Transport scolaire pour les petits... et les grands?

«La STM oublie qu’elle s’est dotée de la mission de rendre ses services accessibles à tous», argue l'auteure.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «La STM oublie qu’elle s’est dotée de la mission de rendre ses services accessibles à tous», argue l'auteure.

Alors que, cette semaine, des milliers de parents se sont réjouis à la vue de junior montant à bord de l’autobus jaune le menant à une rentrée scolaire pleine d’aventures, d’autres parents, eux, anticipent avec appréhension leur propre retour en classe. En effet, bon nombre d’étudiants de niveau postsecondaire ont aussi la tâche, souvent sous-valorisée, d’éduquer un ou plusieurs enfants. Heureusement pour ces parents étudiants, souvent âgés de plus de 25 ans, ils pourront enfin bénéficier, le 1er septembre, du tarif étudiant de la STM. En effet, le projet de loi no 76, adopté en mai 2016 et portant sur la modification de la gouvernance du transport collectif dans la région métropolitaine de Montréal, a été amendé afin de stopper la discrimination liée à l’âge quant au droit à l’obtention du tarif réduit étudiant. Bien qu’il y ait de quoi se réjouir, une partie de la population des parents étudiants reste le bec à l’eau, et voici pourquoi.

La STM octroie désormais aux étudiants de plus de 25 ans le droit d’accès au tarif réduit. Or, pour avoir ce droit, un étudiant doit être inscrit dans un établissement scolaire à temps plein et non à temps partiel. Légitime, me direz-vous. Pourquoi un élève qui ne suit que deux cours par session universitaire aurait-il besoin de ce privilège, ou y aurait-il tout simplement droit ? Il a amplement le temps de financer ses études en travaillant dans ses temps libres, non ?

Une question d’accessibilité

Le ministère de l’Éducation du Québec lui-même a vu une faille dans cette logique en abordant la question des parents étudiants. À travers son programme d’aide financière aux études, qui a pour but de rendre l’éducation accessible à tous, le ministère déclare, par exemple, qu’un étudiant qui a un minimum de 20 heures de cours par mois et qui a la garde d’un enfant de moins de six ans est réputé étudier à temps plein. Pourquoi ? Eh bien, pour rendre l’éducation accessible à tous, notamment aux femmes. Vous verriez-vous, privée de sommeil, les mamelons gercés et les économies agonisantes, devoir suivre quatre cours postsecondaires et jongler entre famille, études, travail et précarité financière ? Le ministère le reconnaît : les parents étudiants ont des besoins plus grands en matière de soutien financier. Vous vous demandez probablement où je veux en venir, puisque le dossier semble déjà pris en charge par l’État et son bon jugement. Permettez-moi de péter votre baloune.

Si bon nombre d’établissements collégiaux reconnaissent le statut d’étudiants réputés à temps plein, il n’en est pas de même pour les établissements universitaires. En connaissance de cause, l’UQAM ne possède pas encore de politique familiale et refuse de reconnaître le statut d’étudiant à temps plein de ses parents étudiants selon les critères définis par l’aide financière aux études. Pas de papier de l’université, pas de carte Opus étudiante, pas de tarif réduit. Point barre. Et la STM, de son côté, n’accepte que les documents officiels des établissements scolaires. C’est donc l’impasse. La zone grise. La craque de bureaucratie grosse comme le Grand Canyon.

Dans tout ça, l’université oublie que sa vocation première est d’offrir une éducation du plus haut niveau à quiconque en a les moyens et la volonté, et la STM oublie qu’elle s’est dotée de la mission de rendre ses services accessibles à tous. Le 6 septembre prochain, je serai donc à l’assemblée du conseil d’administration de la STM afin de faire entendre la voix de ces parents étudiants qui, je l’espère, auront bientôt 33,25 $ de plus par mois, ou plutôt 399 $ par année, pour acheter des couches, du brocoli, des chaussettes ou même un petit autobus jaune à junior.