Le bilan de santé du système de santé québécois

Seulement 26% des Québécois qualifient d’excellents ou de très bons les soins de santé obtenus. 
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Seulement 26% des Québécois qualifient d’excellents ou de très bons les soins de santé obtenus. 

Un organisme américain, le Commonwealth Fund, organise et mène de façon régulière de vastes enquêtes internationales sur différents aspects des systèmes de santé*. Cet organisme a publié un rapport en juillet 2017 intitulé Mirror, Mirror 2017 : International Comparison Reflects Flaws and Opportunities for Better U.S. Health Care rendant compte des résultats obtenus par pays. Le rapport regroupe toutes les données sous cinq dimensions d’un système de santé : 1) le processus de soin ; (2) l’accès aux soins ; (3) l’efficacité administrative ; (4) l’équité du système ; (5) les résultats en matière de soins de santé.

Sur cette base, le rapport établit un ordonnancement des pays, montrant que, globalement, les États-Unis arrivent au dernier rang et le Canada, au 9e rang sur les 11 pays étudiés (et au 10e rang pour l’accès aux soins). Les pays ayant la meilleure note seraient le Royaume-Uni, l’Australie et les Pays-Bas, trois pays dotés de systèmes de santé pourtant très différents.

Évidemment, le système de santé relevant des provinces canadiennes, les résultats pour le Canada deviennent une sorte de moyenne des performances des provinces.

Satisfaction envers le système

L’IGOPP a obtenu du Commonwealth Fund et de leur partenaire canadien, l’Institut canadien d’information sur la santé, les résultats des deux sondages pour chaque province afin de comparer le système de santé québécois à celui des autres provinces et d’autres pays.

La somme des données et informations produites par ces deux sondages est énorme ; aussi, aux fins de ce texte, nous en tirons les éléments qui nous semblent les plus éloquents et pertinents, surtout en ce qui concerne l’accessibilité des soins.

Seulement 26 % des Québécois qualifient d’excellents ou de très bons les soins de santé obtenus, comparativement à 52 % des Ontariens, alors que la moyenne internationale se chiffre à 51 %.

Les Québécois estiment à 63 %, comparativement à 54 % des Ontariens et à 46 % des répondants à l’international, que le système comporte de bonnes choses, mais que des changements fondamentaux doivent y être apportés. La même question fut soumise aux médecins omnipraticiens en 2015, révélant une forte convergence entre ce que pensent les citoyens et les médecins. Au Québec, les deux tiers des répondants, individus et médecins, estiment que des changements fondamentaux doivent être apportés au système, par rapport à 57 % en Ontario et 54 % à l’international.

Accessibilité des soins au Québec

Les trois quarts des Québécois déclarent avoir accès à un médecin de premiers soins, un résultat sensiblement inférieur à l’Ontario (89 %) et à la moyenne internationale (80 %).

Toutefois, les temps d’attente pour les services d’urgence sont remarquablement plus longs au Québec qu’ailleurs. Ainsi, 27 % des Québécois qui se sont rendus aux services d’urgence au cours des deux dernières années ont attendu plus de huit heures et 51 % ont attendu plus de quatre heures. Pour l’Ontario et l’ensemble du Canada, ce sont 24 % et 29 % respectivement des répondants qui déclarent avoir attendu quatre heures et plus. Dans les autres pays, seulement 11 % des répondants ont eu une telle expérience.

Cela s’explique possiblement par le fait que seulement 36 % des cabinets de médecins-omnipraticiens au Québec ont adopté des mesures pour que les patients aient accès à un médecin ou à une infirmière s’ils en ont besoin lorsque la clinique est fermée (après les heures de travail et les fins de semaine) sans devoir se rendre aux urgences d’un hôpital.

En Ontario, 66 % des médecins ont adopté de telles mesures et 75 % font de même à l’international.

De plus, 21 % des répondants du Québec déclarent avoir dû attendre au moins deux semaines pour obtenir un rendez-vous avec un médecin. En Ontario, seulement 8 % ont dû attendre aussi longtemps, et 5 % au niveau international.

Les médecins-omnipraticiens du Québec estiment à 81 % que leurs patients attendent souvent longtemps avant de voir un spécialiste. En Ontario, 60 % des omnipraticiens sont de la même opinion et 45 % à l’international.

Aussi, 64 % des omnipraticiens québécois estiment qu’il est souvent difficile pour leurs patients d’obtenir des examens diagnostiques (par exemple : CT scan, mammographie, IRM) comparativement à 19 % des médecins ontariens et à 21 % des médecins à l’international.

Il convient de noter que, parmi les individus interrogés qui ont au cours des deux années précédentes séjourné dans un hôpital québécois, 96 % expriment une grande satisfaction pour la courtoisie et le respect avec lesquels ils ont été traités par les médecins et le personnel infirmier, un résultat supérieur à celui observé en Ontario (80 %).

Il semble que le système canadien dans son ensemble devrait faire un examen et adopter, s’il y a lieu, certaines pratiques et certains modes d’organisation qui ont cours dans d’autres pays. Quant au système de santé québécois, il est difficile de comprendre qu’il ne puisse à tout le moins égaler les meilleures performances canadiennes puisque les fondements du système sont sensiblement les mêmes d’une province à l’autre.

* En 2015, un sondage, comportant 34 questions, fut mené auprès de 11 547 médecins-omnipraticiens dans 10 pays (Canada, États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Suède, Norvège, Suisse, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande et Australie). L’échantillon comportait 2284 répondants du Canada, dont 455 du Québec. Puis, en 2016, un sondage, comportant 54 questions, fut mené auprès de 25 770 adultes (18 ans et plus) dans 11 pays (la France s’étant ajoutée à la liste en 2016). Quelque 4547 répondants proviennent du Canada, dont 1094 du Québec. À l’exception des États-Unis, tous ces pays se sont dotés d’un régime universel de soins de santé. Toutefois, l’étendue de la couverture et le mode de gestion du système varient grandement d’un pays à l’autre.

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1 commentaire
  • Nadia Alexan - Abonnée 21 septembre 2017 09 h 16

    La volonté d'améliorer le système n'est simplement pas là.

    Si le ministre de la Santé avait vraiment le bien-être de la population à coeur, il aurait adopté les méthodes les plus réussies d'autres pays, depuis longtemps. Le fait que notre système de soins de santé est aussi déplorable est dû à l'égoïsme, le laissez-faire et l'intransigeance des gouvernements libéraux successifs. La volonté d'améliorer le système n’est simplement pas au rendez-vous.