Et si de Gaulle revenait?

«Ayant gouverné la France depuis 10 ans à travers des difficultés majeures, [de Gaulle] n’était pas naïf en matières économiques et jugeait que le Québec tirerait son épingle du jeu», avance Jean-François Lisée, faisant allusion à l'indépendance.
Photo: United Press International «Ayant gouverné la France depuis 10 ans à travers des difficultés majeures, [de Gaulle] n’était pas naïf en matières économiques et jugeait que le Québec tirerait son épingle du jeu», avance Jean-François Lisée, faisant allusion à l'indépendance.

Il nous a tirés vers le haut. Alors que tant de forces, dans notre histoire, ont voulu nous tirer vers le bas. À 50 ans de distance, son appel est aussi actuel qu’au moment où il l’a lancé. Le Québec est, en 2017 comme en 1967, l’enjeu d’un souque à la corde vertical où des forces veulent qu’il se dépasse, d’autres veulent qu’il se marginalise.

C’était vrai à l’époque. Le geste du grand général était prémédité. Il voulait peser sur le cours de l’histoire et accompagner à très brève échéance le Québec à la table des nations. Le premier ministre Daniel Johnson, qui l’avait invité, ne venait-il pas d’être élu, un an auparavant, sous le slogan « égalité ou indépendance » ? Johnson allait-il répondre à l’appel gaullien ? Ses biographes croient que non. Mais si le général le tirait vers le haut, d’autres forces tiraient très fort dans l’autre sens.

S'il revenait aujourd'hui, de Gaulle serait sidéré de constater le paradoxe québécois

 

À Ottawa, l’alors ministre Pierre Elliott Trudeau mettait tout son poids pour que le Canada cesse de reconnaître quelque autonomie que ce soit au Québec, refusant même d’admettre son existence comme nation. Un verrou qui tiendra pendant 40 ans. Le compagnon financier de Trudeau, Paul Desmarais, qui financera sa campagne au leadership, se rend à Hawaï faire pression sur un Johnson se remettant d’une crise cardiaque. Brandissant le spectre d’une fuite des capitaux, Desmarais lui fait écrire une phrase-choc : Johnson ne construira pas de « muraille de Chine » autour du Québec. Ce sera le lendemain en une de La Presse, que Desmarais vient d’acheter.

De Gaulle croyait à la force des nations. Il avait senti au Québec une volonté d’affirmation qui ne pouvait trouver réponse que par l’indépendance. Ayant gouverné la France depuis 10 ans à travers des difficultés majeures, il n’était pas naïf en matières économiques et jugeait que le Québec tirerait son épingle du jeu. Il était prêt à lui prodiguer l’aide de son pays au besoin.

Québec libre

S’il revenait aujourd’hui, de Gaulle serait sidéré de constater le paradoxe québécois. Son économie s’est diversifiée et modernisée, ses exportations et son innovation ont explosé, comme son empreinte internationale. Le rapport de sa dette à son PIB est plus faible que celui de la plupart des nations. Pourtant, le premier ministre libéral du jour, Philippe Couillard, affirme qu’un Québec souverain vivrait « au moins dix ans de pauvreté » et « assécherait ses programmes sociaux ». Bref, sans la béquille canadienne, les Québécois seraient des incapables. Notons qu’aucun chef libéral québécois, ni Bourassa, ni Ryan, ni Charest, n’était allé si loin dans la négation de la capacité des Québécois à se gouverner. Pendant le référendum de 1995, Johnson fils avait chiffré la perte potentielle à 100 000 emplois, soit une hausse de trois points de chômage. Une variation assez fréquente dans l’histoire canadienne du Québec.

De Gaulle a institué, par référendum en 1958, la constitution de la Ve République, puis l’a modifiée par voie référendaire en 1962. On n’oserait donc à peine lui avouer que Trudeau, devenu premier ministre du Canada, a imposé au Québec, en 1982, contre son gré, une constitution qui a réduit son autonomie, sans la moindre consultation populaire. On serait gêné de lui avouer que les successeurs de Trudeau ont voté une loi, la loi C-20, dite de la clarté, qui donne au parlement fédéral un droit de veto sur une décision majoritaire du Québec de devenir souverain. Une loi qui affirme donc que le Québec n’est pas libre.

Quelle conclusion en tirerait-il ? C’est simple. Il nous dirait qu’il est plus important que jamais que vive le Québec libre. Et qu’on se tire, collectivement, vers le haut.

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25 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 25 juillet 2017 03 h 02

    Bof...

