Affaiblir les extrêmes politiques pour relever le débat

«La création d’espaces de discussions libres et constructives est le meilleur moyen d’affaiblir les extrêmes», affirme M. St-Pierre Plamondon.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «La création d’espaces de discussions libres et constructives est le meilleur moyen d’affaiblir les extrêmes», affirme M. St-Pierre Plamondon.

Cher Fabrice,

Je suis heureux que tu m’aies interpellé car il y a un réel intérêt à ce que des démocrates démontrent qu’il est possible d’échanger des points de vue politiques délicats dans le respect et un esprit constructif. Ta lettre soulève une crainte que le débat sur l’immigration, le racisme et l’identité ne s’envenime au cours des prochains mois, à l’instar de ce qui s’est passé aux États-Unis et plus récemment à Québec. Comme toi, je suis inquiet, mais je vois deux avenues pour éviter un dérapage navrant : affaiblir les extrêmes politiques et se sortir d’un faux dilemme entre identité québécoise et lutte contre la discrimination.

Pour relever le débat, il faut d’abord rapidement affaiblir les extrêmes politiques. Les médias sociaux ont un impact réel sur notre démocratie et ont tendance à créer des microcosmes qui encouragent leurs utilisateurs à exprimer des positions extrêmes. Ces microcosmes créent des vedettes de l’extrême droite et de l’extrême gauche qui sont récupérées et normalisées par un environnement médiatique qui raffole des opinions controversées, les amplifie et laisse peu d’espace pour exposer une opinion rigoureuse et exhaustive. Donc, dès le départ, la mission « d’élever le discours politique » dans le cadre d’une discussion publique sur le racisme constitue un défi important. À titre de démocrates, notre mission commune est de nous en prendre uniquement aux arguments, et non aux individus, et d’assurer que tout point de vue respectueux a le droit d’être exprimé sans intimidation. La création d’espaces de discussions libres et constructives est le meilleur moyen d’affaiblir les extrêmes, car ils réorientent la discussion vers la recherche de solutions et rassemblent une majorité qui recherche une paix sociale.

Discuter librement et sans tabous

Si ça peut te rassurer, le Parti québécois a été très clair à plusieurs reprises : l’extrême droite comme l’extrême gauche n’y ont pas leur place. Le PQ reconnaît ouvertement le problème de racisme au Québec et a mis sur pied un ensemble de propositions qui, aux yeux de certains, constitue l’offre politique la plus solide pour contrer la discrimination. Toutefois, contrairement au PLQ, le PQ veut pouvoir discuter librement et sans tabous de questions légitimes, telles l’immigration, l’intégration et la laïcité dans nos institutions. Un aspect occulté dans ton texte est que la déformation et la démonisation systématique des déclarations de l’adversaire, comme le fait Philippe Couillard lorsqu’il utilise des termes comme « négationniste » ou lorsqu’il parle de mur autour du Québec, contribuent fortement à vicier le climat de discussion.

Dans cette perspective, je suis inquiet quant à la discussion sur le racisme systémique qui s’approche. Comme plusieurs, je constate qu’après des années d’inaction, le gouvernement libéral mise sur une consultation-spectacle, avec les déchirements et les déclarations douteuses que ça implique, plutôt que de mettre en place les recommandations issues d’un exercice quasi identique de 2009 devant la même Commission des droits de la personne. Je constate également que certains porte-parole de la consultation ont un programme politique qui est tout sauf citoyen, ayant des liens forts avec le PLQ ou QS, et qu’ils poussent, sous le couvert de la lutte contre le racisme, un programme de multicuturalisme radical. Je constate aussi que les conclusions de la dernière grande consultation sur le vivre-ensemble, le rapport Bouchard-Taylor, ont été complètement ignorées par le gouvernement Couillard. Tous ces facteurs ne favorisent pas, à l’aube de ces consultations, la confiance de la population que tu recherches dans ton texte. L’an dernier, lorsqu’une bonne amie m’a sollicité pour soutenir une commission sur le racisme systémique, j’ai été réceptif parce que je veux contribuer à la lutte contre le racisme. Toutefois, je ne peux pas encourager une démarche qui sert des programmes partisans et qui ne mènera pas à un vivre-ensemble harmonieux.

Nouveau contrat social

Ce qui nous amène à ma deuxième avenue pour éviter les dérapages : on peut éviter les extrêmes en sortant d’un faux dilemme, à savoir qu’on est soit pour la lutte contre le racisme et donc contre l’identité québécoise, ou alors pour l’identité québécoise et donc contre la lutte contre le racisme.

