Le mystère de Québec: les moins bien nantis rejettent la gauche

<p>«Dans sa forme la plus récente, l’énigme de Québec se confirme par le succès du Parti conservateur dans la région depuis l’élection fédérale de 2006», suggère l'auteur.</p>
Photo: Tony Tremblay Getty Images

«Dans sa forme la plus récente, l’énigme de Québec se confirme par le succès du Parti conservateur dans la région depuis l’élection fédérale de 2006», suggère l'auteur.

Québec est un mystère politique, et nombreuses sont les explications proposées pour comprendre le comportement électoral des citoyens de la région de la capitale. Par rapport aux électeurs des autres régions, ils choisissent d’élire beaucoup plus de députés de partis conservateurs depuis les années 1970, que ce soit l’Union nationale, le Crédit social, le Parti conservateur du Canada, l’Action démocratique du Québec ou encore la Coalition avenir Québec.

Dans sa forme la plus récente, l’énigme de Québec se confirme par le succès du Parti conservateur dans la région depuis l’élection fédérale de 2006. Lors de cette élection, les conservateurs ont récolté près de 39 % du suffrage dans la grande région de Québec, par rapport à 25 % dans le reste du Québec.

Des travaux du projet international de recherche Making Electoral Democracy Work permettent d’examiner en quoi les citoyens de cette région sont différents du reste du Québec.

Les résultats réfutent les plus récentes tentatives d’explication en démontrant que même si, d’une façon générale, les électeurs de la région de Québec se disent plus à droite sur l’échiquier politique et moins favorables à la redistribution économique que dans le reste du Québec, ils demeurent semblables sur le plan des attitudes aux citoyens des autres régions.

Les électeurs de Québec sont tout aussi intéressés par la politique et ils sont tout aussi partisans, cyniques ou aliénés. Ces résultats nous rapprochent bien peu d’une explication plausible du mystère de Québec, comme cela aurait pu être le cas si, par exemple, le niveau de cynisme avait été différent chez les électeurs de la région de Québec. Ce n’est donc pas dans leurs attitudes que réside la solution à l’énigme.

Ces résultats sont étonnants puisqu’ils vont à l’encontre de la croyance populaire véhiculée dans les médias et ils infirment les conclusions de l’étude ethnographique de Frédéric Parent (2015) […]. Ce chercheur explique que c’est essentiellement le rejet d’une présence gouvernementale forte qui expliquerait ce mystère.

Or les réponses obtenues à une question qui porte sur la réduction des taxes par rapport à l’amélioration des services publics réfutent cette explication.

Un effet de classe ?

Simon Langlois (2005) nous invite à revenir au concept de classe sociale […] qui consiste à supposer que les personnes dont le statut social est faible (celles dont les revenus sont modestes) réagiraient plus fortement à certains enjeux que les individus des autres groupes. La raison en est que cette classe sociale plus modeste se considère comme désavantagée par rapport aux fonctionnaires bien payés, d’ailleurs beaucoup plus nombreux dans la région de la capitale que dans le reste du Québec.

Lorsqu’on isole les attitudes des moins nantis, les résultats démontrent qu’à Québec, la classe sociale pauvre n’est pas plus à gauche en matière économique que l’ensemble de la population de l’agglomération, tandis que c’est le cas dans les autres régions. Ainsi, les classes moyennes à Québec ne sont pas significativement moins à droite que les plus pauvres.

C’est la première fois que ce constat est soutenu par des données probantes, et il est tout à fait pertinent pour tenter de donner une explication, à tout le moins partielle, du mystère de Québec.

Bref, la présente analyse appuie fortement l’étude de Langlois (2005), à savoir que les « déclassés » de la région de Québec seraient plus à droite que ceux de l’ensemble du Québec.

Ces données apportent […] une contribution fondamentale à la compréhension du mystère de Québec. Elles nous indiquent ce qu’il faut écarter dans l’analyse du phénomène et confirment qu’une partie de l’explication se trouve dans le fait qu’à Québec, la classe sociale plus pauvre n’est pas idéologiquement plus à gauche que l’ensemble des électeurs.

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Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons des extraits d’un texte paru dans la revue Politique et Sociétés, 2017, 
volume 36, no 2.

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19 commentaires
  • Eric Vallée - Inscrit 15 août 2017 03 h 29

    Quand la gauche ne sert plus à rien

    Ces partis dits de gauche ne servent plus la classe ouvrière. Ils sont des partis de bourgeois bohèmes préférant défendre bien d'autres causes. A Québec, les médias ne sont pas les mêmes. La ville est assez grande pour avoir des médias qui sont plus indépedants des plus grands basés à Montréal. Les partis de gauche ont aussi très peur de plusieurs stations de radio, c'est pourquoi ils aiment tant les dénigrer et voudraient les censurer.

