Culture du viol: à toi qui parles trop fort

« J’ai parlé publiquement de mon agression, moi aussi. On m’a poussée dans le dos pour que je porte plainte, et je comprends. Un viol, c’est un crime », écrit Alice Paquet.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir « J’ai parlé publiquement de mon agression, moi aussi. On m’a poussée dans le dos pour que je porte plainte, et je comprends. Un viol, c’est un crime », écrit Alice Paquet.

Chère toi qui parles trop fort, chère toi qui déranges. Je t’écris pour te dire que tu parles juste bien fort comme il faut, et que tu déranges comme on a besoin d’être dérangés. Je t’écris pour te dire que tu es plus forte que le courant de la rivière. Que tu es la montagne, le pic de la montagne, tout ce qui existe de plus grand, de plus haut.

Je t’écris pour te faire la promesse que les doigts de ton agresseur ne resteront pas gravés sur ta peau pour toujours. Les gens qui t’écrivent du bas de leur inconfort, qui vident leur bedon plein de mots méchants sur les réseaux sociaux sont ignorants. Ils sont ignorants. Pour te dire qu’avec le courage vient souvent la peur et que dénoncer une agression sexuelle, c’est nager à contre-courant.

Je travaille présentement à approfondir le sujet de la dénonciation publique dans un collectif féministe. En gros, nous sommes à la recherche de solutions de rechange au système de justice en ce qui a trait aux agressions sexuelles. On tente de sonder les recoins qui se peuvent, s’il en existe finalement.

Solutions

Dénoncer publiquement une agression sexuelle fait partie de la courte liste des solutions. Personnellement, cette voie me semble être celle de l’instinctif. Elle laisse place à une montée de boucliers, notamment sur les réseaux sociaux, et c’est exactement la raison pour laquelle j’écris cette lettre aujourd’hui.

Je voulais que tu saches, toi qui pitonnes des mots lourds, des jurons. Toi qui craches ta haine des femmes en majuscules, qui te plais à nous rappeler que barrer notre entre-jambes à clé est une bonne manière de ne pas se faire agresser. Toi qui m’as aussi écrit des messages privés pour me dire ce que tu allais faire de ton pénis au moment où tu me verrais. Toi qui recommences chaque fois qu’une femme dénonce une agression. Toi qui nous pousses dans un bassin d’hésitation et de culpabilité. Qui trouves aussi que le consentement « gâche le moment » et que ça se sent de toute façon, ces affaires-là.

« Pas besoin de le demander », que tu me dirais. Toi qui retires le condom pendant l’acte. Qui nous demandes d’aller consulter pour qui nie l’existence du boys’ club, aussi, cet illustre groupe d’hommes qui préférerait les femmes muettes. Qui nies tes privilèges avec toute la violence du monde.

Permettez-moi de vous dire que ces réactions me semblent être celles non seulement d’hommes et de femmes (eh oui, de femmes) qui se sentent attaqués, mais qui, surtout, nagent dans un profond déni, celui où vous pointez du doigt et où je ne sais quels mécanismes de défense vous font déblatérer des âneries. Vous criez comme si votre vie dépendait de notre silence.

Ressac

J’ai parlé publiquement de mon agression, moi aussi. On m’a poussée dans le dos pour que je porte plainte, et je comprends. Un viol, c’est un crime. C’est donc logique que ce soit laissé entre les mains de la justice. Sauf qu’on ne nous croit pas. Et le fardeau de la preuve nous incombe.

L’enquête vous laisse seule avec toutes vos craintes et vos doutes. Et je vous assure que le sentiment d’isolement est total, même lorsqu’on devient le centre d’attention national pour quelques jours.

À quel moment es-tu montée à sa chambre ? La scène du non est la plus importante, bien sûr : la tonalité de ta voix, la force physique a-t-elle été employée, comment a-t-il réagi ? Peut-être avait-il un problème de surdité, sait-on ! Et la couleur des murs ? Jaune pâle ? Pervenche ? Réséda ? Ventre de biche ? Les cadres dans la pièce étaient situés à quelle hauteur ? Combien de verres ? Et ta vie sexuelle, elle ressemble à quoi ? Attache ta tuque, parce que si tu as plus de partenaires sexuels que de doigts, tu courailles, et c’est mauvais signe pour la suite.