Le combat contre la discrimination et la promotion de l’identité québécoise ne sont pas antinomiques. Nous avons la responsabilité de lutter contre le racisme, non seulement pour aider les individus, mais aussi dans l’intérêt de toute notre société. Dans la même veine, nous sommes une nation minoritaire originale, avec ses valeurs et une culture constitutive de la diversité culturelle et linguistique de notre planète, laquelle a fait l’objet de discrimination tout au long de son histoire. Ce serait un drame que le Québec s’efface dans le tourbillon anglocentrique de la mondialisation. Plusieurs groupes, dont le récit est fort différent, fondent présentement leur action politique sur l’existence d’une discrimination persistante à leur endroit.

Le Québec est manifestement à la recherche d’un nouveau contrat social. Ce nouveau pacte ne sera possible que si nous nous unissons contre toutes les formes de discrimination, et non pas seulement celles qui nous concernent directement, et à condition que nous nous dotions également de forums de discussions qui inspirent confiance.

15 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 août 2017 07 h 34

    … citoyenneté !

    « Le Québec est manifestement à la recherche d’un nouveau contrat social. Ce nouveau pacte ne sera possible que » (Paul St-Pierre Plamondon, Conseiller spécial, PQ)

    Contrat social nouveau ou selon, l’important est de se rencontrer comme des êtres humains afin de polir ce dont on naît, bouge et se construit ensemble d’identité-mémoire à la québécoise !

    L’important est comme de commencer, quelque part, ce rêve de se doter, m’enfin ?!?, d’un pays libre et ouvert d’humanité et de …

    … citoyenneté ! - 30 août 2017 -

  • Jean-Marc Simard - Inscrit 30 août 2017 08 h 14

    La nation québécoise,victime de racisme systémique...

    «on peut éviter les extrêmes en sortant d’un faux dilemme, à savoir qu’on est soit pour la lutte contre le racisme et donc contre l’identité québécoise, ou alors pour l’identité québécoise et donc contre la lutte contre le racisme.»

    La protection de l'identité québécoise vient d'où exactement sinon d'une réaction contre un mépris systémique affichée par les fédéraleux de tous acabits contre l'essor d'un Québec valorisé et valorisant...Depuis la conquête, le fait français a été constamment combattu avec véhémence par les vainqueurs des plaines d'Abraham qui ont par tous les moyens, incluant celui de se soumettre les volontés des politiciens libéraux, d'assimiler la population du Québec pour la faire disparaître...Encore aujourd'hui le Québec est régulièrement aux prises avec des assauts répétés de «Quebec bashing» de la part de certains anglophones, mais aussi de certaines communautés culturelles qui se sont rangées du côté des forces fédéralistes canadianisantes...Les Québécois sont de nature accueillants et hospitaliers, attitude héritée de leur fond judéo-chrétien...Or s'il y a du racisme systémique au Québec comme semble le percevoir Couilllard, il ne trouve pas sa source dans le Québec profond ni n'en origine, mais plutôt dans les attitudes négatives de tous ceux qui aimeraient que les Québécois demeurent un peuple inculte, soumis et sous-développés...Le seul racisme systémique que je perçois au Québec ne vient pas des Québécois et n'est pas orienté contre les migrants de tous acabits, mais contre le fait d'un Québec français en Amérique, contre la nation québécoise elle-même et son émancipation...Le Québécois est davantage victime qu'agresseur en ce domaine...Pas étonnant que parfois il se rebiche pour essayer de protéger le peu d'identité qui lui reste que certains fédéreux, aidés par certaines autres communautés culturelles, continuent à vouloir lui enlever...

    • Christian Montmarquette - Abonné 30 août 2017 13 h 40

      À Jean-Marc Simard,

      "Les Québécois sont de nature accueillants et hospitaliers." - Jean-Marc Simard

      Le PQ a fait une campagne de division de plus de 7 mois sur le dos des femmes musulmanes lors du débat sur la Charte des valeurs.

      - La Tuerie à la mosquée de Québec a fait 6 morts et 17 orphelins.

      - La voiture du président du Centre culturel islamique de Québec vient d'être incendiée

      Le groupe "La Meute " est fondée pour refouler les demandeurs d'asile au Québec.

      Les radios-poubelles s'en donnent à coeur joie pour taper à longueur de semaines sur les nouveaux arrivants..

      Mais on est très accueillants et hospitaliers au Québec..

      Décidément, il faut avoir sacrée paire de lunettes roses et ne voir qu'un côté de la médaille de ce qui se passe actuellement au Québec pour affirmer une chose pareille.


      Christian Montmarquette

      Référence :

      La voiture du président du Centre culturel islamique de Québec incendiée - Le Devoir, 30 août 2017.

      http://www.ledevoir.com/politique/ville-de-quebec/

      .