    "Un Québec souverain vivrait au moins dix ans de pauvreté" ?
    Bof, s'il n'y a plus que cela pour tenter de nous terroriser, je ne crains pas grand chose.
    Ca fait deux siècles et demi que le Canada britannique fait agoniser notre peuple et les autres peuples pré-britanniques pour faire fleurir ses idées de suprématie et nous sommes encore assez nombreux pour se tenir debout ensemble. Alors bon, ce n'est pas une telle lubie qui fera peur à ces Québécois que nous sommes...
    Tous les chiffres, tous les faits le prouvent : jamais ne nous sommes-nous mieux portés économiquement que depuis que nous avons commencé à prendre le contrôle sur nos affaires !
    Et de tous les coups durs qui nous ont été imposés économiquement, toujours ceux-ci ne sont-ils venus que de Canadiens qui s'investissent à nous remettre à notre place de perdants... Il n'y a qu'à penser à la dernière perte honteuse qui a été infligée à la Caisse de Dépôt pour s'en convaincre.
    Faut être non seulement aveugle et sourd pour ne pas s'en appercevoir, mais complètement abruti par cette idéologie et cette propagande du Canada qui font de nos particularismes culturels ceux qu'il faut finir de laminer pour créer de l'abondance.
    Et bien entendu, faire partie de ces peureux chroniques des électeurs qui ne savent plus à quoi s'identifier pour plaire aux politiciens très bien payés par nos impôts (bien que trop souvent élus parfois par moins du tiers des électeurs) et qui entretiennent de manière servile l'idée fixe canadian de notre couardise (dorénavant transformée depuis quelques années en couillardise vaudevilesque...), chronique et héréditaire.
    Dix ans de pauvreté ?
    Si ce n'était pas si bas de se servir d'un argument comme celui-là, cela en serait risible de ridicule.
    Me fait penser à quelqu'un qui dirait "Traverser la rue !? Mais tu n'y penses pas, tu vas attraper un torticoli mortel à force de regarder à gauche et à droite en le faisant !"
    Franchement, on n'est plus des enfants...

    Donc, Vive le Québec

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 25 juillet 2017 09 h 47

      Vive le Québec libre...

    • Yves Côté - Abonné 26 juillet 2017 02 h 23

      Merci Madame Sévigny d'avoir si solidairement complété mon petit commentaire !
      Malgré moi, comme d'autres je pense, je passe parfois à côté du nombre de caractères qui nous sont alloués pour nous exprimer.
      Mais connaissant bien mes habitudes, vous avez palié à ma lacune du jour. Je m'en accorde une par jour, bien qu'il m'arrive assez souvent de dépasser ce nombre tout théorique...
      Cela est très doux pour moi que vous l'ayez fait, je vous prie de le croire, puisque ce genre de geste se nomme "la solidarité".
      Action déterminée qui me touche parce qu'elle dépasse de loin les simples déclarations de principes en politique et qu'en ce sens, trouve toute sa justification dans ce qu'il me semble nous avons un urgent besoin de manifester tous pour passer enfin du projet de pays, à sa réalité.
      Pour, si vous me permettez l'expression, finir le travail de plusieurs générations qui sont héritières d'un destin à parachever.

      Mes amitiés républicaines, Madame !
      Et bien entendu, avec vous : Vive le Québec libre !

  • Denis Paquette - Abonné 25 juillet 2017 07 h 25

    et oui le monde une affaire de hasards

    Il découvrirait que nous avons accompli tout les actions nécessaires, que la création d'un pays nécessite plus qu'une affaire de volonté, que c'est plus une question de hasards, qui aurait pu dire que Bil Gate deviendrait un jour l'homme le plus riche du monde et le fondateur de l'outils le plus le plus déterminant, que l'on appelle aujourd'hui internet, un langage a laquelle le monde ne peut plus se passer

  • Michel Lebel - Abonné 25 juillet 2017 07 h 30

    Pas de quoi en faire tout un plat!


    Jean-François Lisée sait-il que le droit de sécession est reconnu pour toute province en droit canadien. La Cour suprême l'a bien affirmé. Quant au gouvernement fédéral, il a affirmé par sa Loi sur la clarté son point de vue sur le droit sécession; rien de plus normal. Tout le reste relève du politique et de supputation.


    M.L.

    • Michel Blondin - Abonné 25 juillet 2017 11 h 05

      Ce commentaire induit en erreur. C'est plutôt une affirmation politique.

      L'obligation de négocier de l'Etat fédéral et des provinces réunies devant un référendum Québécois par la loi sur la clarté C-20, dont les conditions sont déterminées après le fait par l'État central, sont d'une telle mauvaise foi, d'une telle ignomonie que votre affirmation est totalement et complètement dépourvu de véracité.


      La crédibilité de cette affirmation repose sur aucun texte de loi. Dire que le droit de sécession est reconnu en droit canadien devient une affirmation politique que la Cour suprême n'a pas voulu le moindrement y mouiller la moindre orteil.

      Ce qu'a dit le chef du Parti Québécois, Jean-François Lisée est que cette loi est un veto. Si l'on considère que la loi C-20 met un obstacle inadmissible sur le chemin de la prise en main du peuple québécois. Sur le plan figuré et politique, cette loi est un détournement ignoble de la démocratie et du « fair play » anglais. L'État centrale a l'avantage de la primauté de ses lois sur celle des provinces. Elles deviennent une forme nouvelle du désavoue constitutionnel.

      Bien sûr que constitutionnellement ce n'est pas une affirmation précise mais au plan politique c'est un véto. En preuve, Prince Edouard Island, de population comparable à Trois Rivières, par son seul vote peut bloquer toute proposition québécoise de souveraineté même dans le cadre fédératif.
      Un vœux du 24 décembre à minuit moins une.
      Quoi qu’on en dise politiquement, il n’y a pas de vrai dans le faux.

