La transition passe par l’accès au gaz naturel

En convertissant les installations de l'usine de Sainte-Claire au gaz naturel, c’est l’émission de 6000 tonnes de GES qui est évitée annuellement, remarque l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En convertissant les installations de l'usine de Sainte-Claire au gaz naturel, c’est l’émission de 6000 tonnes de GES qui est évitée annuellement, remarque l'auteur.

Dans son article paru dans Le Devoir du 19 juillet, Alexandre Shields dénonce le fait qu’une somme de 20 millions de dollars provenant du Fonds vert soit affectée à l’extension du réseau de distribution du gaz naturel de Gaz Métro au Québec. Depuis 11 années, je suis à la tête de Développement économique Bellechasse et je ne peux qu’être étonné qu’on ne saisisse pas la portée d’un tel investissement gouvernemental. La transition énergétique doit aussi se conjuguer à la sauce régionale.

Pour la première fois, l’hiver dernier, les entreprises et les institutions de Bellechasse ont pu profiter des avantages du gaz naturel. Les travaux de prolongement du réseau gazier entre les municipalités de Lévis et de Sainte-Claire, en passant par Saint-Henri et Saint-Anselme, s’étant finalisés au mois de janvier 2017, près d’une centaine de bâtiments avaient désormais accès à cette forme d’énergie plus compétitive et plus intéressante d’un point de vue environnemental.

Conscients des défis auxquels nos entreprises doivent faire face pour demeurer compétitives et même vivantes, nous avons entamé des démarches de sensibilisation auprès des gouvernements et de Gaz Métro il y a plus de 4 ans. L’arrivée du gaz naturel dans Bellechasse était nécessaire pour donner un nouveau souffle à nos entreprises, autrement nous savons que certaines d’entre elles auraient dû fermer leurs portes ou être relocalisées.

C’est donc en 2015 qu’un projet de 40 millions de dollars, financé notamment grâce à une contribution financière maximale de 17,5 millions de dollars de Développement économique Canada et du gouvernement du Québec, a été confirmé. En 2016, les travaux ont été exécutés, nous donnant ainsi cet accès tant espéré.

Non seulement le gaz naturel a permis aux entreprises et aux institutions de chez nous de participer à la transition énergétique en nous permettant de nous détacher des produits pétroliers et de réduire nos émissions de GES, mais il assure le maintien et l’essor économique de notre région.

Concrètement, l’accès à cette source d’énergie nous laissait entrevoir de nouveaux investissements régionaux de l’ordre d’environ 32 millions de dollars ayant à eux seuls le potentiel de générer plus de 150 emplois, tout en augmentant notre richesse collective de 15,5 millions de dollars.

C’est considérable pour une région comme la nôtre. Je suis persuadé que plusieurs collègues d’autres régions en diraient autant.

Quelques mois seulement après la mise en service du nouveau réseau, ces prédictions non seulement s’avéreront, mais pourraient même être dépassées. La preuve, le groupe Kerry annonçait récemment un investissement de 17 millions à son usine de Sainte-Claire pour la création d’une nouvelle ligne de production. Cet investissement massif permettra de consolider plus de 200 emplois dans la région en plus d’en créer une trentaine d’autres. […]

Si l’aspect économique est important, l’argument environnemental l’est tout autant. L’usine de Sainte-Claire était alimentée au mazout lourd et la nature du procédé ne permettait pas une conversion à l’électricité. En convertissant les installations au gaz naturel, c’est ainsi l’émission de 6000 tonnes de GES qui est évitée annuellement. C’est là certainement un élément qu’il faut considérer dans l’équation.

Chez nous, ces investissements et ces projets d’envergure se traduisent par des retombées réelles et directes. Des entreprises qui décident de rester dans la région, d’autres qui s’y installent, des travailleurs qui conservent leur emploi, des familles qui vivent mieux dans une communauté plus prospère. La transition, c’est aussi et, j’aimerais dire surtout, ça. Des petits pas qui font des chemins à plusieurs niveaux.

Faire mieux sur le plan environnemental et assurer un développement durable ne doit pas compromettre au passage la prospérité économique et la création de richesse de nos régions.

C’est vrai, certes, qu’il faut redoubler d’efforts dans le développement des énergies renouvelables et en matière d’efficacité énergétique, mais en attendant, il faut miser sur tout ce qui peut accélérer efficacement et dès maintenant la transition énergétique, en ville, comme en région.

[…]

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5 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 22 juillet 2017 06 h 57

    La transition galvaudée

    Alain Vallières évite de se questionner sur la provenance du gaz naturel. Celui-ci provient de plus en plus de schistes (shale gas) et son exploitation implique d'importantes fuites qui contribuent à l'effet de serre. Il ne comptabilise pas ces fuites dans son évaluation d'une réduction des émissions.

