La discrimination insidieuse envers les trans

Selon les auteurs, les personnes trans partagent pour la plupart un même problème: une difficulté réelle à se trouver un emploi et, lorsqu’elles en ont un au moment de leur transition, à le conserver.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon les auteurs, les personnes trans partagent pour la plupart un même problème: une difficulté réelle à se trouver un emploi et, lorsqu’elles en ont un au moment de leur transition, à le conserver.

Une personne trans est un être humain sain d’esprit dont l’identité de genre et l’expression de genre diffèrent du sexe qui lui a été assigné à la naissance par le médecin accoucheur.

Selon les formes prises par cette identité et cette expression de genre, ces personnes sont parfois appelées « travesties », « transgenres » ou « transsexuelles ». En cela, elles se positionnent à l’extérieur des stéréotypes de genre considérés comme allant de soi au sein de plusieurs sociétés.

Au-delà de ces étiquettes inutiles entretenues par la culture populaire et une curiosité malsaine, les personnes trans partagent toutes, pour la plupart, un même problème triste et criant : une difficulté réelle à se trouver un emploi et, lorsqu’elles en ont un au moment de leur transition, à le conserver.

De nombreuses recherches ont, en effet, documenté ces difficultés pourtant inacceptables dans une société de droit se disant « évoluée ». Et pourtant !

Le Québec célèbre le premier anniversaire de la modification de la Charte des droits et libertés de la personne pour y introduire comme motif explicite de discrimination interdite l’identité et l’expression de genre. Si certains ou certaines de nos concitoyens ou concitoyennes pourraient croire que nous en avons déjà assez fait (pour ne pas dire même « déjà trop fait »), il faut savoir que la discrimination à l’égard des personnes trans est encore très présente dans les milieux de travail et que les formes d’agression que rencontrent ces dernières ne sont pas toutes exprimées de manière ouverte et physique.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les personnes trans sont régulièrement l’objet de moqueries, de commentaires déplacés et parfois aussi, il faut le dire, de harcèlement psychologique et sexuel, et cela, tant de la part de leurs collègues de travail que de leurs propres clients ou clientes et anciens ou anciennes associés.

Dans certaines organisations, les personnes trans sont systématiquement écartées des processus d’embauche et elles sont automatiquement congédiées lorsqu’elles annoncent à leur employeur leur désir de vivre selon le genre auquel elles s’identifient. Dans d’autres organisations, les personnes trans sont appelées « Madame-Monsieur » et elles sont confinées aux toilettes unisexes réservées aux personnes handicapées.

Ces tristes réalités sont trop peu connues, car la plupart des organisations font beaucoup d’efforts pour ne pas mal paraître et pour cacher la discrimination insidieuse qui y perdure encore. On ne dit pas aux personnes trans qu’elles ne sont pas bienvenues dans l’organisation, mais on leur met partout des bâtons dans les roues : « Nous sommes désolés, mais il n’y a pas de jupe en taille XXXL au magasin d’uniformes. »

Un label « Trans Inside »

Maintenant que le Québec célèbre la toute dernière modification de la Charte des droits et libertés de la personne en vue de mieux protéger les personnes trans, nous croyons qu’il est désormais temps de mettre en place un label « Trans Inside » et d’en faire la plus ardente des promotions.

Garantissant à tous les membres de la société civile que l’organisation ne fait pas que respecter ses obligations légales à l’égard des personnes trans, mais qu’elle leur fait bel et bien une « vraie » place où elles peuvent s’épanouir tant personnellement que professionnellement, un tel label ne pourrait qu’aider à lutter contre les discriminations insidieuses aujourd’hui encore trop nombreuses. Dans les forêts luxuriantes, la vie croît et se propage là où la diversité règne. Il est grand temps que dans nos organisations nous le comprenions et le valorisions réellement.

13 commentaires
  • Diane Guilbault - Abonnée 11 juillet 2017 08 h 57

    Science ou militantisme?

    En affirmant d’entrée de jeu que le sexe est assigné à la naissance, ces deux professeurs perdent toute crédibilité. En effet, le sexe n’est pas assigné à la naissance, il est constaté. Le médecin accoucheur ne choisit pas le sexe du bébé dans la liste du jour… Sans compter que la majorité des parents de nos jours connaissent le sexe de leur enfant avant même sa naissance.
    Avec une telle introduction, on nage dans le militantisme et non dans la science.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 11 juillet 2017 13 h 15

      ''Le médecin accoucheur ne choisit pas le sexe du bébé''


      J'allais écrire la même chose.

      On assigne une chose en choisissant parmi plusieurs possibilités (une tâche au travail, un siège dans une salle de spectacle), mais a la naissance d'un enfant on ne fait que constater la physionomie du bébé pour l'identifier.

      De plus les auteurs qualifient ''d'insidieuse'' la discrimination que peuvent subir les transgenres en matière de travail.

      Ce qualificatif est pour le moins très mal choisi puisque parmi les synonymes qu'on retrouve pour ce terme on retrouve -fallacieux, faux, fourbe, illusoire, mensonger, sournois, traître-.

