Le Conseil des arts du Canada choisit le changement

Le Conseil des arts du Canada défend, et défendra toujours, la liberté d’expression et l’indépendance artistique des créateurs et des producteurs culturels, affirment M. Brault et M. Loft.
Photo: Getty Images Le Conseil des arts du Canada défend, et défendra toujours, la liberté d’expression et l’indépendance artistique des créateurs et des producteurs culturels, affirment M. Brault et M. Loft.

Nous sommes à un tournant historique alors que tous les secteurs de la société canadienne réévaluent la place et la portée des traités et des droits ancestraux des peuples autochtones. Le secteur des arts ne fait pas exception. La question de l’appropriation des connaissances et de l’héritage culturels des peuples autochtones est d’ailleurs un sujet de controverse dans une partie de la communauté artistique. Comme l’a déclaré avec force l’artiste anichinabé Aylan Couchie : « L’appropriation des récits, des façons d’être et des oeuvres d’art autochtones est tout simplement une continuité du colonialisme et de l’affirmation de ses droits sur la propriété des peuples autochtones. L’histoire de la colonisation de l’identité autochtone transmise par les images, les films et les récits est en partie responsable du discrédit jeté sur le point de vue autochtone. »

Le rapport de la Commission de vérité et réconciliation a souligné les tentatives répétées de génocide culturel à l’égard des peuples autochtones de ce pays. Ce constat pose un défi historique incontournable pour toutes nos institutions, y compris pour le Conseil des arts du Canada. En tant qu’organisme fédéral de soutien aux arts, nous sommes dorénavant conscients — d’une façon dont nous ne l’étions pas lors de la création de l’organisme il y a 60 ans — des tentatives délibérées qui se sont succédé tout au long de l’histoire du Canada pour tenter d’éradiquer les cultures et les langues des Premières Nations, des Métis et des Inuits. Nous sommes également conscients du rôle qu’a joué l’appropriation culturelle dans l’oppression et la violence envers les peuples autochtones. Cette conscience s’accompagne de l’obligation et du devoir d’agir. Nous sommes tous des agents du statu quo ou du changement, et le Conseil des arts du Canada prend ses responsabilités en choisissant le changement.

Justice sociale et réparation de torts historiques

Le Conseil des arts du Canada reconnaît que les pratiques culturelles et artistiques contemporaines et traditionnelles des peuples autochtones leur appartiennent, comme le stipule la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Le Conseil des arts du Canada défend, et défendra toujours, la liberté d’expression et l’indépendance artistique des créateurs et des producteurs culturels. Par ailleurs, nous nous sommes formellement engagés à respecter l’histoire, les traditions, les langues et les pratiques contemporaines des peuples autochtones. Ces deux engagements ne sont pas mutuellement exclusifs. Ils sont complémentaires dans une société favorisant la justice sociale et la réparation de torts historiques.

Cela signifie que les artistes et organismes qui soumettront au Conseil une demande de subvention pour des projets qui abordent, traitent, intègrent, commentent, interprètent ou mettent en scène des éléments distinctifs de la culture des Premières Nations, des Inuits ou des Métis devront démontrer qu’ils font preuve de respect et de considération véritables à l’égard des arts et de la culture autochtones lors de leur démarche. Sans prescrire une façon spécifique ou obligatoire d’y parvenir, on peut s’attendre à ce que des démarches d’échanges authentiques et respectueux aient été faites envers et avec les artistes ou autres membres des communautés autochtones dont la culture ou les protocoles sont concernés par le projet pour lequel on souhaite l’appui du Conseil des arts du Canada.

Comme le critique culturel ojibwé Jesse Wente l’a déclaré à juste titre : « Pendant des années, on nous a volé nos récits et on nous a réduits au silence, et nos corps et nos terres ont été maltraités et brisés. L’un justifiant l’autre. » Nous croyons que les artistes de notre pays ne veulent pas perpétuer la noirceur. Nous sommes convaincus que les arts peuvent éclairer un avenir qui soit commun et nous nous engageons à agir concrètement en appuyant l’expression artistique des artistes canadiens, autochtones ou non, pour le bien de tous ceux qui partagent ce merveilleux territoire.