Je tiens à souligner, encore une fois, que les travailleuses du sexe qui se font violer se font immédiatement faire la morale. D’une manière ou d’une autre, comme vous dites, on ne fait que se victimiser. On est des féministes frustrées, des mégères ou des enfants qui se plaignent pour tout et surtout pour rien. Voyez comme ça sonne bien ?

Chère toi qui déranges, tu déranges comme on a besoin d’être dérangés. Tu as bien fait de parler, de l’écrire, de le chanter. Ramenons le sujet de la culture du viol sur la table le plus souvent possible. On dit que j’ai ouvert un chemin pour le débat. Quant à moi, j’ai l’impression d’être à mi-chemin. Lorsque vous écrivez vos commentaires gratuits et méchants sur les réseaux sociaux, vous prouvez mon point. Et je vous pointe du doigt sans remords, parce que vous êtes si loin de la réalité.

Cher toi qui pitonnes, qui as l’écran comme rempart. Qui t’en donnes à coeur joie lorsqu’une femme parle fort, en nous rappelant qu’on met tous les hommes dans le même panier de toute façon. Tu trouves peut-être qu’on se répète, qu’Alice Paquet et ses amies ne sont là que pour répéter la même cassette depuis un an avec le soutien de tous les groupes et mouvements que tu n’aimes pas. Mais si notre discours semble banal ou répétitif pour certains, cela en dit plus long sur l’ampleur du problème auquel nous faisons face que sur nos capacités à nous exprimer ou à partager des idées originales. Et tant que nos interventions susciteront un tel ressac chez les soldats du clavier et les misogynes plus ou moins assumés, nous serons là pour nous défendre. Nous serons là pour appuyer celle qui dérange.

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15 commentaires
  • Céline Delorme - Abonnée 14 juillet 2017 09 h 53

    Aide aux victimes

    Aux victimes qui seraient troublées par cet article, vous pouvez faire appel à l'organisme: CALACS. Ou au autre organisme de votre région spécialisé pour l'aide aux victimes d'agressions sexuelles.
    Il est important de se rappeler, comme le dit Mme Paquet, que le témoignage en cour est très difficile, le fait de s'adresser aux médias aussi, et le soutien de professionnelles expérimentées est d'une grande aide à la victime pour prendre ses propres décisions, telle que porter plainte, ou non, dans certains cas, de s'adresser aux médias, ou non...et autres décisions personnelles.
    La priorité étant de "reprendre du pouvoir sur sa vie."
    Citation du mémoire des CALACS, disponible sur internet: "L’approche des CALACS s’inspire de l’intervention féministe qui vise la reprise de pouvoir des femmes sur leur vie en respectant leur choix. "

  • Maxime Parisotto - Inscrit 14 juillet 2017 13 h 18

    La culture du viol...et ça se dit féministe...en tout cas pas humaniste

    La généralisation est un symptome de fainéantise intellectuelle...

    • Stéphanie Deguise - Inscrite 14 juillet 2017 17 h 12

      N'importe quoi.

    • Patrick Papineau - Abonné 14 juillet 2017 17 h 56

      Toujours présent pour critiquer et insulter, ce M. Parisotto. On sait que vous ne faites partie d'aucune solution...

    • Maxime Parisotto - Inscrit 15 juillet 2017 15 h 55

      @ Stéphanie Deguise

      N'importe quoi?

      C'est tout ce que vous avez à me répondre?
      Aucun argument pour défendre INTELLECTUELLEMENT l'existence d'une soi-disant culture du viol?

      La paresse intellectuelle semble atteindre beaucoup de gens de nos jours.

      Dans une société libre, les débats d'opinions sont importants, mais ça prend des arguments. Une pensée. Des idées.
      Rien de tout ça ici.

      Trois imbéciles écrivent à Mme Paquet en se tenant le "zouiz" et soudain, on vit dans une culture du viol? Franchement!

      La culture du viol est un concept qui suppose que les violences sexuelles sont socialement banalisées voire encouragées/mises en valeur.
      À vous de vous faire votre opinion selon les faits. Mais n'oubliez pas, exagérer pour argumenter n'a jamais fait avancer une cause.
      La cause féministe mérite mieux que ça.

    • Maxime Parisotto - Inscrit 15 juillet 2017 16 h 07

      @ Patrick Papineau

      Ah ouais...insulter? J'ai insulté qui au juste?
      Calme toi mon gars, on se connait pas et je te permet pas.
      Quand à critiquer...mets-en!
      Quand je suis pas d'accord je le dit.
      J'insulte pas. À l'occasion j'argumente. Souvent je fais preuve de sarcasme. C'est mal?