    • Jean-Marc Simard - Inscrit 30 août 2017 14 h 23

      Vous n'en manquez pas une Monsieur Montmarquette... Vous semblez aimer écraser le fait québécois et le rendre responsable de tous les maux perpétrés par quelques-uns...

      Vous faites comme bien d'autres Québécois, vous tentez d'affaiblir notre culture en favorisant l'essor de l'autre... Vous piétinez vos propres racines, Monsieur Montmarquette, et crachez sur votre propre identité... Pourquoi? Pour permettre aux autres communautés culturelles de prendre emprise sur le fait québécois? Est-ce là votre stratagème?

      Votre problème est que vous généralisez et mettez tout le monde dans le même sac. Je suis un Québécois de souche et fier de l'être, mais jamais je ne troquerai ma propre culture et mon identité propre pour permettre à l'autre de m'imposer ses propres valeurs... Il en va de ma survie comme individu et de celle de ma nation...

      Ça fait depuis la conquête que la nation francophone d'Amérique se fait piétiner non seulement par les anglos, mais par tous les siens vendus à la cause de l'oppresseur... Et vous continuez dans le même sens.

      Maintenant, ce ne sont pas seulement les anglos qui veulent nous oppresser, ce sont toutes les communautés multiculturelles canadianisées... Si vous pensez que la culture de l'autre est meilleure que celle des Québécois, convertissez-vous à eux...

      OUI les Québécois sont accueillants et compatissants, et beaucoup trop d'ailleurs... Et ce n'est pas de mettre des lunettes roses que de le dire, c'est plutôt de voir loin et de ne pas se montrer myope...Si le peuple du Québec n'avait pas été constamment trahi par les siens, il y a longtemps qu'on l'aurait notre pays...

      Dur, dur d'être Québécois parfois...

    • Hélène Paulette - Abonnée 30 août 2017 14 h 28

      Vous pouvez aussi nous parler d'Adrien Arcand et al, celà ne fait pas de nous des fascistes tout comme ces dérives occasionnées par l'inaction et les tergiversations du PLQ en matière de langue, de laïcité, d'immigration et de coupures sauvages ne font pas de nous des racistes... L'intolérance vient d'ailleurs monsieur Montmarquette, cherchez bien!

  • Jean Lapointe - Abonné 30 août 2017 08 h 48

    Non pas lutter mais empêcher que ça se répande.

    «Nous avons la responsabilité de lutter contre le racisme, non seulement pour aider les individus, mais aussi dans l’intérêt de toute notre société.» (Paul St-Pierre Plamondon)

    Je dirais plutôt que nous avons la responsabilité, non pas de lutter contre le racisme, qui n'est pas un virus venu dont on ne sait d'où, mais d'empêcher que les idées racistes se répandent dans la population. Et, pour moi, la meilleure chose à faire dans ce cas-là c'est d'améliorer l'éducation et l'information.

    Une population bien éduquée et bien formée ne saurait devenir raciste.

    Il faut plutôt prévoir que tenter de guérir.

    Je trouve risqué de «lutter» contre le racisme. Évidemment ça dépend de la façon dont c'est fait, mais c'est risqué parce que ça peut mener à des confrontations plutôt qu'à un apaisement des tensions.

    Pour ce qui est des gens qui défendent le racisme ou qui manifestent des attitudes racistes, il faut les avoir à l'oeil dans l'espoir de les empêcher de nuire et il faut faire appel aux lois existantes quand cela s'avère nécessaire.

  • Pierre Desautels - Abonné 30 août 2017 09 h 03

    Rafraîchissant.


    Peu importe les opinions divergentes, cet échange entre Patrice Vil et Paul St-Pierre Plamondon relève le débat. C'est rafraîchissant, si l'on compare avec les envolées plus que douteuses de François Legault et Jean-François Lisée.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 30 août 2017 10 h 15

    Une éthique de la survivance

    L'éthique de la survivance influence encore aujourd'hui beaucoup de québécois, et ceci pas uniquement lorsqu'il s'agit d'argent. C'est ainsi que beaucoup d'entre nous ont le réflexe d'éviter de discuter de questions lourdes de sens au lieu d'essayer de comprendre et de convaincre respectueusement. Nous esquivons et envoyons sous le tapis et, à ce chapitre, les politiciens nous ressemblent beaucoup. Ainsi, nous évitons la chicane et la division au sein des familles. Nous nous ménageons "la susceptibilité". Cela écrit, il n'est pas facile de discuter de sujets aussi complexes et compliqués que l'identité québécoise et la discrimination systémique, surtout si nous donnons d'abord la parole aux personnes et groupes discriminés. Personne n'aime se faire dire en quoi il n'est pas parfait et ce qu'il lui faut faire ou ne pas faire pour s'améliorer. Nous aimons les solutions magiques et miraculeuses, par exemple "maîtres chez nous".