L’identité nationale: le thème qui s’impose

Si le PQ renonçait à axer une portion significative de son message sur l’identité nationale, on voit mal, face à ses opposants, sur quel autre sujet aussi pertinent il pourrait faire campagne.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Si le PQ renonçait à axer une portion significative de son message sur l’identité nationale, on voit mal, face à ses opposants, sur quel autre sujet aussi pertinent il pourrait faire campagne.

La démarche politique que je suggérais au Parti québécois dans mon dernier livre (Je le dis comme je le pense, 2014, p. 9 à 96) me paraît toujours être celle qui serait la plus en phase avec les tendances lourdes de l’opinion. À défaut d’une souveraineté prochaine et tout en gardant l’avenir ouvert, elle propose une façon inédite de faire avancer le Québec, fondée sur les aspirations naturelles de nos concitoyens et respectant leur cheminement historique. Elle devrait plaire à beaucoup d’entre eux.

Ce constat découle des perceptions observées depuis longtemps dans les sondages successifs : rejet de la rupture avec le Canada, mais aussi refus des suites délétères de la Constitution imposée au Québec en 1982 : multiculturalisme, diminution des pouvoirs de notre Assemblée nationale, réduction de notre nation au rang de minorité ethnique parmi les autres.

En fait, les Québécois ont l’intuition qu’une autre voie vers l’avenir existe. Ils ont raison. Cependant, hormis une évolution soudaine de la conjoncture, les efforts en vue de l’adoption de cette voie novatrice seraient, ces temps-ci, prématurés. Ils auraient pu et dû être amorcés lors de la « saison des idées » (dès 2003). Tout de même, il y a eu progrès. Le Parti québécois envisage maintenant de modifier sa démarche (pas de référendum sur la souveraineté au cours du prochain mandat), décision à l’impact électoral encore inconnu, mais qui correspond aux préférences de la population.

Je suis persuadé que le PQ en viendra à retenir une approche comme celle que j’ai avancée, sauf que, d’ici l’élection de 2018, ce serait sans doute impossible.

Le choix

La situation actuelle presse donc le PQ de pratiquer un discours et de concevoir des actions en fonction d’une réalité évidente confirmée par l’histoire, dont découle son existence même comme parti et qui colle à sa raison d’être : l’identité nationale québécoise. Outre que celle-ci nourrit un sentiment patriotique normal, elle concerne aussi des dossiers courants : langue, immigration, laïcité, éducation, culture, intégrité territoriale (pipeline), économie, statut constitutionnel, etc.

Si, obnubilé par une rectitude politique stérilisante ou adepte de la langue de bois, le PQ renonçait à axer une portion significative (mais non exclusive) de son message sur l’identité nationale, on voit mal, face à ses opposants, sur quel autre sujet aussi pertinent il pourrait faire campagne. Sans référendum proche, il serait peu logique pour lui de privilégier la souveraineté comme enjeu électoral immédiat.

Les adversaires fédéralistes redoutent en conséquence que le PQ insiste sur la question identitaire. D’où leur acharnement à discréditer le sentiment national québécois, à inhiber les citoyens à cet égard, à les culpabiliser de vouloir être ce qu’ils peuvent devenir. Hypocritement, ils accusent le débat identitaire, sujet tabou selon eux quel qu’en soit l’angle, d’alimenter l’intolérance et d’encourager le racisme. Tels sont les objectifs insidieux de l’enquête annoncée sur le « racisme systémique » censé avoir contaminé le Québec.

On est porté à se demander quel acte épouvantable nous aurions commis comme peuple, ou aurions le pervers dessein de commettre, qui puisse autoriser cette sorte de procès. Finira-t-on par exiger notre repentir d’exister, auquel se lierait, pour faire bonne mesure, notre résolution rédemptrice de nous éclipser en silence ?

L’offensive

Contre ce genre d’attaques, deux attitudes sont possibles. Une, défensive, qui consisterait à déplorer les arguments adverses en les qualifiant poliment d’exagérés, à atténuer piteusement les prises de position du PQ de crainte d’indisposer tel groupuscule, à alléguer que le parti n’a pas le choix, les circonstances le forçant à se préoccuper de l’identité nationale, etc. Attitude pusillanime peu convaincante.