  • Raynald Blais - Abonné 15 août 2017 06 h 55

    Mystérieuse et étonnante?

    Lorsque la réalité apparaît "mystérieuse" et "étonnante", le chercheur honnête questionne les prémisses de sa recherche. Ici, les élections prises comme processus démocratiques (sic) doivent nous en apprendre davantage sur la nature de l'électeur, pris individuellement jusqu'à former un groupe réduit à sa capacité d'élire des politiciens. Ce crédo est tellement central dans une démocratie bourgeoise que les recherches poussant à remettre en question ce dogme paraîtront également mystérieuses et étonnantes.

  • Bernard Terreault - Abonné 15 août 2017 07 h 43

    Pas unique

    Aux États-Unis beaucoup de "pauvres Blancs" ont aussi voté pour Trump. Et ailleurs, depuis les années '30, beaucoup de pauvres ont mis au pouvoir des fascistes, de l'Italie à l'Argentine en passant par l'Espagne, sans compter les nazis qui ont aussi misé sur les ressentiments des classes populaires pour prendre le contrôle de l'Allemagne.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 15 août 2017 10 h 21

      Il y a ,disons donc 2 types de pauvreté :
      1- la matérielle : grande moyenne ou petite
      2-l'éducationelle :grande moyenne ou petite
      Avec ca et les résultats électoraux passés,pourrait-on définir qui vote pour qui ?

    • Pierre Fortin - Abonné 15 août 2017 11 h 18

      Il manque à cette étude une dimension sociologique qui permettrait de mieux comprendre les bases sur lesquelles se fondent les choix de vote.

      Ce ne sont pas les campagnes électorales véhiculant des à priori et des préjugés qui permettent aux électeurs d'approfondir les valeurs démocratiques sur lesquelles ils basent leur choix de société.

      Quelle influence les médias et la publicité partisane abrutissante du genre, " Nous sommes prêts " ou " les vraies affaires ", exercent-ils réellement sur les intentions de vote ? Si on pouvait mesurer la légèreté ou le sérieux des slogans qui influencent les suffrages, on comprendrait peut-être un peu mieux les mystères électoraux.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 15 août 2017 13 h 50

      Le Devoir a fait écho d'un article du New York Times sur le sujet.

      On y trouve pas de répartition du vote selon le niveau richesse, mais il y a une section pour celui du niveau l'éducation, et ce niveau est bien loin d'être si déterminant.

      Même le niveau collégiale est légèrement plus favorable a Trump que celui du secondaire et moins.

      Arrivé a l'universitaire on inverse la majorité, mais de façon modéré, 49/45.

      Seule le troisième cycle indique clairement un marqueur solide, 58/37%.


      L'indicateur de l'âge lui y est plus constant, jusqu'a la cinquantaine on se déplace vers les Républicains.


      Mais encore. Dans ce portrait on n'a pas la place occupée par le parti Libertarien, très proche des Républicains, et qui a tout de même rafler plus de 3% du vote national.

      http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/4

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 15 août 2017 07 h 54

    Rien de surprenant

    Aux États-Unis, ce sont les gens «déclassés», les moins riches qui ont élu leur président plutôt très à droite.

    Ici, QS est appuyé surtout par les intellectuels et les jeunes et très peu par les «prolétaires».

  • Philippe Hébert - Inscrit 15 août 2017 08 h 27

    Mais les plus pauvres de Québec sont plus riches que les plus pauvres du reste du Québec...

    Leur taux d'imposition est donc plus élevé.

    Plus tu paies de l'impôt, plus tu es de droite économiquement. Le stade où tu te fou de payer de l'impôt, c'est quand tu fais beacoup plus que le coup de la vie de ta région.

    Pour avoir eu un salaire longtemps en deça des 30 000$ à Montréal, je peux vous dire que j'étais bien de gauche économique à cette époque. Mais maintenant que je suis officiellement dans la classe moyenne québécoise, et que mon taux d'imposition est passé de 16 à 30%, je peux vous dire que je suis de droite économique.

    Tu travailles comme un fou pour améliorer ton sort, et on te récompense en t'enlevant une partie importante du surplus que tu fais désormais...

    Les gens de Québec votent avec leur porte feuille, comme pas mal la majorité des gens. Rare sont les élections gagnés par des enjeux de société dans l'histoire moderne du Québec depuis 2003.

    On vote tous au final pour le parti qui propose le meilleur programme pour améliorer notre qualité de vie. Je ne connais personne qui souhaite vivre dans la pauvreté à perpétuité, c'est donc normal que Québec Solidaire soit populaire dans les coins les plus pauvres, et que les partis comme la CAQ ou le PLQ qui sont très conservateurs économiquement fassent bien dans ces secteurs où les gens sont majoritairement de classe sociale aisée.