Le Canada a-t-il vraiment besoin d’une armée?

«À l’intérieur du pays, les soldats n’ont pratiquement toujours servi qu’en soutien à la sécurité civile pendant des catastrophes naturelles», remarque l'auteur.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «À l’intérieur du pays, les soldats n’ont pratiquement toujours servi qu’en soutien à la sécurité civile pendant des catastrophes naturelles», remarque l'auteur.

Face à la récente augmentation annoncée de 70 % des dépenses militaires en 10 ans, on peut se demander quelle est l’importance réelle de cette institution au Canada. En ce début de XXIe siècle, ce pays a-t-il besoin d’autre chose que d’une Légion étrangère et d’un bon département de sécurité civile ?

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a présenté récemment un plan dans lequel le budget de la Défense, qui est de 18,9 milliards de dollars, grimpera en une dizaine d’années à 32,7 milliards. Selon les prévisions du ministre, le Canada fera passer d’ici 2027 la proportion de son budget consacré à la défense de 1 % à 1,4 % de son produit intérieur brut (PIB). Or, les conflits les plus violents qui y sont prévisibles sont des actes terroristes asymétriques contre lesquels les dispendieux nouveaux avions et bateaux de l’armée seront inutiles.

[…] Une analyse sommaire des interventions de l’armée canadienne ces dernières années montre que les soldats font en général deux types d’interventions très spécifiques qui nécessitent des connaissances totalement différentes. À l’extérieur du pays, ils sont intégrés à diverses forces d’intervention des Nations unies ou de l’OTAN. À l’intérieur des frontières, ils s’occupent très majoritairement des catastrophes naturelles. Il y a 99 % de chances que les 88 nouveaux avions de chasse qui doivent coûter environ 19 milliards de dollars, les 15 navires de guerre au coût de 60 milliards et les 101 500 soldats que prévoit avoir l’armée canadienne ne soient utilisés en situation de combat qu’à l’extérieur du Canada. Quelle est leur utilité réelle, sinon que de faire plaisir au président américain Donald Trump, qui exige que le Canada consacre 2 % de son PIB à la défense en tant que membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ?

Pourtant, le gouvernement canadien plaide lui-même en réponse aux pressions de Washington que les pays membres de l’OTAN n’utilisent pas tous les mêmes règles comptables pour calculer leurs contributions. Le ministère de la Défense nationale affirme même disposer de données qui démontreraient que le budget militaire canadien serait même beaucoup plus élevé que celui d’autres pays de l’OTAN en utilisant des règles de calcul comparables. Alors, pourquoi gaspiller tout cet argent ?

Utilisation en dernier recours

À l’intérieur du pays, les soldats n’ont pratiquement toujours servi qu’en soutien à la sécurité civile pendant des catastrophes naturelles. Force est de constater que ces soldats sont peu adaptés à faire des interventions pour aider les civils à bâtir des digues. L’armée canadienne a de plus une solide réputation d’intolérance et de misogynie qui ne s’estompe pas. L’incident survenu à Halifax le 1er juillet entre des militaires et des autochtones n’en est qu’un autre exemple. Pendant un événement spirituel que les membres des Premières Nations tenaient au pied de la statue du gouverneur britannique de la Nouvelle-Écosse Edward Cornwallis, cinq militaires sont venues en brandissant le « Red Ensign », soit l’ancien drapeau canadien. Ils ont chanté l’hymne national britannique en marchant vers les autochtones. Les autorités militaires ont eu beau se confondre en excuses, le mal était fait. Ces soldats ont en quelque sorte actualisé la signification de cette manifestation qui dénonçait les honneurs faits à Edward Cornwallis, un homme qui avait offert une récompense à ceux qui lui ramèneraient des scalps de Micmacs.

Au Canada, l’armée est actuellement utilisée en dernier recours dans des situations qui ne concernent pas son rôle militaire. Plutôt que d’embaucher 3500 nouveaux soldats à temps plein et 1500 réservistes à temps partiel, le gouvernement fédéral ne ferait-il pas mieux de mettre ces ressources humaines dans la sécurité civile ? En mai, plus de 146 municipalités, de l’Outaouais jusqu’en Gaspésie, étaient touchées par des inondations. Plutôt que d’y déployer plus d’un millier de soldats dont la formation est axée principalement sur la guerre, le fédéral aurait pu y envoyer des employés fédéraux spécialisés dans la sécurité civile. Les dégâts causés par ces désastres naturels empirent d’année en année et il n’y a rien qui laisse présager que cette situation change d’ici la fin du siècle. Une force fédérale d’intervention spécialisée pour les prendre en charge serait un bon investissement.