Ou l’offensive : une fois sa portée clairement et formellement définie, et sa justification concrètement démontrée — ce qui est essentiel pour tarir les malentendus provoqués ou authentiques —, assumer pleinement et avec audace le défi identitaire. Parce qu’il est fondamental. Nulle nation ne peut accepter son extinction, graduelle ou rapide.

Il n’y a là rien d’excessif ou d’outrageant. Ni d’extrémiste. Ainsi, chacun à sa manière et parfois avec intensité, les premiers ministres Duplessis, Lesage, Johnson, Bertrand, Bourassa et Lévesque, pour ne mentionner que ceux-là, ont, sur ce plan, fait preuve de fidélité envers le Québec et ses caractéristiques propres. Il ne leur serait pas venu à l’esprit que devenir plus ou moins apatrides nous conférerait un statut enviable.

Bref, comme n’importe quelle identité nationale ailleurs et ainsi que le prescrit le sens commun, la nôtre a le droit de se manifester et de se développer. Et ceux qui la partagent — « pure laine » ou non, nés ici ou pas — ont tout à fait raison de tenir à ce qu’elle soit respectée et qu’elle dispose librement des moyens de s’affirmer et de s’épanouir.

38 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 5 septembre 2017 06 h 13

    Exagérations et faussetés!


    Claude Morin y va un peu, beaucoup raide en affirmant que les ''fédéralistes s'acharnent à discréditer le sentiment national québécois, à inhiber les citoyens à cet égard''... etc. Il exagère et fait ici de la petite politique, l'ancien ministre québécois. Un peu plus de retenue de sa part donnerait plus de poids à son plaidoyer.


    Michel Lebel

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 5 septembre 2017 10 h 45

      C'est vous qui minimisez l'intelligence des services de sa majestée: la campagne de dénigrement lancée par les stratèges fédéralistes à l’encontre de notre nation en voulant saborder l’identité de celle-ci au nom de principes supposément inclusifs n'est pas naïve. Car nos opposants y ont trouvé un cheval de Troie qu’il érigent comme une nouvelle vertu, finalement au nom du multiculturalisme. Une certaine gauche manichéenne l’a reprise à son compte : il y aurait les « identitaires » des nationalistes flirtant avec l’extrême droite, versus les « inclusifs », des gens progressistes ouverts sur le monde.

      L’intrusion massive des « réseaux sociaux » dans l’espace des nouveaux médias vient exacerber le narcissisme inhérent à ce type de véhicule. Chacun s’y trouve morcelé dans une petite bulle identitaire fermée sur elle-même et sur les « amis » partageant la même lecture : hipster, queer, inclusif, végé, etc. etc. L’adhésion à des enjeux collectifs y est remplacée par celle envers des enjeux très individualisés. Or les plus jeunes y sont particulièrement sensibles. On publie sur sa page (FB) Facebook, sa dernière coupe de cheveux, son dernier bon repas, sa dernière visite, des égoportraits à profusion, etc.

      L’individualisme qui en émane dévalue la communauté de destin qui devrait prévaloir quand on se considère membre d’une nation qui soit autre chose que ce qu'en pensait la première ministre britannique Margaret Thatcher qui en limitait la nature à un agrégat d'individus. Bien sûr que pour l’oligarchie qui prétend gérer nos destinées, il est préférable de ne retrouver que des consommateurs dotés de goûts différenciés que l'on pourra rejoindre par une bonne mise en marché, mais surtout pas y trouver des citoyens voulant le bien commun et encore moins s’ils prétendent former un peuple s’opposant au rouleau compresseur dominant.

    • Claude Bariteau - Abonné 5 septembre 2017 12 h 19

      Claude Morin, pour faire valoir une approche offensive de la « nation ethnoculturelle » que constitueraient les Québécois de langue française se doit de trouver des pouls chez les fédéralistes. Ce faisant, il fait de la petite politique comme tous ceux et celles, depuis 1763, ont voulu encadrer ces gens et les ramener sous leur giron lorsqu'ils dérogeaient à leur visée.