    • Michel Lebel - Abonné 25 juillet 2017 15 h 53

      @ Michel Blondin,

      La Cour suprême a jugé que toute province pouvait faire sécession, mais selon certaines conditions; la chose ne pouvait se faire unilatéralement. La Loi C-20 a repris la même argumentation. Ça, c'est sur le plan légal ou juridique.

      Au plan politique, c'est une toute autre affaire. Tout dépendrait du rapport de force entre le gouvernement fédéral et celui du Québec. Il n'est plus question ici de droit. C'est la force qui prime et est déterminante. C'est la pire des solutions pour un État démocratique, mais elle est possible. On peut penser que le coût humain, politique et économique serait toutefois énorme.

      Mais tout ceci ne sont que de hypothèses, des suputations. Nous sommes très loin de ces scénarios. Avec une question non équivoque et une majorité aussi non équivoque, les choses pourraient vraisemblablement se faire sans trop de casse. Mais nous ne sommes pas là! Pas du tout, et je ne souhaite pas.


      Michel Lebel

    • Michel Blondin - Abonné 27 juillet 2017 13 h 38

      Il est faux de dire que « le droit de sécession est reconnu pour toute province en droit canadien. La Cour suprême l'a bien affirmé ».

      Je réitère que cet énoncé, explicitement et en absolu, n’est pas juridique mais politique. De là, que cet énoncé prétendu connu de Jean François Lisée devient doublement un énoncé politique.

      Juridiquement de façon explicite, jamais la Cour suprême n’a jamais écrit que « le droit de sécession est reconnu ». Il n’y a pas de droit absolu à la sécession ni certitude (paragraphe 97 : en référence aux parties de l’avis sur le renvoi à la sécession. SCR-2, 20 août 1998).
      Elle ne le ferait jamais sans y mettre quelques autres éléments que votre énoncé ne met pas en évidence. C’est donc un énoncé dont le bout manquant est tellement important qu’il le discrédite. Ces éléments, dis-je, sont tellement contraignants que cela résulte en une foire d’empoigne, majorité claire canadienne (93) et unanimité des provinces en prime, etc. Croire et rêver ont des limites en droit.

      Selon la définition (paragraphe 83) de la sécession de la Cour suprême, il n’y a pas de droit à la sécession, tout court. Ce qui est admis comme avis de 1998 par la Cour suprême est notamment:
      1-« la sécession exige la négociation d’une modification. 97;
      2- Il faut que la modification soit en conformité avec la Constitution 104;
      3- Or, la constitution est muette sur le processus de sécession. 84;
      4- De plus, elle est « ni contestable ».32.

      Quand au scénario d'un rapport de force de l'effectivité, à voir Jean Chrétien dans tous ses états la veille des résultats de 1995 en compagnie de Sheila Copps et ministres réunis, la peur de la réussite du oui avait un sens du réalisme qu'il peut exister. De là, le mot de Lisée de la faire par l'effectivité.

  • Pierre Bertrand - Abonné 25 juillet 2017 08 h 27

    Revenons-en !

    Pour ma part je crois que De Gaule s'est émiscé dans un mouvement déjà en marche. Il n'est pas l'initiateur du mouvement et je trouve dommage que des Québécois un peu trop colonisé ne cesse d'attribuer aux français des actions qu'ils n'ont jamais fait pour le Québec, ni dans le passé, ni dans le présent et probablement encore moins dans le futur. Notre autonomie commence par cesser de se tourner vers des sauveurs comme la France qui n'a jamais rien fait pour aider qui que ce soit à moins que cela ne lui rapporte. Faut relire l'histoire de l'Afrique pour bien comprendre les intentions réelles de la France dans ses relations internationales. Alors cessons de nous diminuer en attribuant à d'autres notre marche vers la survie de notre peuple. De Gaule ni est pour rien !

  • Jean Lapointe - Abonné 25 juillet 2017 08 h 32

    Heureux de constater que Jean-François Lisée ne lâche pas lui

    «Brandissant le spectre d’une fuite des capitaux, Desmarais lui fait écrire une phrase-choc : Johnson ne construira pas de « muraille de Chine » autour du Québec. Ce sera le lendemain en une de La Presse, que Desmarais vient d’acheter.» (Jean-François Lisée)

    Allons-nous en finir une fois pour toutes avec la famille Desmarais qui s'est arrogée le droit de nous mener par le bout du nez? C'est que certains de ses membres sont encore là et bien actifs.

    On voit très bien que nous ne sommes pas vraiment en démocratie parce que ce sont des forces occultes qui priment sur la volonté du peuple pour protéger leurs propres intérêts.

    Merci monsieur Lisée de nous rappeler cet évènement. Il a été sans doute très déterminant pour la suite des choses.

    Comment s'étonner alors que bien des Québécois finissent par se décourager. Nous frappons toujours le même mur.

    Je suis heureux de constater que vous vous ne lâchez pas au moins.

    On ne saurait en dire autant malheureusement de Justin Trudeau, Phippe Couillard et Denis Coderre entre autres et de la plupart des médias.