      Je ne fais partie d'aucune solution? Ah oui?
      Bon, pour commencer je ne fais pas partie du problème. C'est pas si mal, non?
      Et toi?

      Ensuite, personnellement, je me considère comme féministe. Il y a beaucoup de choses à changer/à améliorer. Mais je ne suis pas un militant, désolé. Mais le concept fallacieux de culture du viol m'irrite au plus haut point. Le féminisme mérite mieux.
      Je le dis c'est tout. Avec tout le respect que je dois à Mme Paquet.
      Je m'attaque aux idées, pas aux personnes.

    • Marc Lévesque - Abonné 16 juillet 2017 10 h 42

      Maxime Parisotto,

      "La culture du viol...et ça se dit féministe...en tout cas pas humaniste"

      Pourquoi croyez vous qu'utilisé un nom hyperbolique pour référer à un concept implique qu'elle n'est pas humaniste et qu'on peut douter de son féministe?

  • Marc Therrien - Abonné 14 juillet 2017 16 h 28

    Les exceptions de méchanceté confirment la règle générale de la bonté


    Ce qu’on peut espérer des efforts d’un groupe de personnes qui se réunissent pour former un collectif ou mouvement social visant à combattre ce qu’il y a encore de misérable dans la condition humaine, c’est qu’ils ne nous amènent pas à désespérer de l’humanité et à ne plus croire en la bonté présente chez la grande majorité des membres qui la composent. C’est par la conscience des exceptions qu’on peut confirmer cette règle générale et il faut surtout éviter de transformer les exceptions en règle générale.

    C’est ainsi, que l’on peut retenir cette phrase de sagesse du poète Ralph Waldo Emerson quand vient le temps de « sortir publiquement » : « What you do speaks so loudly that I cannot hear what you say ». Vos actions parlent si fort, que je ne peux plus entendre ce que vous dîtes.

    Marc Therrien

    • Maxime Parisotto - Inscrit 15 juillet 2017 16 h 17

      Meilleur argumentaire contre l'existence de la culture du viol ici...!

  • Maxime Parisotto - Inscrit 15 juillet 2017 16 h 13

    Je m'excuse si j'en choque certains par mes propos...et oui...plusieurs opinions existent...malheureusement vous n'y pouvez rien même si vous considérez être les seuls à penser comme il faut...

  • Huguette Gagnon - Abonnée 15 juillet 2017 19 h 51

    Huguette Gagnon, abonnée

    L'auteur de cet article oublie de dire qu'une personne, qui a débuté une relation sexuelle consentante et qui devient mal à l'aise par la suite, doit le faire savoir à son partenaire. En effet, si elle ne manifeste pas son désaccord lorsque le malaise survient, il est impossible pour le partenaire de savoir qu'il y a désaccord: dans ces circonstances, il ne peut y avoir agression sexuelle. En effet, le partenaire n'a jamais su que l'accord du début de la relation a changé pour devenir un désaccord. Toute personne qui parle de dénonciation publique d'une agression sexuelle doit avoir à coeur de dire qu'il ne faut surtout pas salir injustement la réputation d'une personne. Il est important de dire que, si le partenaire n'a pas été mis au courant que la relation sexuelle consentante s'était transformée par la suite en un désaccord, c'est porter atteinte injustement à la réputation du partenaire que de faire une dénonciation publique.

    • Maxime Parisotto - Inscrit 15 juillet 2017 21 h 45

      j'ai déjà entendu, et lu, des féministes qui, au contraire, expliquent que même un an après, la femme peut décider que non...finalement elle était pas si d'accord que ça dans le fond...elle est plus trop sûre, sur le moment elle était d'accord mais maintenant elle regrette...enfin bref...et bien que dans ce cas c'est une agression sexuelle...

      C'est une question délicate tout ça...un peu plus compliqué que ce que plusieurs veulent nous faire croire...

    • Marc Therrien - Abonné 15 juillet 2017 21 h 59

      Et il faudra bientôt être capable de parler calmement de la possibilité des regrets qui peuvent survenir après la relation sexuelle lorsque la"victime" réalise qu'elle s'est "donnée" suivant une promesse d'amour qui ne se réalisera pas. L'agression du coeur peut alors ajouter à la souffrance.

      Marc Therrien