    Il prétend aussi à tort que la combustion du gaz naturel contribue à la « transition énergétique ». Il répète la même affirmation trompeuse que le ministre Pierre Arcand selon laquelle l'utilisation du gaz naturel accélérerait la dite transition. Alors qu'en réalité tout investissement dans les combustibles fossiles augmente notre dépendance à ces combustibles et retarde la transition vers des énergies renouvelables.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 23 juillet 2017 09 h 48

      C'est exact M. Beaulé que les combustibles fossiles augmentent notre dépendance et retarde la transition nécessaire vers des énergies propres et renouvelables. Nous ne le dirons jamais assez: le gaz naturel n'est pas une solution de transition acceptable aux changements climatiques.

      De plus, comme pour mieux nous imposer des décisions politiques incompatibles avec la santé et l'environnement, il est important de souligner que deux projets de port méthanier, situés au Saguenay et à Gaspé, sont en train d'être finalisés par le gouvernement Couillard.

      Après l'échec du partenariat entre les pétrolières et gazières Gazprom (gazière russe au centre de multiples procès pour corruption, imaginez les pots de vin!!!) et Petro-Canada (Suncor, Alberta) à Gros-Cacouna entreprise épaulée par le gouvernement Charest, voilà que le PLQ en remet avec deux projets de port méthanier dédiés à la liquéfaction, à l'entreposage, au transbordement (projet de Grande-Anse, Saguenay) et d'exportation (projet de Tugliq, partenaire de Petrolia, Gaspé) afin de sortir du Canada le gaz de schiste albertain et saskatchewannais.

      Sous des dehors de «transition» on nous ment et on spolie le Québec quant aux effets nocifs du gaz naturel, tout cela pour accommoder ces deux provinces de l'ouest.

      Selon David Suzuki, une sommité en matière d'environnement, l'émission de particules fines émises par les centrales au gaz, moins nocives dit-on, compromettent au plus haut point la santé humaine, car elles passent au travers tous les filtres corporels naturels de la respiration et s'introduisent profondément dans les poumons.

      En fait, toujours selon Suzuki, plusieurs études ont démontré qu'il n'y avait pas de limite sécuritaire d'exposition à ces substances émises par les centrales au gaz naturel. Et c'est sans compter ses effets sur l'environnement!

  • Robert Beauchamp - Abonné 22 juillet 2017 06 h 59

    rectitude s.v.p.

    La pression accentuée sur l'utilisation du gaz naturel favorise entre autre, par la subvention, une entreprise qui exploite le ''gaz de schiste''. Donc si j'ai compris, le gaz est moins polluant que d'autres sources, mais ce que je comprends aussi c'est que les produits utilisés pour l'exploitation du gaz de schiste nous empoisonnent. Les entreprises profitent généreusement des baisses d'impôts en R&D, et en plus des subventions? Le laxisme financier du gouvernement, et son laxisme en environnement nous coûtent trop cher.

  • Sylvain Auclair - Abonné 22 juillet 2017 10 h 39

    Ridicule!

    S'il est vrai que passer du mazout au gaz naturel peut, si tout va bien et si on néglige les nombreuses fuites de gaz lors de l'extraction et du transport, sembler diminuer la production de gaz à effet de serre d'origine géologique, il est bien plus vrai que l'étape suivante de la transition, quand on devra atteindre quelque chose comme 70 ou 80% de baisse de production de GES, nécessitera le démantèlement de tout ce beau réseau de distribution de gaz tout neuf. Et ça, c'est pour dans dix ou vingt ans, ce qui est déjà beaucoup. J'espère que vos comptables tiendront compte de cette période d'amortissement lors de l'établissement des états financiers de Gaz Métro...

  • Jean Richard - Abonné 22 juillet 2017 12 h 41

    Le mensonge du fonds vert

    Depuis sa création, le fonds vert aura surtout servi à participer à une dérive... Ajoutez-y les qualificatifs de votre choix.

    Le Québec, malgré l'étendue de son territoire, est passablement urbanisé. La mobilité urbaine, qui ne cesse de se dégrader, passe par des solutions aux antipodes de celles proposées par le gouvernement du Québec. La multiplication des voitures individuelles en pleine ville, telle que souhaitée par Québec, est un cul-de-sac. Or, à l'aide du fonds vert, Québec subventionne généreusement l'industrie automobile, une industrie dont les méthodes de production sont particulièrement destructrices de l'environnement. Mais comme il s'agit de pollution délocalisée, un pollution qu'on ne voit pas parce que les médias, dépendant de l'industrie automobile ne sont pas pressés de nous montrer, ça passe comme du beurre dans la poêle.

    Il y a d'autres problèmes environnementaux qui, parce qu'ils ne font pas partie du discours orthodoxe des émissions de GES, sont balayés sous le tapis. La disposition de nos matières résiduelles en fait partie. La récupération des résidus organiques piétine. Le recyclage, en particulier celui des matières à risque élevé, est un échec monumental.

    L'industrie la plus polluante du Québec, c'est l'agriculture. La production locale est en vive concurrence avec celle de pays aux normes moins contraignantes. Qu'y a-t-il dans le fond verts pour aider l'agriculture à modifier ses méthodes de production ?

    Finalement, la subvention à Gaz Métro est-elle vraiment la pire qu'on ait fait avec l'argent du fonds vert ? Peut-être pas (ce qui ne la rend pas moins discutable).