Des études et un comité interministériel en attendant des actions concrètes

«Des directives claires [se doivent d'être] établies par les directions des ministères et organismes publics afin qu’il soit évident pour [tous], par-delà les exceptions prévues à la loi 101, qu’il n’y a qu’une seule langue officielle au Québec: le français», insistent les signataires.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Des directives claires [se doivent d'être] établies par les directions des ministères et organismes publics afin qu’il soit évident pour [tous], par-delà les exceptions prévues à la loi 101, qu’il n’y a qu’une seule langue officielle au Québec: le français», insistent les signataires.

 

Nous sommes une dizaine d’organisations de la société civile à s’être coalisées en 2012 afin de former Partenaires pour un Québec français, le plus important regroupement visant à faire du français notre langue commune. Depuis, nous proposons aux personnes élues de renforcer le statut de la langue française au Québec en adoptant des mesures sur la langue de travail, la langue d’enseignement, la francisation de l’immigration et la langue de l’administration publique.

À cette fin, au cours des vingt derniers mois, nous avons rencontré à sept reprises les ministres libéraux successifs responsables de la Charte de la langue française. Nous leur avons alors enjoint d’apporter des bonifications législatives et réglementaires à la Charte de la langue française. À défaut, nous avons insisté sur la nécessité que des directives claires soient établies par les directions des ministères et organismes publics afin qu’il soit évident pour toutes les citoyennes, tous les citoyens et toutes les entreprises, par-delà les exceptions prévues à la loi 101, qu’il n’y a qu’une seule langue officielle au Québec : le français.

À cet égard, des représentants du milieu culturel soulignaient récemment la place importante qu’accorde à la langue française le ministre de la Culture et des Communications et responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, Luc Fortin, dans son projet de politique québécoise de la culture, où il en fait « […] le socle sur lequel bâtir notre destinée commune ».

Le 5 septembre dernier, le ministre Luc Fortin nous recevait afin de nous dévoiler le plan d’action du gouvernement en matière de promotion de la langue française. Reliés à ce plan, des fonds sont prévus pour la promotion du français, notamment auprès des jeunes et des personnes immigrantes. Des études, des analyses et des consultations sont également prévues. Cependant, aucune modification législative ou réglementaire ne sera entreprise ni aucune directive claire ne sera attendue de quelque ministère ou organisme que ce soit. Nous devons aujourd’hui exprimer notre déception quant à nos attentes dans ce dossier d’importance. Le gouvernement pourrait agir maintenant. Malheureusement, il a choisi de seulement faire des études. Rien ne lui aurait interdit de faire les deux en même temps.

Bien que nous jugions le plan d’action du gouvernement nettement insuffisant, nous soulignons la volonté du gouvernement libéral d’agir contre la normalisation grimpante du bilinguisme institutionnel. En effet, M. Fortin confiera au Conseil supérieur de la langue française (CSLF) le mandat d’aller étudier l’ampleur du phénomène.

Organisme de concertation

Par ailleurs, nous constatons une augmentation des exigences de bilinguisme pour différents postes d’emploi au sein de l’administration publique ainsi que dans les entreprises privées du Québec. Lors de la rencontre, le ministre Fortin nous a annoncé la mise en place d’une étude réalisée par l’Institut de la statistique du Québec pour faire le portrait de la situation d’ici l’été 2018. Par exemple, les fusions forcées entre établissements de santé francophones et anglophones laissent présager une augmentation de l’exigence du bilinguisme pour les travailleuses et travailleurs du secteur. Nous militerons auprès du ministre pour inclure le secteur de la santé dans l’étude de l’ISQ. Enfin, nous attendons avec impatience et nous suivrons avec beaucoup d’attention les travaux qui doivent conduire à une révision des mandats des organismes linguistiques annoncée dans le cadre du renouvellement de la politique culturelle.

Afin que tous les ministères et organismes respectent et mettent en valeur leurs politiques linguistiques, le ministre Fortin compte aussi créer un organisme de concertation et de coordination. Cette annonce est un bon pas en avant puisque, en ce moment, les différents ministères et organismes semblent interpréter leurs obligations eu égard à la Charte de manière fort différente. Tant que l’État offrira à ses citoyennes et citoyens les services dans les deux langues, il confirmera à toutes et tous que le Québec n’a pas que le français comme langue officielle.

Pour notre part, nous croyons que la meilleure façon pour le gouvernement de montrer qu’il prend au sérieux l’exemplarité étatique en matière linguistique serait de mettre en oeuvre l’article 1 du projet de loi 104 (Loi modifiant la Charte de la langue française) adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale en 2002. Cet article indique clairement que l’État correspond « uniquement » en français avec les personnes morales établies au Québec. En attendant les actions gouvernementales, nous demanderons à ce que l’étude du CSLF se penche sur la langue de correspondance entre l’État et les personnes morales établies au Québec.

Enfin, nous attendons avec impatience et nous suivrons avec beaucoup d’attention les travaux qui doivent conduire à une révision des mandats des organismes linguistiques annoncée dans le cadre du renouvellement de la politique culturelle.

Malgré notre déception quant au plan d’action du ministre, nous espérons que ses engagements l’obligeront à agir d’ici l’été prochain. À la veille des élections, nous pourrons juger si le gouvernement a pris ses responsabilités pour donner au français un statut qui en fera réellement la langue commune de l’espace public partout au Québec.


*Signataires:
 

Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec

Christian Daigle, président du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec

Martine Desjardins, présidente du Mouvement national des Québécoises et Québécois

Pierre Graveline, directeur général de la Fondation Lionel-Groulx

Maxime Laporte, président général de la Société Saint-Jean-Baptiste

Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement

Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes

3 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 18 septembre 2017 04 h 23

    15 ans d'immobilisme...

    ...et on en voit le résultat tous les jours. Les Montréalais n'ont qu'à tendre l'oreille à ce qu'ils entendent autour d'eux _hors_ des quartiers touristiques de Montréal.

    À quel moment l'anglicisation de Montréal sera-t-elle irréversible? Un, deux ou trois autres mandats libéraux ?

    En publiant cette lettre, merci au Devoir de maintenir ce sujet très important dans l'actualité.

  • Robert Beauchamp - Abonné 18 septembre 2017 05 h 20

    Où habitent-ils?

    Mais tous ces ministres montréalais ignorent donc quelle langue on y parle? Le clientélisme du PLQ nous trahit sans fin en confiant à une pléthore d'organismes le mandat de faire des études ad nauseam avant de prendre les décision qui s'imposent. Toujours gagner du temps en fait, pour ne pas avoir à décider? Il n'y aura jamais rien à attendre d'aucun de ces ministres, n'oublions pas qu le PLQ avait voté contre la loi 101 et que la ministre actuelle de l'immigration du Québec fut conseillère juridique à Alliance-Québec. C'est tout dire. On reçoit les immigrants allophones en anglais et rappelons que les balayeurs devront devenir bilingues. Les Francophones de cette ''province'' qui démontrent un peu de fierté doivent constamment subir les assauts de leur propre gouvernement qui choisit sciemment de se vautrer sur la carpette.

  • Gilles Théberge - Abonné 18 septembre 2017 15 h 35

    Je trouve que vous êtes bien polies, et patients, envers ce ministe dont la seule action concrète est de confier "au Conseil supérieur de la langue française (CSLF) le mandat d’aller étudier l’ampleur du phénomène."...

    Yen a marre de ces jeu de chat et de souris avec un ministre, disons-le inepte, quant à la sauvegarde et à la protection de notre langue, notre bien commun le plus précieux.

    Vivement les élections, qu'on lui botte le train à ce ministre incompétent!