Établissements de santé: rétablir le sens de l’appartenance avec les communautés

Les nouveaux établissements n’ont plus d’âme. Ils ont souvent des liens difficiles avec leurs médecins, leurs professionnels, leur personnel et leurs usagers, estime l'auteur. 
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Les nouveaux établissements n’ont plus d’âme. Ils ont souvent des liens difficiles avec leurs médecins, leurs professionnels, leur personnel et leurs usagers, estime l'auteur. 

Dans son rapport publié la semaine dernière, la protectrice du citoyen considère que l’intégration des services des établissements de santé ne s’est pas encore réalisée, au détriment des usagers. Bien qu’ils en aient la capacité, les CISSSS et les CIUSSSS mis en place par la réorganisation de 2015 n’ont pas encore réussi le virage demandé pour offrir de meilleurs soins à la population. Selon la protectrice, les établissements ont réduit de façon importante les services en soins à domicile, en CHSLD, en centres jeunesse, en santé mentale et en déficience. Ainsi, ce n’est pas la réorganisation elle-même qu’il faut montrer du doigt, mais la gestion des établissements découlant de celle-ci. Ce n’est pas le manque de ressources qui est à blâmer, mais l’organisation des services.

À cette constatation, le RPCU ajoute que la disparition du sentiment d’appartenance des usagers avec leur établissement est aussi en cause. La « déconnexion » à laquelle on assiste entre les établissements et les communautés a grandement contribué aux constats malheureux des derniers jours, ne serait-ce que par une perte de perception de la réalité des usagers. Plus encore, comment peut-on faire accepter des changements structurels importants si l’on ne se préoccupe pas des principaux intéressés ?

Les nouveaux établissements n’ont plus d’âme. Ils ont souvent des liens difficiles avec leurs médecins, leurs professionnels, leur personnel et leurs usagers. Les hauts dirigeants ont oublié qu’ils doivent s’ancrer dans une communauté, dans un environnement. Le RPCU avait écrit, dans son mémoire sur le projet de loi no 10 que, pour que la réforme ait un sens, il fallait s’assurer que la population puisse s’identifier aux nouvelles structures. La voie était tracée puisque tous les comités des usagers et de résidents ont été conservés.

Revoir en profondeur

Les administrations ont failli en appliquant bêtement des directives sur les communications, en faisant disparaître l’identité des installations locales, les noms de CHSLD, sans reconnaître leur importance pour la population. On a préféré exercer un contrôle sur les comités des usagers en faisant disparaître leur logo, leur site Internet, ou en refusant leurs affiches ou leurs dépliants.

La façon dont est traitée la communauté par les administrations doit être revue en profondeur. Si le gouvernement veut voir sa réorganisation susciter les résultats qu’il espère, un effort doit être fait pour améliorer l’apport de la communauté aux services. L’expérience des usagers est d’une très grande valeur pour le réseau de la santé et mérite d’être reconnue. De nombreux enjeux sont proposés régulièrement aux administrations par les comités des usagers et il est déplorable d’en voir si peu être retenus.

Il appartient aux administrations locales de fournir les services et de le faire en intégrant la participation citoyenne des comités. Il n’est pas trop tard pour rectifier le tir afin de rétablir le lien de confiance et l’appartenance avec les communautés, mais il est urgent d’agir. L’intégration des services des établissements de santé ne peut se faire que si les établissements sont « connectés » à leurs communautés.

2 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 6 octobre 2017 05 h 46

    … ré-humaniser !

    « Plus encore, comment peut-on faire accepter des changements structurels importants si l’on ne se préoccupe pas des principaux intéressés ? » (Pierre Blain, Directeur général, RPCU)

    Comment ?

    En consultant le rapport de la Protectrice du Citoyen ? ou en tassant les principaux intéresséEs ?

    Le sait-on ?

    Chose certaine, pour éviter la reproduction-reconduction de ce genre de « Comment ? », « revoir en profondeur » pourrait comme inspirer, mais restaurer certaines structures (d’exemple, la FCRDITED), des structures susceptibles de réalimenter tout autant des échanges que des liens d’appartenance, pourrait, davantage et +, faciliter-conduire le RSSS et le MSSS à …

    … ré-humaniser ! - 6 oct 2017 -

  • Linda Dauphinais - Inscrit 6 octobre 2017 09 h 06

    Et malheureusement, M. Blain,

    comme vous le savez très bien, nous ne sommes pas en réorganisation du système de santé depuis le 1er avril 2015... surtout en désorganisation, en démantèlement des acquis sociaux afin que le privé s'insère de plus en plus dans la santé, afin que l'on perde justement nos institutions qui nous étaient chères car de proximité... au lieu de tout cela, c'est le Think Big qui est érigé... pas facile d'y trouver son chaton pour une chatte... le personnel a de la difficulté à avoir les dernières informations au sujet de ce qu'ils ont à faire et comment le faire... les procédures ne s'attachent pas entre elles... qui croyez-vous paiera ce démantèlement sauvage... le pauvre malade...qui n'a pas l'énergie nécessaire pour combattre et le mal qui l'atteint... et le mal que lui fait de courir à gauche et à droite pour trouver une réponse à ses questions légitimes... On l'encourage à aller au privé, cela va plus vite... et voici comment le privé gagne du terrain... avec l'assentiment de notre bon gouvernement... et nous continuons quand même à payer les mêmes impots etc... et pourtant nos services sont diminués d'une manière absolument incongrue...