C’est la Sûreté du Québec et non l’armée qui aurait dû régler la crise d’Oka en juillet 1990. Les méthodes de ce corps policier utilisé pendant cette intervention ont d’ailleurs été revues en fonction des recommandations du coroner qui a rédigé un rapport sur le décès d’un agent dans ces événements. La mission la plus connue de l’OTAN au Canada est de suivre le traîneau du père Noël durant le temps des Fêtes et d’en faire rapport aux enfants. Est-il vraiment nécessaire de dépenser 33 milliards de dollars par année pour ça ?

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10 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 juillet 2017 07 h 09

    Dénaturer le Canada

    Dans toute l’histoire militaire du pays, le Canada a fait l’acquisition de plus de mille avions de chasse dont moins de cinquante ont été utilisés au combat : aucun durant la Guerre de Corée (1950-53), vingt-quatre durant la Première Guerre du golfe (en 1991), dix-huit durant la guerre du Kosovo (en 1999), aucun en Afghanistan (2001-2011), six ou sept en Libye (en 2011) et quelques autres depuis.

    Jusqu’ici, le Canada n’a déployé ses avions de chasse qu’en nombre limité et seulement lorsque la suprématie des airs était déjà acquise à ses alliés.

    Les 1 053 autres chasseurs bombardiers servent donc à décorer magnifiquement les hangars dans lesquels le Canada les a entreposés afin de les protéger des intempéries.

    Sur les 250 milliards$ de dépenses fédérales, la majorité de cette somme est incompressible. Pour accroitre les dépenses militaires de quinze-milliards$, le choix de l’État fédéral sera entre hausser de beaucoup la fiscalité des particuliers ou effectuer des coupures draconiennes dans les postes budgétaires autres que celui de la Défense nationale.

    Sous les motifs obscurs d’engagements internationaux, ce dont il est question est d’obliger le Canada à revêtir volontairement une camisole de force budgétaire qui le condamne à appauvrir son propre peuple pour engraisser le complexe militaro-industriel américain.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 juillet 2017 15 h 44

      ...Pour accroître les dépenses militaires de quinze-milliards$ _par année_

  • Chantale Desjardins - Inscrite 21 juillet 2017 08 h 28

    On entend jamais le mot P A I X

    Quand avez-vous entendu un politicien parler de la P A I X?
    Pourquoi ne pas changer le mot GUERRE pour celui de P A I X?
    Si la planète travaillait pour la paix dans le monde, on enverrait un message positif et on changerait le moral des citoyens de la planète.

    • Marc Therrien - Abonné 21 juillet 2017 17 h 45

      En parlant fréquemment d'accueil et de tolérance, ne pensez-vous pas que Justin Trudeau et Philippe Couillard nous disent comment faire la paix pour l'avoir?

      Marc Therrien

  • Bernard Terreault - Abonné 21 juillet 2017 08 h 32

    Gros bon sens

    Reflète parfaitement ma pensée.

  • Hélène Paulette - Abonnée 21 juillet 2017 10 h 36

    Pourquoi l'armée?

    Il faut bien avouer que l'armée sert en tout premier lieu des intérêts financiers. Et pour faire passer la pilule, l'industrie de l'armement offre les meilleurs salaires. Qu'est-il advenu du mouvement pacifiste qui avait réussi à faire diminuer les dépenses miltaires dans les années 70-80?
    Qui ne dit mot consent!

  • J-Paul Thivierge - Abonné 21 juillet 2017 10 h 53

    Création d'emplois

    Aux É-U on dit que 80 G$ sont dépensés annuellements pour plusieurs dizaines de millions de personnes dans les activités millitaires de ce pays qui se prend pour le grand pacificateur planétaire... l'arée de É-U mondialise ses activités ça crée des millions d'emplois directs et indirects dont une bonne partie semble de l'aide sociale aux populations peu instruits ou illettrés dont la majorité sont mal payés.
    Au Canada, notre armée ( royale selon le PCC de Harper ) compterait moins de 100,000 personnes fait travailler ces personnes dont la plupart sont bien recrutés, bien formés et bien bien instruits pour des mission de surveillance de sauvetage et de paix. C'est de la création d'emplois qui génère des revenus à des milliers d'entreprises et de fournisseurs en finalité ces personnes paient leurs taxes et impôts qui restent ici un peu comme des dépenses d'infrastructures qui doivent être entretenues et maintenues en bon état pour servir si requis ... donc les hausses de dépenses doivent être au niveau des hausses de l'IPC et pour les personnes évidemment que la sécurité civile et la réserve en plus des corps policiers doivent être considérés au pro rata de la population ... Il y a plus de citoyens en Californie ( 36 M que dans tout le Canada 33 M ) .