      C'est ce que j'explique plus bas en signalant que cet homme a quitté le PQ pour ces motifs, car, comme Le Devoir depuis le départ de Lise Bissonnette, il prône le maintien du Québec dans le cas Canada et le rejet d'une démarche citoyenne regroupant les Québécois et Québécoises de toute origine pour créer le pays du Québec.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 5 septembre 2017 20 h 39

      Il n'y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut rien voir.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 5 septembre 2017 06 h 29

    Bref !

    « Il ne leur serait pas venu à l’esprit que devenir plus ou moins apatrides nous conférerait un statut enviable. » (Claude Morin, Ex-ministre, Affaires intergouvernementales, PQ)

    Possible, mais, du temps des Duplessis, plusieurs enfants ont été « déracinés » de leur arbre généalogique !

    Bref ! - 5 sept 2017 -

  • Sylvain Auclair - Abonné 5 septembre 2017 07 h 22

    Une nouvelle troisième voie?

    Mais M. Morin ne sait-il pas que le fédéral va bloquer toute évolution significative? On a même déjà aujourd'hui un conflit entre la Cour du Québec et les juges nommés par Ottawa!

    À moins qu'il le sache?

  • Lise Bélanger - Abonnée 5 septembre 2017 08 h 03

    M. Morin est celui qui a étouffer le mouvement nationaliste des années '70, '80, en autre avec ses idées étapistes.

    M. Parizeau le craignait et avec raison à mon avis.

    M.Morin, s-v-p, laisseznous tranquille et retournez à la GRC. On a certainement pas envie de vous écouter une autre fois et de se mettre les bâtons dans les roues dans notre démarche indépendantiste.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 5 septembre 2017 10 h 47

      Il est triste de lire de vos propos Mme Bélanger. Au lieu d'insulter M. Morin, vous auriez intérêt à le lire pour vous forger une opinion qui soit mieux éclairée. Ses livres sont disponibles à la BANQ.

    • Lise Bélanger - Abonnée 5 septembre 2017 16 h 02

      Justement M, Cotnoir, j'ai cessé de lire ses livres, même s'il m'en reste encore dans ma bilbio.

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 6 septembre 2017 13 h 18

      Pierre-Alain Cotnoir

      sachant à quel point M. Jacques Parizeau ne voulait aucunement la présence de Claude Morin dans ses parages, je ne peux qu'endosser les propos de Lise Bélanger.

  • Yves Côté - Abonné 5 septembre 2017 08 h 26

    VLQL !

    Toutes les identités pré-britanniques ont toujours été suspectes pour les autorités coloniales étrangères qui se sont emparées par les armes et la violence des terres historiquement et légitimement françaises d'Amérique.
    Il n'est donc que normal que les héritiers de celles-ci persistent jusqu'à aujourd'hui, à percevoir toute affirmation d'identité qui échappe aux dictats monarchiques anglais comme preuve non-seulement d'une insoumission, mais d'une trahison à l'entité nationale monarchique qui impose sa souveraineté sur les territoires du Canada actuel.
    N'oublions pas dans nos analyses les fondements des discussions politiques à Londres au sujet de la Déportation des Acadiens, du refus des 92 Résolutions, du déménagement du Parlement du Canada, de la suite de notre "Nuit des Longs Coûteaux", tenant le rapatriement de la Constitution et sa modification comme conséquences directes, de la tricherie de 1995 et du silence canado-britannique sur celui-ci et autres actions d'autorité outrancières, toutes visant à anéantir l'idée de souveraineté véritable d'un peuple pré-britannique sur l'ordre des choses le concernant.
    Et je ne parle pas ici du fondement illégitime du statut et du traitement, tous deux réducteurs, des Amérindiens, des Inuits, ces deux étant pré-britanniques encore plus que nous Québécois et Acadiens, et de ces Métis de l'Ouest qui jamais n'ont été reconnus comme peuple à part entière, sauf pour ces aspects folkloriques qui alimentant si bien la boîte à préjugés canadienne...

    Etre Québécois, selon moi Monsieur Morin, se résume à être né(e) au Québec ou à vivre au Québec, en portant en soi et en faisant prévaloir la conviction culturelle historique de la légitimité pour son peuple d'avoir comme langue commune officielle, donc obligatoirement d'usage partagée dans toutes les sphères de l'Etat, en commençant en éducation, en santé, en droit, en commerce, etc. et de tous qui y vivent, la langue française.
    Mes respects et VLQL, Monsieur !