Automobilistes et cyclistes, gardez votre calme

Ce n’est pas dans un esprit de confrontation ni par pulsion suicidaire que les cyclistes ne roulent pas dans l’accotement, mais bien par nécessité.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Ce n’est pas dans un esprit de confrontation ni par pulsion suicidaire que les cyclistes ne roulent pas dans l’accotement, mais bien par nécessité.

C’est avec grand plaisir que je prends part à ce débat… qui n’en est pas un. Je suis cycliste, motocycliste et automobiliste. Ce qui fait que j’en paie, des taxes, pour rouler sur les routes… même quand je suis à vélo. Aussi bien mettre en terre tout de suite cet argument bidon.

J’ai roulé des milliers de kilomètres en auto et en vélo au Québec, aux États-Unis et en Europe, et je peux vous garantir que la pire attitude des automobilistes envers les cyclistes est au Québec. Je peux aussi vous dire que certains des pires comportements de cyclistes… sont aussi au Québec.

Il y a beaucoup d’éducation à faire auprès des automobilistes québécois, puisque certains propos suintent l’ignorance. Faut pas leur en vouloir. Ils ne savent juste pas. À la base, les pistes cyclables ont été conçues pour les familles et les cyclistes récréatifs qui roulent à pas plus de 20 km/h. On ne peut pas rouler à plus de 20 km/h sur une piste cyclable, ce qui est parfait pour des raisons évidentes de sécurité, vu la clientèle cible.

Par contre, les cyclosportifs qui roulent de 25 à 40 km/h doivent rouler sur les routes. Ce sont eux qui font l’objet de tant de mépris mal placé. Je fais partie de ceux-là. Les cyclosportifs doivent composer avec des routes parfois franchement dégueulasses et des accotements inexistants ou fissurés.

Soyez assurés, chers automobilistes, que ce n’est pas dans un esprit de confrontation ni par pulsion suicidaire que les cyclistes ne roulent pas dans l’accotement, mais bien par nécessité. Dans la région de Magog, les accotements où il fait bon rouler se font rares, surtout pour une sortie de 100 km. Sur 100 km, on va rouler au moins un 20 km en zone « hasardeuse », où nous allons empiéter sur la voie carrossable des voitures.

Nous nous en excusons d’avance. On ne le fait pas exprès. C’est une question de survie. Et si jamais nous roulons côte à côte sur une route de campagne peu passante et que nous ne vous entendons pas arriver à temps pour nous remettre en file indienne, vous pouvez donner un petit coup de klaxon pour annoncer que vous êtes là, et on va se tasser sans vous faire un doigt d’honneur.

Avec le vent, des fois on n’entend pas. Par contre, là où je vous rejoins, chers automobilistes, c’est à savoir que certains cyclistes exagèrent. Certains prennent effectivement la moitié d’une voie, se foutent des automobilistes et les envoient promener.

J’en conviens, l’attitude de ces cyclistes qui se pensent au Tour de France et qui croient que la route leur appartient est déplorable. Vous pouvez klaxonner, leur dire de faire attention, que vous ne voulez pas les écraser, mais souvenez-vous que vous avez une voiture ou un camion de plusieurs centaines de kilos avec un pouvoir démesuré comparativement au cycliste.

Raser les jambes des cyclistes avec votre pare-chocs est inutile. De toute façon, la plupart ont déjà les jambes rasées. C’est donc une perte de temps. Tout autant que les coller et les forcer vers l’accotement ou accélérer en débile une fois à la hauteur des cyclistes. Ça ne nous impressionne pas de toute façon.

À la fin de la journée, que vous soyez en train de tirer votre bateau vers un lac ou votre véhicule récréatif vers un camping, nous voulons tous la même chose. Rentrer à la maison, serrer nos enfants et souper en famille après avoir passé quelques heures à faire une activité qu’on aime. Pensez à ça la prochaine fois que vous aurez le goût de frôler un cycliste: c’est peut-être le père de deux beaux enfants. Est-ce que je veux vraiment en faire des orphelins ? Et les cyclistes, la prochaine fois que le goût de rouler en peloton vous prendra, demandez-vous si vous êtes prêt à laisser votre partenaire élever les enfants seul. Prenez votre gaz égal, partagez la route, faites preuve d’un peu de courtoisie et de civisme et tout le monde va rentrer pour souper avec le sourire.

14 commentaires
  • Geneviève Laplante - Abonnée 1 août 2017 07 h 00

    La courtoisie? Connais pas

    J'ai le plus grand respect de l'Autre, qu'il soit sur deux, trois ou quatre roues. J'essaie de comprendre cette rage qui fait des usagers de la route des ennemis dangereux... et je n'y arrive pas.

    Ce texte est rafraîchissant, pondéré, instructif et, je l'espère, efficace. Bravo à son auteur.

    Ce n'est pas à partir de quelques fâcheux exemples qu'on peut catégoriser TOUS les cyclistes, les automobilistes, les piétons, les vieux ou les musulmans. Je connais quelques énergumènes qui forment à eux seuls une catégorie, mais les imiter ne fera pas de notre société un exemple à suivre. Courtoisie, politesse, tolérance, patience, tout cela s'apprend, je crois.

  • François Beaulé - Abonné 1 août 2017 07 h 03

    Les dangers du vélo

    Roulez à vélo sur des routes sans accotements est dangereux. Ceux qui font la promotion du vélo dans ces conditions sont pleins de bonne volonté mais causent des blessures graves et mènent des cyclistes innocents dans la mort.

