Sphère(s), un nouvel événement international en art contemporain

Le Dôme géodésique de Buckminster Fuller, réalisé pour Expo 67, signal de l’entrée du pays dans la postmodernité, en vient à symboliser pour Sphère(s) tous ses principes de base: innovation, convivialité et cosmopolitisme.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Dôme géodésique de Buckminster Fuller, réalisé pour Expo 67, signal de l’entrée du pays dans la postmodernité, en vient à symboliser pour Sphère(s) tous ses principes de base: innovation, convivialité et cosmopolitisme.

Que faut-il faire quand il s’agit de mettre sur pied un grand événement international en art contemporain aujourd’hui ?

Nous avons besoin d’un grand événement international au Canada. Cet événement doit être pertinent et novateur pour être signifiant. Le monde a beaucoup changé au cours des dernières décennies sous l’effet de la mondialisation, des migrations et des communications. Les pratiques artistiques se transforment également et participent de cette nouvelle donne où de grands enjeux se dessinent : métissage des cultures, environnement, urbanisation croissante, nouvelles démographies, bioéthique, effets des nouvelles technologies, pour n’en nommer que quelques-uns. L’art contemporain s’est propagé sur tous les continents ; il ne se limite plus à l’Europe et à l’Amérique du Nord, ni au logocentrisme de l’histoire occidentale. Des cultures réprimées refont surface et changent la donne là où elles se manifestent. Que l’on pense, par exemple, aux mouvements autochtones, à Black Lives Matters ou à LGBT. Montréal et ses quatre millions d’habitants vibrent d’intensités complexes et diversifiées, alors que s’agencent de nouvelles réalités qui affectent toute la planète. En ce qui concerne le vaste domaine de l’art contemporain qui recouvre aujourd’hui de nombreuses disciplines, le contexte local ne peut se développer qu’à travers des événements de taille et des contacts répétés avec des acteurs de divers continents.

Que faut-il faire quand il s’agit de mettre sur pied un grand événement international en art contemporain aujourd’hui, capable de compétitionner sur la scène internationale ? La question se pose alors que les biennales se multiplient sur la planète et qu’un public de plus en plus nombreux découvre l’art contemporain. Par ailleurs, le modèle de la traditionnelle biennale qui s’est consolidé au cours des trente dernières années ne semble plus satisfaisant pour de nombreux visiteurs et commentateurs. L’accueil mitigé reçu par les plus grands événements qui se sont déroulés cet été, les plus prestigieux dans cette gamme, la Biennale de Venise et la Documenta, laisse penser qu’il faut inventer un nouveau modèle.

Ce que cet événement devra susciter, c’est encore plus de cosmopolitisme à l’heure où cela devient le grand enjeu de la planète

 

Les atouts de Montréal

Nous croyons que celui-ci doit d’abord être en prise sur le territoire et sur les réalités d’aujourd’hui. Ainsi le local peut-il interpeller le mondial. Le Canada comprend aujourd’hui une population qui compte 20,7 % d’immigrants (chiffre officiel pour 2011 ; et jusqu’à 30 %, projection pour 2034). Si l’on compte les personnes de deuxième génération, ce pourcentage atteint près de 40 %. Dans le cadre du G8, le Canada se distingue par ce pourcentage élevé, alors que les États-Unis n’en comptent que 12 %, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, que 7 ou 8 %. De plus, on dénombre 200 langues maternelles au sein des immigrants canadiens. Ce phénomène est relativement récent et va en s’amplifiant. Il se manifeste en force à Montréal, deuxième ville canadienne après Toronto, qui voit son identité remise en question par ce nouveau monde.

Montréal est aussi la deuxième ville francophone au monde, et, à ce titre, son poids culturel pèse lourd dans le cadre d’une dynamique internationale où le français est répandu à travers le globe […] Montréal a ainsi de nombreux avantages, dont celui d’être une ville où les différentes strates de son histoire sont inscrites dans l’architecture qu’on y trouve. De plus, la topographie est exceptionnelle (montagne, fleuve et archipel), stimule l’imaginaire et influence depuis toujours l’histoire.

Montréal est reconnue pour sa convivialité. Ce que cet événement devra susciter, c’est encore plus de cosmopolitisme à l’heure où cela devient le grand enjeu de la planète. C’est ce que nous visons, une « cosmopolitique », et non un multiculturalisme empreint de diversité où les rencontres sont éphémères. Le changement est fait de métissages incessants. Voilà de quoi la culture est faite : d’invention, surtout l’invention de demain. De par son tissu démographique, le Canada est en première position pour mettre au monde un nouveau Nouveau Monde.

Nouvelle cartographie des enjeux géopolitiques

Ainsi, nous proposons de mettre sur pied Sphère(s), qui nous positionnera de façon avantageuse sur la scène internationale. L’événement mettra en place, à travers les arts, un exercice de démocratie inusité basé sur l’expérience. Des oeuvres in situ seront réalisées par des artistes d’ici autant qu’en provenance des divers continents. Les spectateurs deviendront des « activateurs » en participant à la gestation et à la réalisation des oeuvres, souvent axées sur des processus. Dans le Grand Montréal, ils occuperont au fil des éditions divers types de lieu qui représentent la sphère publique, notion pivot de l’événement, en plus des musées participants : écoles, universités, hôpitaux, bibliothèques publiques, magasins, entreprises, usines, centres d’accueil (enfants, personnes âgées, immigrants, etc.), espaces vacants, maisons privées, parcs et jardins. Sphère(s) investira le Grand Montréal, et non seulement le centre-ville. De multiples sphères pourront progressivement être activées en même temps, le coeur (élargi) de la ville même de Montréal étant la seule des sphères activée sur une base régulière.

Aujourd’hui, le Dôme géodésique de Buckminster Fuller, réalisé pour Expo 67, signal de l’entrée du pays dans la postmodernité, en vient à symboliser pour Sphère(s) tous ses principes de base : innovation, convivialité et cosmopolitisme. La sphère de Fuller devient l’emblème d’un monde nouveau, solide et léger, flexible et réactif, que Montréal accueille avec ouverture.

À travers ses éditions successives, Sphère(s) tracera une nouvelle cartographie des enjeux géopolitiques qui touchent le monde aujourd’hui. Il en sera le laboratoire et agira comme l’incubateur d’un monde en changement.