Formule E: champions de rien du tout

«Étant donné que l’audimat du championnat de Formule E représente le vingtième de celui de la F1, il est peu probable que le projet soit économiquement viable», remarque l'auteur.
Photo: Yann Coatsaliou Agence France-Presse «Étant donné que l’audimat du championnat de Formule E représente le vingtième de celui de la F1, il est peu probable que le projet soit économiquement viable», remarque l'auteur.

La Formule E est un exemple frappant de la façon dont les termes « développement durable », « environnement » et « retombées » peuvent être galvaudés par des dirigeants — secteurs public et privé confondus — essayant de convaincre la population de leurs projets mégalomanes douteux.

Dans une course d’automobiles, qu’elle soit électrique ou non, la part des gaz à effet de serre (GES) provient principalement de tout ce qui entoure la course. Pensons, par exemple, aux déplacements des véhicules d’un pays à l’autre, à l’entretien d’une piste de course, à la construction des véhicules, etc.

Selon une étude publiée en 2010 par Trucost, la pollution émise par la course elle-même est marginale (0,3 %). On peut bien argumenter que les pneus de la Formule E émettent moins de particules que ceux de la F1 et que la pollution sonore est moindre, la vérité est que cela n’a pas de réel effet.

Malgré toute la bonne volonté du monde, prendre trois semaines pour monter et démonter une piste où vingt équipes provenant de partout dans le monde feront tourner des automobiles en rond génère énormément de pollution, comme toute forme d’événement de cette ampleur. Il faut donc arrêter de prétendre que cette course est une course verte.

Pour l’instant, il n’y a pas d’estimations des retombées économiques de l’événement, mais on peut supposer que celles-ci seront bien moindres que celles du Grand Prix de Montréal de la F1, qui sont déjà relativement faibles. La firme Ad Hoc a calculé qu’en 2015, le Grand Prix de la F1 aura permis de générer en taxes et impôts des revenus pour le Québec et le Canada de 8,1 millions de dollars, soit près de la moitié des subventions octroyées.

Étant donné que l’audimat du championnat de Formule E représente le vingtième de celui de la F1, il est peu probable que le projet soit économiquement viable. Surtout lorsque l’on voit que la Ville de Montréal investit 24 millions dans ce projet dont seulement 5 millions sont alloués à des travaux réellement nécessaires. Le tout en achetant des barrières (décorées d’immenses logos de la Ville) d’une valeur de 7 millions qui auraient pu être louées au coût de 400 000 $ (sans les immenses logos de la Ville, on comprendra bien). Bref, le projet est loin d’en être un de gestion publique et de développement économique viables. Au mieux, cela permettra une certaine visibilité à l’international, mais quelque chose me dit qu’on pourrait aisément s’en passer.

«Vendre» la cause

Rappelons que la course se tiendra au coeur du quartier Centre-Sud de Montréal, un des quartiers les plus pauvres de la ville. Il est sympathique d’offrir des billets aux résidants qui sont touchés par le tracé, mais la réalité est que la vaste majorité des habitants du Centre-Sud ne pourra pas se payer le billet d’entrée pour la course, dont les travaux les empêchent de dormir et de se déplacer depuis trois semaines.

Pendant ce temps, on fera parader des vedettes sur le tapis rouge et des jeunes femmes en petite tenue au centre-ville dans l’espoir de « vendre » la cause environnementale.

Soyons francs, ce projet est avant tout une volonté de positionner Montréal comme une ville branchée sur l’avenir du transport. Or, si on considère que la Ville ne donne pas un accès équitable au transport en commun et que l’on estime à plus de 26 millions les heures perdues dans le trafic, il semble clair que la métropole présente tout sauf une image de transition.

Alors que Montréal possède tous les outils pour devenir une véritable ville modèle en transition écologique, il est triste de voir que nos dirigeants investissent temps et argent dans du fla-fla glamour pour une question d’image.

6 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 26 juillet 2017 07 h 50

    Les courses automobiles ,qu'os ca donne ?

    Au moins si la Formule E peut faire avancer l'anti-pollution,c'est déja mieux que
    la F1De toute facon je les classe dans la catégorie des "Juste pour rire". A mon avis
    c'est d'une platitude énorme,une perte de temps et surtout d'argent qui pourrait
    servir a meilleur escient.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 26 juillet 2017 08 h 23

    Entre deux maux il faudrait faire qu'chose, entre deux maux il vaudrait mieux se grouiller le cul!



    MISSION de L'IRIS
    "L’IRIS, un institut de recherche sans but lucratif, indépendant et progressiste, a été fondé en 2000. L’Institut produit des recherches sur les grands enjeux de l’heure (partenariats public-privé, fiscalité, éducation, santé, environnement, etc.) et diffuse un contre-discours aux perspectives que défendent les élites économiques."

