canadien. Ce climat malsain, selon moi, et l'inaction des dirigeants, génèrent toutes sortes de prises de position allant d'un extrême à l'autre. Au milieu de tout cela des groupes cachent leur agenda visant, à coup de victimisation, à manipuler le climat social. Se faisant ils nuisent à ceux qu'ils prétendent aider.

      Pourtant nous sommes un peuple de paix et de solidarité; pourquoi sommes nous entraînés et maintenus dans ces luttes sans issue? Je déplore les sentiments tranchés qui mènent à des critiques démesurées alors qu'il serait facile de trouver les lieux communs qui pourraient nous permettre d'avancer plutôt que de piétiner sur place. On peut espérer, en tenant nos positions fermes, gagner, un jour, la totale. Mais il y a de fortes chance que ce jour ne survienne jamais. Au contraire l'écoute et la collaboration mettraient fin aux luttes fratricides et permettraient, au moins
      une part des gains espérés.