    Les routes doivent être modifiées pour faire de la place aux cyclistes. Et il faut changer le code de la route concernant le virage des camions qui coupent le passage des cyclistes, notamment dans les villes. Trop d'incantations vertueuses des pro-vélos et trop de victimes innocentes.

    • Marie-Hellène Lemay - Abonnée 1 août 2017 13 h 11

      Oui, un accotement digne de ce nom serait bienvenu, et les cyclistes feraient bien de privilégier les routes qui en ont, mais la première chose à modifier, ce sont les comportements et les attentes de part et d'autre.

      Vouloir sortir de la ville à vélo pour se rendre à quelque part n'est pas un acte de promotion, il ne s'agit pas d' "incantations vertueuses", ou de lobby "pro-vélo". Ce n'est pas contre la voiture ou pour la vertu qu'on prend la bécanne, mais pour apprécier le paysage, prendre l'air, garder la forme, pour le plaisir, et le gros bon sens en somme... Quant aux accidents impliquant un camion, il faut éduquer les cyclistes aux dangers de l'angle mort, et à la nécessité absolue de se rendre visible au chauffeur.

      Le cycliste nord-américain ne circulera probablement jamais que sur des pistes désignées à son seul usage. Nous ne sommes pas au Danemark ou aux Pays-Bas, et maintenir un tel réseau sur de grandes distances est coûteux. Les autoroutes sont à l'usage des seuls véhicules motorisés. Peut-on espérer partager la ville et les routes de campagne avec les vélos (et les chevaux, et les tracteurs?!)

    • David Huggins Daines - Abonné 1 août 2017 14 h 04

      Je ne me rappelle pas les chiffres précis, mais je crois avoir lu que l'accotement d'une autoroute est un des endroits les plus sécuritaires à faire du vélo. Le problème c'est qu'il est très désagràble, bruyant, et plutôt plate côté paysage!

      À l'Ouest il est courant de permettre les vélos sur les autoroutes, comme la Coquihalla en C.-B. ou la Transcanadienne en Alberta, pusqu'il n'existe aucune autre route à travers certains sommets, et ça fonctionne assez bien.

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 août 2017 07 h 02

      Mais les autoroutes ont des sorties et des entrées impraticables pour les cyclistes...

  • Guy Mathieu - Abonné 1 août 2017 07 h 21

    De trop près...

    Une voiture qui passe à 100 km/h ça reste assez impressionnant, nous avons pas de rétroviseur pour la voir venir

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 1 août 2017 11 h 57

      Je suis cyclosportif, mais jamais je ne roulerais sans mon petit rétroviseur ( miroir ) installé sur le bout gauche de mon guidon ( modèle: Rétroviseur à embout de guidon pour vélo de route de Sprintech ), qui est discret et aérodynamique.

      Je regarde souvent par celui-ci, et si je vois un camion qui arrive de l'arrière et qu'il aura de la misère à se tasser parce qu'il arrive un véhicule de l'autre sens, je n'hésite pas à ralentir et à rouler sur l'accotement même si celui-ci est en mauvais état ou en gravier.

      Quand l'accotement est assez beau, évidemment je ne roule que sur celui-ci, automobile ou pas.

      Je chronomètre mes sorties de vélo, mais je ne suis pas au Tour de France, pas de risque à prendre.

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 août 2017 13 h 20

      Et pourquoi n'avez-vous pas de rétroviseur?

  • Pascal Monette - Abonné 1 août 2017 09 h 45

    Pascal Monette, Montréal

    Merci à M. Mahony de nous rappeller à nos devoirs les uns envers les autres. Cependant, pratiquant le vélo sur route depuis plusieurs années, j'ai constaté que les automobilistes font davantage preuve de courtoisie autant en ville que sur les routes de campagne. Il y a donc de l'espoir!

  • Gilles Gougeon - Abonné 1 août 2017 10 h 14

    Un coup de klaxon svp.

    Je partage l'opinion de Patrick Mahoney. Cycliste sur route depuis plus de trente ans, je me suis souvent fait frotter les oreilles par des automobilistes inconscients du risque qu'ils nous font courrir en s'obstinant à ne pas s'écarter légèrement vers la gauche pour nous doubler. Toutefois, les plus dangereux sont les conducteurs de VR, ces camions de camping dont les miroirs latéraux excèdent la largeur de la maison mobile. Trop souvent, ces chauffeurs de peu d'expérience par rapport aux chauffeurs professionnels de camions lourds, n'osent pas ou refusent de s'éloigner des cyclistes. Ils sont souvent pressés d'arriver à destination et nous considèrent comme des empêcheurs de rouler à fond.
    Sur les routes de campagne, j'apprécie la courtoise plutôt généralisée des chauffeurs de poids lourds qui n'hésitent pas à ralentir, à s'éloigner légèrement vers le centre de la route et, souvent, à klaxonner avant de nous doubler. Eh! oui, à vélo, à plus de 25 km/h, on n'entend pas venir les véhicules.
    Donc, merci de nous donner un petit coup de klaxon avant de vous approcher de nous. Vous nous permettez de prévoir votre dépassement, surtout lorsqu'il n'y a pas de bande cyclable.

    Gilles Gougeon
    Cycliste sur route