Justin Trudeau et Robert Bourassa, même combat

Lors des élections de 1973, le découpage de la carte électorale favorisé par Robert Bourassa a produit les plus fortes distorsions de l’histoire du Québec.
Photo: Fred Chartrand Archives La Presse canadienne Lors des élections de 1973, le découpage de la carte électorale favorisé par Robert Bourassa a produit les plus fortes distorsions de l’histoire du Québec.

À 45 ans de distance, les premiers ministres libéraux Justin Trudeau et Robert Bourassa ont utilisé les mêmes arguments éculés pour justifier leur refus d’instaurer un mode de scrutin à finalité proportionnelle. Quel exemple éloquent de stagnation politique.

Il y a quelques jours, le premier ministre Trudeau a tenté de justifier, une nouvelle fois, le refus de son gouvernement de respecter l’engagement que son parti avait pris, lors de la campagne de 2015, en promettant que ce serait la dernière élection tenue en vertu du système actuel, le scrutin majoritaire à un tour. La représentation proportionnelle serait mauvaise pour notre pays, a-t-il dit en substance, parce qu’elle conduirait à la fragmentation des grands partis politiques. (Entendons par là le libéral et le conservateur.)

C’est le même argument dont s’était servi le premier ministre québécois Robert Bourassa, en 1972, alors qu’il avait opté pour une réforme de la carte électorale plutôt que pour l’instauration d’un mode de scrutin proportionnel.

Ayant mis sur pied un comité d’étude sur la réforme électorale, le premier ministre n’eut rien de plus pressé que de rencontrer ses membres pour leur dire qu’il ne leur servait à rien de recommander l’instauration d’un scrutin à finalité proportionnelle, car il s’y opposerait.

Quant à la réforme de la carte électorale, visant à rendre égalitaires les votes des électeurs, elle a été mise en place à temps pour la tenue des élections de 1973. Mais, ô surprise, le nouveau découpage de la carte a produit les plus fortes distorsions de l’histoire du Québec. En effet, les libéraux ont obtenu 93 % des députés avec 55 % des votes, tandis que le Parti québécois a dû se contenter de 5,5 % des députés avec plus de 30 % des votes. Par la suite, des tentatives d’instaurer un scrutin à finalité proportionnelle ont échoué sous les gouvernements Lévesque et Charest.

Cynisme

Par ailleurs, M. Trudeau a indiqué clairement, lors de sa dernière déclaration, qu’il préférait l’adoption d’un scrutin préférentiel depuis le début du débat sur la réforme électorale. Mais il ne s’en était pas ouvert durant la campagne électorale, non plus que pendant les six mois qu’a siégé, en 2016, le comité parlementaire multipartite sur la réforme électorale qui avait pour mandat d’étudier toutes les possibilités. Ce dernier a alors entendu quelque 1300 intervenants qui se sont prononcés en forte majorité pour un scrutin proportionnel mixte avec compensation.

On se demande maintenant pourquoi le premier ministre a donné l’impression que toutes les options étaient sur la table alors que son opinion était faite depuis longtemps. Cet épisode est une énième illustration des raisons qui alimentent le cynisme des citoyens.

Cette saga de la réforme du mode de scrutin, qui dure depuis un demi-siècle au Canada comme au Québec, prouve une fois de plus que notre système démocratique restera bloqué aussi longtemps que la volonté populaire ne sera pas assez forte pour mettre au pouvoir, malgré les obstacles du système électoral en place, des formations politiques qui font passer l’intérêt commun avant leur intérêt partisan. Des partis aussi qui ne changent pas d’idée de façon opportuniste lorsqu’ils prennent le pouvoir, comme on l’a vu à quelques reprises ces dernières décennies.

5 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 30 juin 2017 11 h 22

    Heureusement...

    Heureusement que le veilleur perspicace que vous êtes persiste, justement, à veiller !!!

    Je vous en remercie !

  • Gilles Théberge - Abonné 30 juin 2017 11 h 47

    Moi J'ai confiance, je ne dis pas que je le crois, mais j'ai confiance en la parole de JF Lisée, qui s'est commis en ce sens. Et qui vraisemblablement va l'inscrire dans le programme du parti, cet été.

    En effet, pour l'observateur moyen, ce que je suis, il tombe sous le sens qu'une pluralité d'opinions présente à l'Assemblée Nationele, favoriserait un changement de paradigme, en attendant de changer de système.

    Et il n'y a qu'à l'Assemblée Nationale que l'on puisse opérer un tel changemet. Qui aura d'ailleurs un effet sur le gouvernement canadian. Ce ne sera pas la première fois que le Québec ouvre la voie à des changements.

    Quant à Trudeau, comme c'est un petit poiliticien ordinaire, s'attendre sérieusement à ce qu'il ait la grandeur d'esprit pour oser changer la donne, c'est comme cracher en l'air. Ça finit par nous retomber dans le visage!

  • Raynald Rouette - Abonné 30 juin 2017 12 h 49

    SVP un peu de respect pour M. Bourassa


    Robert Bourassa avait du contenu et un sens politique certain!

    Inutile d'aller plus loin.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 2 juillet 2017 18 h 05

    100 % d'accord

    Bravo !

  • Diane Viel - Abonné 2 juillet 2017 22 h 23

    Mode de scrutin

    Faut pas se conter d'histoires !
    Seul un gouvernement minoritaire aura intérêt à présenter au parlement, que ce soit dans une province ou au parlement fédéral, un projet de loi de modification du mode de scrutin.
    D'ailleurs, Justin Trudeau a justement promis en campagne électorale de le faire parce qu'il croyait qu'il serait le chef d'un gouvernement minoritaire et que c'était une façon de garder le pouvoir dans l'avenir. Il n'a donc pas changé d'idée pour les raisons fallacieuses qu'il a invoquées.
    Les demi-vérités et les mensonges des politiciens ne sont pas l'apanage exclusif de Donald Trump !
    Michel Pelletier