    Bon, bon, bon!
    Je veux bien admettre que tout ce cirque médiatique génère beaucoup plus de pollution que la Formule E le laisse entendre et que pour les Verts le développement de la voiture individuel est une aberration environnementale, ce n'est quand même pas demain la veille où nous prendrons tous des transports en commun! Ne dit-on pas qu'entre deux maux nous nous devons de choisir le moindre? Entre-temps il faut convaincre la population de l'efficacité des batteries et moteurs des voitures électriques par rapport au pétrole et aux moteurs thermiques et quoi de mieux pour en faire la démonstration et atteindre l'imaginaire des gens qu'une course automobile électrique. L'innovation pour les moteurs thermiques n'est-elle pas venue de tous ces championnats de courses automobiles qui sont apparus dès le début du siècle dernier afin de faire la promotion de cette industrie automobile qui était elle aussi à ce moment naissante?

    Les environnementalistes peuvent avoir raison sur le fond cependant ce n'est pas en adoptant la position du tout ou rien qu'ils vont convaincre la population de délaisser l'industrie des moteurs thermiques.

    Lorsque la Formule E aura atteint sa notoriété entre autres par des images spectaculaires de Montréal il sera toujours temps de retourner sur le circuit Gilles Villeneuve. Entre-temps, faire de Montréal pendant quelques jours une espèce de Monaco Verte du vingt-et-unième siècle ce n'est pas pour me déplaire.

    Jacques Tremblay
    Saint-Luce, Qc

  • André Bastien - Abonné 26 juillet 2017 09 h 59

    Et les autres projets du 375e?

    Bizarre que ces critiques du ePrix ne voient que 25 millions$ (sur 6 ans) de cette course mais ne disent rien des autres projets coûteux du 375e et, eux, complètement inutiles.

    Par exemple, on a "investi" 35 millions$ dans le flop de l'éclairage du pont Jacques-Cartier qui ne sert que de vitrine-gratuite pour Moment Factory et leurs petits amis.

    On a englouti 50 millions$ dans le prétendu sentier entre la montagne et le fleuve qui s'est traduit en masses de béton; ce n'est pas polluant 50 millions$ de béton que personne ne remarque?

    Le ePrix va permettre de classer Montréal eu même niveau que New-York, Paris, Berlin et montrer notre industrie naissante des véhicules électriques fabriqués au Québec, moto, autobus, autobus scolaire, moteurs électriques performants, ....

    Miser sur la création d'emploi au Québec dans cette nouvelle industrie plus respertueuse de l'environnement, ça ne vaut pas quelques investissements? Est-ce que cela va réussir? Nous le verrons, mais qui ne risque n'a rien.

    • André Bastien - Abonné 26 juillet 2017 10 h 47

      Plutôt "mais qui ne risque RIEN n'a rien"!

    • Jean Richard - Abonné 26 juillet 2017 14 h 40

      Montréal au même niveau que Paris et Berlin ? Vous rigolez ?

      Au cours des toutes dernières années, Paris a déployé 10 lignes de tramway (sur 115 km) et il y en a quatre autres encore en chantier. Un tramway, c'est électrique, n'est-ce pas ? Qu'a fait Montréal pendant ce temps ? RIEN.
      Toujours à Paris, le métro qui, au départ, est passablement plus développé que celui de Montréal, continue à se développer et à s'améliorer et les investissements prévus pour les quelque prochaines années dépassent les 25 k€. À Montréal, à l'exception de 3 stations en banlieue, le dernier développement date de la ligne bleue, au milieu des années 80. Et le prolongement de la ligne bleue n'est pas pour demain matin.

      Et Berlin ? Berlin n'est pas une mégapole. Elle a sensiblement la même population que le Montréal métropolitain. Mais allez faire un tour à la hauptbahnhof (gare principale) et contemplez le spectacle : des trains urbains, suburbains, interurbains, tous électrifiés, qui entrent et qui sortent sans arrêt (environ 1200 mouvements par jour). Or, malgré que la capitale allemande soit déjà très bien desservie, on continue à développer ou à améliorer le réseau pendant qu'à Montréal, on ne fait RIEN. D'ici deux à trois ans, on aura ajouté, entre autres, deux nouvelles lignes de métro.

      Donc, avec des voitures de course à batteries, on mettra Montréal au niveau de Berlin ou Paris en matière de mobilité durable ? Il n'y a que M. Coderre pour croire une chose aussi grotesque.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 26 juillet 2017 14 h 41

    100 % d'accord

    Bravo !