      Tous des qualificatifs qu'on peut très bien trouver qu'ils s'appliquent bien a la personne transgenre. Donc un choix de mots qui essai d'inverser le sens de la situation. Ce qui pour le moins est sûrement pas une façon professionnelle d'identifier l'inconfort qu'un employeur peut avoir face a une personne trans. Et encore moins une façon de réduire cet inconfort. Le but étant clairement de fabriquer une position de victime a la personne transgenre.

    • Marc Levesque - Abonné 11 juillet 2017 15 h 49

      Mme Guilbault et M. Arès,

      La science génétique et la biologie ne sont pas d'accord avec vous.

      Environ 1 enfant sur 100 n'est pas clairement femelle ou mâle, et donc dans ces cas c'est bien souvent le médecin qui "assigne" de façon plus ou moins arbitrairement le sexe de l'enfant.

      Mais heureusement de nos jours les médecins pratiquent de moins en moins de chirurgie à la naissance pour 'corriger' les enfants dont la sexualité est ambiguë. En somme, je crois que le mythe du sexe binaire cause plus de problème que ceux qu'il est supposé de régler.

      http://www.isna.org/faq/frequency [anglais]

    • Diane Guilbault - Abonnée 12 juillet 2017 11 h 29

      @Marc Lévesque. À quoi sert votre comparaison avec les personnes intersexes? Les personnes trans ne sont pas des personnes intersexes. Donc il n'y a pas eu erreur de constatation à la naissance.
      Par ailleurs, le chiffre que vous citez ( 1/100 naissances) inclut les personnes dont le sexe est clairement établi mais chez qui il pourrait y avoir, par exemple chez une fille, un ovaire manquant. Les cas ambigus d'enfants intersexes sont beauoup plus rares.
      Enfin, le sexe binaire n'est pas un mythe : les humains se reproduisent encore grâce à la binarité des sexes.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 12 juillet 2017 14 h 00

      Le lien que vous donnez est celui de l'Intersex Society of North America.

      A voir le site il est bien clair qu'il en est un de militantisme qui fait la promotion de l'identification sexuel a la carte. A l'évidence ils retiennent les chiffres et les données qui coïncides avec leur but.

      Le chiffre d'une personne sur 100 que vous retenez concernent ''Total number of people whose bodies differ from standard male or female''

      Avoir la moindre petite anomalie du modèle d'une personne parfaitement normale ne nous place pas immédiatement dans l'incertitude d'identification. Loin de là.

      De plus ce chiffre se base largement sur le ''Late onset adrenal hyperplasia''. Hors pour l'Europe la prévalence de la chose est de 1/15,000. De plus bien que les garçons et filles puissent en être diagnostiqués, seules les filles peuvent avoir une conséquence lié a cette anomalie. La prévalence avec conséquences concerne donc qu'une personne sur 30,000 en Europe.

      Une entreprise qui se titre de ''Intersex Society'' ne peut être une référence scientifique, même s'ils font tout pour en avoir le verni.

    • Marc Levesque - Abonné 12 juillet 2017 15 h 26

      Mme Guilbault,

      "À quoi sert votre comparaison avec les personnes intersexes?"

      Vous avez dit "En affirmant d’entrée de jeu que le sexe est assigné à la naissance, ces deux professeurs perdent toute crédibilité" et je répondais à cela. Le docteur assigne bien le sex selon son diagnostique, et dans environ un cas sur 1800 il doit appeler un spécialiste pour décider.

      "Les personnes trans ne sont pas des personnes intersexes. Donc il n'y a pas eu erreur de constatation à la naissance."

      Il peut y avoir des personnes trans qui étaient 'intersexe' à la naissance ou diagnostiquer plus tard. Beaucoup des différences sexuels ne sont pas apparentes visuellement.

      "Par ailleurs, le chiffre que vous citez ( 1/100 naissances) inclut les personnes dont le sexe est clairement établi mais chez qui il pourrait y avoir, par exemple chez une fille, un ovaire manquant. Les cas ambigus d'enfants intersexes sont beauoup plus rares."

      Vous avez raison, le chiffre 1 sur 100 inclus toutes les variantes médicales connues. Ce qui n'empêche pas qu'environ un enfant sur 1000 subit une opérations pour normaliser ou assigner un sexe.

      "Enfin, le sexe binaire n'est pas un mythe : les humains se reproduisent encore grâce à la binarité des sexes."

      Les humains se reproduisent sexuellement mais il n'y a pas de moule binaire: soit le modèle mâle ou le modèle femelle, la nature est beaucoup moins catégorique que ça.

    • Marc Levesque - Abonné 12 juillet 2017 15 h 56

      M. Arès,

      Pour clarifier. 1 sur 100 inclus toutes les variantes répertorier. 1 sur environ 1500 réfère aux enfants qui subissent une opération pour normaliser ou assigner un sexe. (c'est entre 1 sur 1000 ou 1 sur 2000 selon la méthose de calcul)

      Le site 'Intersex Society of North America' est en premier un site de resources et d'information pour les gens qui ont subit une opération à la naissance pour leurs assigner un sexe.

