Une centralisation inquiétante pour les bibliothèques de Montréal

«À la suite de la centralisation annoncée, une poignée de bibliothécaires choisira les documents pour l’ensemble des bibliothèques du réseau», explique le collectif.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «À la suite de la centralisation annoncée, une poignée de bibliothécaires choisira les documents pour l’ensemble des bibliothèques du réseau», explique le collectif.

Chers Montréalaises et Montréalais,

Nous, les bibliothécaires qui vous accueillons dans vos bibliothèques de quartier, sommes animés par une motivation principale : celle de bien vous servir. Et cela commence en mettant à votre disposition des collections pertinentes, adaptées à vos goûts et à vos besoins. Or, le maintien de la qualité de ces collections est mis en péril par un projet de centralisation qui doit être implanté en janvier 2018.

Les bibliothécaires qui effectuent le choix des documents (romans, bandes dessinées, documentaires, films, jeux vidéo, disques, etc.) sont ceux qui travaillent dans vos bibliothèques de quartier. Nous travaillons avec les collections de nos bibliothèques respectives sur une base quotidienne, afin de conseiller les lecteurs et de les assister dans leurs recherches. Nous retirons des collections les documents désuets et abîmés et sommes donc au fait des secteurs à renouveler et des manques à combler. Nous répondons directement aux suggestions d’achats, ce qui nous permet de connaître les attentes des communautés que nous desservons. Enfin, la mise sur pied des activités d’animation et le développement de partenariats avec les écoles et les organismes locaux influencent aussi nos choix. Nous considérons que l’accomplissement de toutes ces tâches complémentaires fait en sorte que nous, les bibliothécaires de terrain, sommes les mieux à même de développer les collections de vos bibliothèques.

Les collections des 45 bibliothèques du réseau de Montréal s’enrichissent présentement grâce au travail d’une centaine de bibliothécaires aux horizons, points de vue, spécialités et parcours variés. Nous considérons que c’est une richesse incontournable, car elle permet des choix diversifiés. De plus, notre fréquentation mensuelle des librairies nous permet d’être en phase avec le milieu littéraire, de connaître l’entièreté de l’offre documentaire, de découvrir les nouvelles tendances et sorties littéraires, toujours en vue de transmettre ce savoir à nos usagers. Nous considérons que ce contact avec les livres et les libraires, au coeur même de la profession de bibliothécaire, est primordial.

Craintes multiples

À la suite de la centralisation annoncée, une poignée de bibliothécaires choisira les documents pour l’ensemble des bibliothèques du réseau. Ceux que l’administration appelle les « sélectionneurs » devront chacun répondre aux besoins et aux attentes d’une douzaine de bibliothèques, avec des connaissances au mieux fragmentaires des différents milieux concernés. Ce mode de fonctionnement ne favorisera plus le dialogue entre citoyens et bibliothécaires. Ce dialogue est d’une grande importance à Montréal puisque chaque arrondissement, chaque quartier, a sa couleur locale. Il va sans dire que la qualité, la pertinence et les particularités des collections locales s’en trouveront affaiblies ! D’autre part, les bibliothécaires appelés à être sélectionneurs sont d’abord choisis selon les moyens financiers de chaque arrondissement, et non pas selon leur intérêt et leur expérience. On se trouvera donc à remiser l’expertise longuement acquise de près de 80 bibliothécaires, ce que nous déplorons.

Comment ne pas craindre alors une uniformisation de nos collections publiques et une perte des spécificités propres aux 45 bibliothèques de Montréal ? Comment ne pas craindre aussi pour la survie des librairies qui animent nos quartiers, soutenues, entre autres, par les achats des bibliothèques ? Les librairies qui ne possèdent pas les infrastructures nécessaires pour répondre aux exigences de ce nouveau modèle risquent d’être exclues en tant que fournisseurs, peu importe la qualité des services précédemment offerts.

Ni les bibliothécaires, experts sur la question, ni les citoyens, qui constituent la raison d’être de nos services, n’ont été consultés lors du processus décisionnel ayant mené à cette centralisation. Après un coûteux chantier de plusieurs années et à quelques mois de sa réalisation, le projet demeure lacunaire en ce qui a trait à sa mise en place, à son futur fonctionnement et aux économies anticipées.

À l’heure où le réseau des Bibliothèques de Montréal n’a pas encore atteint la norme nationale canadienne ni les objectifs qu’il s’était fixés en ce qui concerne le nombre de bibliothécaires par habitant, nous trouvons très préoccupant d’affaiblir davantage notre capacité de servir les citoyens. Sur le pied d’alerte depuis la réorganisation récente à la Grande Bibliothèque, nous craignons pour l’avenir de notre profession et pour la qualité des services offerts.

Pour toutes ces raisons, et parce que nous sommes passionnément engagés dans nos quartiers, nous avons jugé primordial de vous informer de ces changements que nous estimons néfastes pour vos bibliothèques.

5 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 18 septembre 2017 03 h 43

    Moins de bibliothécaires...

    ...mais plus de courses de chars! Est-ce une conséquence de la volonté du maire de Montréal de mettre Montréal sur la mappe, comme il le dit? Heureusement, les élections s'en viennent!

  • Nicole Delisle - Abonné 18 septembre 2017 09 h 57

    "Rationnons la culture" nouvelle devise montréalaise?

    Comment comprendre un maire qui crie à tout vent qu'il agit pour mettre "la ville sur la map" mais dont les actions tendent toujours plus vers les activités "show" plutôt que le bien-être des montréalais? Son autoritarisme inquiétant sape notre confiance et développe de plus en plus une méfiance qui semble justifiée. Pourquoi tant faire pour les courses d'automobiles, et désavantager les montréalais d'une partie de leur culture en privant les bibliothèques de personnes qualifiées? Ce mal du siècle qui s'appelle centralisation, mondialisation etc. apporte avec lui déshumanisation et désolation. Au nom de la rationalisation de coûts, on coupe des services essentiels
    pour la population! C'est la lubie des dirigeants. Tout le monde y perd mais eux s'enrichissent à nos dépens! À quand la robotisation des postes cadres et des dirigeants de ce monde? Peut-être retrouverons-nous plus d'honnêteté dans tous les sens du terme!

  • Rino St-Amand - Abonné 18 septembre 2017 10 h 57

    Mieux servir qui?

    À l'heure actuelle, celui ou celle qui s'intéresse aux pseudo-sciences est définitivement mieux servi que celui ou celle qui s'intéresse à l'anthropologie, pour ne donner qu'un simple exemple. Cette situation me laisse plutôt perplexe. Bien qu'il puisse y avoir une forte demande pour les pseudo-science, il me semble qu'une institution publique telle que le réseau de bibliothèques devrait mettre toutes ses énergies (et budget) à faire prévaloir la connaissance et la culture, et ainsi combattre cette plaie sociale que sont les pseudo-science.

  • Gilles Théberge - Abonné 18 septembre 2017 15 h 44

    Qu'est-ce que la culture monsieur le maire?

    Réponse du maire : heu....

    • Serge Bouchard - Abonné 18 septembre 2017 20 h 50

      Une énorme collection de Dvd.