Le français, une langue menacée?

«Pourquoi nous sentons-nous si menacés et tenons-nous tant à cet aspect phonétique de notre culture?» se questionne Marc Boucher.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Pourquoi nous sentons-nous si menacés et tenons-nous tant à cet aspect phonétique de notre culture?» se questionne Marc Boucher.

Plusieurs observateurs le disent, notre langue, ici au Québec, serait en péril. Le premier réflexe est d’accuser l’anglais bien sûr, qui, comme une espèce envahissante, s’adapterait mieux à un nouvel environnement et menacerait du coup l’écosystème établi, faisant du français une espèce en voie de disparition.

Nous assisterions à un lent effacement devant cette langue anglo-saxonne, d’origine germanique, qui a étendu ses sonorités autour de la planète et qui triomphe partout, comme sa principale plateforme, la mondialisation des marchés.

Mais pourquoi nous sentons-nous si menacés et tenons-nous tant à cet aspect phonétique de notre culture quand, en même temps, nous embrassons sans complexe le conformisme idéologique de ce « rêve américain », cette illusion mondialisée d’un bonheur consumériste ?

Tenir à notre langue, c’est aussi espérer, à travers elle, une identité qui évolue en intelligence, une culture originale et assez forte pour ne pas avoir peur de l’autre et découvrir avec confiance le monde dans lequel on vit tout en étant capable de l’exprimer clairement et en beauté.

Si une langue est intimement liée à l’identité et à la culture, il faudrait voir ce qui est touché en premier par cette lente érosion annoncée. Car ces dernières m’apparaissent aujourd’hui plus diluées que jamais, éparpillées par une sorte de bulldozer qui tend à égaliser tout particularisme en platitude uniforme.

Écran lumineux

Tous les peuples de la planète semblent s’aligner sur cette société de surconsommation et feront bientôt tous les mêmes rêves, entrecoupés de pauses publicitaires, qui projetteront à l’infini les mêmes déclinaisons du désir.

Peut-être que notre culture, déjà fragilisée par un contexte historique et géographique, est en train de se dissoudre, plus vite que d’autres, sous les assauts de cette « religion » consumériste ? Quel citoyen québécois francophone a une pensée vraiment critique envers ces médias qui, d’une même voix, brouillent nos cerveaux dans un divertissement perpétuel ?

Ce temps d’antenne se traduit en temps d’attention, ôté aux échanges avec le réel, pour un peuple avide de spectacles qui se retrouve de plus en plus souvent devant un écran lumineux, qu’il tienne dans une main ou mesure 48 pouces de large.

S’il faut être digne d’une culture pour qu’elle survive, ce n’est pas en s’abrutissant devant le vide immense de l’offre médiatique, assaisonnée presque à durée égale de publicités infantilisantes, que nous y arriverons.

Le concept d’identité commune à une culture, ce « nous » divisé en « je », restera une coquille vide si nous ne lui donnons pas une valeur ajoutée, une âme qui mérite ce titre. Pour qu’une langue vive et s’enrichisse, ça prend des citoyens qui ont quelque chose à dire, qui ont des idées qui vaudront la peine d’être bien exprimées et d’être bien comprises.

Le langage, peu importe ses accents, s’étiole par manque de sens et de repères culturels, c’est vrai, mais une culture ne se construit pas en faisant comme tous les amis Facebook du monde entier, sinon, tout naturellement et peut-être sans douleur, notre langue se perdra dans les brumes du temps, contre les vents et les marées des désirs futiles, de l’ignorance, de l’apathie et du faux bonheur, qui nous sont constamment chantés par des sirènes tatouées d’un code-barres.

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29 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 9 août 2017 01 h 44

    de faire de nous des petits robots au service de la haute finance

    sommes nous en train de devenir les vasales de multinationales qui dominent de plus en plus, le monde, l'approche cyber est-elle en train de détruire nos facons de faire et de penser ,est-il exagéré de dire que l'informatique est en train de surplanter tous les autres approches et est en train de faire de nous des petits robots au service de la haute finance,

  • Pierre Deschênes - Abonné 9 août 2017 06 h 37

    De la responsabilité

    Texte très inspirant que le vôtre. Je suis tout de même convaincu, ou plutôt je sais, qu'il existe des citoyens qui ont quelque chose à dire, chacun dans leur sphère respective, et le disent clairement, avec force et conviction. Mais la transmission des idées et des réalités du monde se faisant de nos jours principalement par l'intermédiaire d'écrans lumineux, les médias québécois héritent d'une responsabilité première qu'ils se doivent de reconnaître, et surtout, d'assumer.

  • Jean Lapointe - Abonné 9 août 2017 07 h 08

    L'anglais n'est pas le véritable coupable

    «Le premier réflexe est d’accuser l’anglais bien sûr, qui, comme une espèce envahissante, s’adapterait mieux à un nouvel environnement et menacerait du coup l’écosystème établi, faisant du français une espèce en voie de disparition.» (Marc Boucher)

    D'après moi le problème majeur pour nous ce n'est pas d'abord parce que l'anglais s'adapterait mieux à un nouvel environnement mais le fait que nous ne possédons pas tous les moyens nécessaires pour faire véritablement du français la langue commune au Québec, pour qu'elle ne soit pas perçue comme une contrainte mais comme une nécessité, un besoin.

    Pire encore le gouvernement Couillard n'utilise même pas les pouvoirs qu' il détient déjà pour protéger le français dans le cadre de la fédération canadienne prétextant qu'elle ne serait pas en péril.

    Notre problème ne nous est pas propre. Mais la solution elle doit tenir compte d'abord de notre situation en Amérique du nord et ensuite du contexte politique dans lequel nous nous trouvons.

    Si le français n'est considéré que comme l'une des langues à protéger et faire valoir au Canada et par conséquent au Québec, il est sûr qu'il ne survivra pas longtemps, pas à cause de l'anglais mais parce qu'il n'y aura peu de gens qui vont y tenir.

    Pour que la langue française soit bien vivante au Québec d'abord il faut à mon avis qu' il y ait un peuple qui y tienne parce que ça ferait partie de son identité.

    Et pour que ce peuple puisse continuer d'exister il faut à tout prix à mon sens qu' il sente qu' il est responsable de sa survie et pour qu' il se sente responsable il faut qu' il s'appartienne en faisant du Québec son pays, son seul pays, lequel doit être souverain dans tous les domaines.

    Et pour être souverain il faut que ce pays soit indépendant politiquement donc en dehors de la fédération canadienne.

    Comment voulez-vous protéger et défendre votre identité si vous ne vous appartenez pas complètement mais que partiellement?

    Ça m'apparaît pourtant simple à co

    • Brigitte Garneau - Abonnée 9 août 2017 22 h 00

      Vous avez entièrement raison!

  • Jacques Lamarche - Inscrit 9 août 2017 07 h 18

    Le verdict ne fait aucun doute!!!

    M. Boucher ne veut pas trancher, mais au procès de l'avenir du français au Québec, la brillante preuve qu'il expose laisse entendre que l'accusé n'a aucune chance de s'en sortir! Trop de forces se liguent contre lui!

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 9 août 2017 07 h 33

    Texte magnifique

    Merci pour ce texte qui porte à la réflexion.

    • André Mutin - Abonné 9 août 2017 08 h 47

      Oui ce texte est vraiment magnifique !

    • Yvon Bureau - Abonné 9 août 2017 20 h 49

      Marc, merci pour ce texte fort bien écrit.