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5 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 7 septembre 2017 12 h 59

    Appropriation culturelle: le mot "Canada", le castor, la feuille d'érable et l'hymne national.

    Le mot "Canada" était un surnom (venu d'une langue amérindienne il est vrai) donné par les Français à la Nouvelle-France - et conservé suite à la Conquête.

    La feuille d'érable et le castor étaient des symboles du Canada français au XIXème siècle - alors que les "Anglais" s'identifiaient davantage à l'Empire britannique.

    L'hymne national du Canada est en fait un hymne nationaliste Canadien français dans lequel "Canada" réfère au Canada français.

    Que voilà de l'appropriation culturelle à haute visibilité.

  • Colette Pagé - Inscrite 7 septembre 2017 13 h 28

    Agakuk !

    Selon ces exigences, il est raisonnable de penser que les livres d'Yves Thériault aurait été interdit de publication.

  • Léon Désaulniers - Abonné 7 septembre 2017 15 h 29

    Ce me semble un imprimatur.

    Les projets d'artistes des Premières Nations, Inuits ou Métis seront-ils soummis au même jugement lorsqu'ils abordent, traitent, intègrent, commentent, interprètent ou mettent en scène des éléments non-autochtone?

    Est-ce que des projets (comme recemment une certaine série historique) qui abordent, traitent, intègrent, commentent, interprètent ou mettent en scène des éléments distinctifs de la culture Québécoise ou Canadienne Française le seront également?

  • Maxime Parisotto - Inscrit 7 septembre 2017 21 h 20

    Si demain j'ai envie de faire une oeuvre d'art d'inspiration chinoise ou africaine, ou améridienne, je fais bien ce que je veux.

    Ça s'appelle la liberté.

    Appropriation culturelle...alors dans ce cas ça prend des censeurs pour décider qui a le droit ou pas de faire une certaine sorte d'art. Mais on oublie la liberté.

  • Raymond Aubin - Abonné 9 septembre 2017 10 h 25

    Le mieux est l'ennemi du bien

    Messieurs Brault et Loft reconnaissent que la libre appropriation a joué un rôle essentiel dans le développement des arts. Mais à la vue des torts historiques que les migrants européens ont fait subir aux nations autochtones dans ce qui est aujourd’hui le Canada, ils estiment souhaitable de faire exception à la libre appropriation en ce qui concerne les codes artistiques des premières nations. Tout projet d’appropriation devrait être soumis au regard des communautés concernées, à leur approbation plus ou moins explicite.

    Je crains que ces bonnes intentions aient un effet contraire à celui recherché. Les artistes non autochtones ne voudront plus aborder des formes ou des thèmes qui touchent aux premières nations. Ou alors ils se censureront de façon subtile. Ainsi verra-t-on se perpétuer l’étanchéité des codes et l’absence de confrontation artistique dynamique. Le mieux est ici l’ennemi du bien.

    Si les codes artistiques prennent naissance dans une culture, ils n’en sont pas moins universels sans quoi, ils ne seraient pas du domaine de la création artistique. L’Histoire abonde en exemples de transferts de codes artistiques : la sculpture égyptienne réinterprétée par les Grecs ; les règles de la sculpture classique empruntées par les Romains au Grec Polyclète ; la fresque de la Renaissance empruntée aux Romains ; l’Inde et son architecture venue du Moyen-Orient ; les créations sur porcelaine passées des Chinois aux Européens ; les estampes japonaises comme influence des impressionnistes ; la figuration africaine dans l’art de Picasso ; le jazz, musique africaine transformée à l’américaine ; la bande dessinée japonaise aux racines européennes ; l’art contemporain chinois aux allures occidentales. Aucun artiste n’a demandé la permission d’opérer ces transferts.

    Raymond Aubin