      Et pour la référence scientifique il y en a plusieurs et vous n'aviez qu'a suivre un des liens sur le site. Par example:

      https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/11534012

  • Anne-Marie Bilodeau - Abonné 11 juillet 2017 09 h 36

    Et , la discrimination envers les femmes?

    "Dans les forêts luxuriantes, la vie croît et se propage là où la diversité règne. "

    Dans les forêts luxuriantes, il n'y a aucun animal qui demande un changement de sexe...Ils sont trop occupés avec leur survie pour s'adonner à ce genre de lubies typiquement humaines...
    Comme si le transgenrisme avait quelque chose à voir avec la diversité de la nature. C'est bien plutôt le contraire!

    Et que faites-vous messieurs de la discrimination envers les femmes que crée le transgenrisme? Dans les compétitions sportives, alors qu'il y a une iniquité entre les trans qui compétitionnent dans les équipes féminines? Et la sécurité des femmes et des filles dans les espaces qui leur sont réservés? Et la protection des enfants qui sont bien trop jeunes pour faire un choix éclairé?

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 juillet 2017 07 h 18

      Il y a un fort taux de suicides parmi les trans «contrariés». Il me semble que le problème que vous soulevez est moins important que la vie de ces gens, et qu'il pourrait être résolu autrement.

  • Anne-Marie Bilodeau - Abonné 11 juillet 2017 09 h 36

    Et , la discrimination envers les femmes?

    "Dans les forêts luxuriantes, la vie croît et se propage là où la diversité règne. "

    Dans les forêts luxuriantes, il n'y a aucun animal qui demande un changement de sexe...Ils sont trop occupés avec leur survie pour s'adonner à ce genre de lubies typiquement humaines...
    Comme si le transgenrisme avait quelque chose à voir avec la diversité de la nature. C'est bien plutôt le contraire!

    Et que faites-vous messieurs de la discrimination envers les femmes que crée le transgenrisme? Dans les compétitions sportives, alors qu'il y a une iniquité entre les trans qui compétitionnent dans les équipes féminines? Et la sécurité des femmes et des filles dans les espaces qui leur sont réservés? Et la protection des enfants qui sont bien trop jeunes pour faire un choix éclairé?

  • Anne Arseneau - Abonné 11 juillet 2017 21 h 11

    Euh, il me semble y avoir un gros problème dès le début de ce texte:

    ...ce n'est pas le médecin accoucheur qui «assigne» le sexe, c'est la nature ! Le médecin accoucheur ne fait que constater ce qu'il voit...

    Franchement !

  • Marc Therrien - Abonné 12 juillet 2017 00 h 31

    Attention au double piège


    Je peux comprendre ces personnes souffrantes à risque d’exclusion sociale susceptibles de vivre un sentiment persistant d’extranéité, cette profonde impression de ne pas appartenir au monde duquel elles sont issues, d’y être étrangères. Une fois cette souffrance existentielle bien installée, il peut être difficile de la chasser pour que prenne place graduellement un sentiment d’exister plus épanouissant.

    Évidemment, il y a lieu de combattre les préjugés et stéréotypes sociaux qui contribuent à créer de l’exclusion. Cependant, en plus de la discrimination insidieuse qui guette la personne stigmatisée par sa différence éprouvée, l’autre piège auquel il faut être attentif est celui de l’auto sabotage. En effet, se rappelant Paul Watzlawick, il faut aussi faire attention de ne pas répondre à cette injonction paradoxale, titre d’un de ses livres: «Faites vous-mêmes votre malheur».

    Ainsi, ce qui peut être insidieux c’est aussi «qu’une idée, pour peu qu'on s'y accroche avec une conviction suffisante, qu'on la caresse et la berce avec soin, finira par produire sa propre réalité. » On peut décrire le cercle vicieux de l’auto sabotage comme suit : une identité et une estime de soi fragilisées par de nombreux sentiments de manque : d’amour, de confiance, d’espoir qui amènent une personne à être profondément convaincue qu’elle ne mérite pas d’être heureuse. Animée de cette conviction inébranlable qu’elle a à propos d’elle-même, bien qu’elle essaiera de vouloir améliorer les choses, elle mettra en scène des évènements et posera des actions dont les résultats confirmeront qu’elle avait bien raison de penser comme ça.

    Le risque avec le comportement militant ouvert et actif, c’est d’accentuer la crainte ou le rejet de ces personnes qu’on voulait atténuer par son activité militante de sensibilisation. Il y a donc un double piège possible : en voulant prouver une théorie sociale on peut confirmer en même temps une prophétie inéluctable sur soi-même.

    Marc Therrien

    • Marc Levesque - Abonné 12 juillet 2017 17 h 27

      " Ainsi, ce qui peut être insidieux c’est aussi «qu’une idée, pour peu qu'on s'y accroche avec une conviction suffisante, qu'on la caresse et la berce avec soin, finira par produire sa propre réalité. » "

      Très d'accord, sans oublier qu'en générale une réaction individuel qui tend vers 'l'auto-sabotage' est un comportement acquis de son entourage.