Inondations: l’adaptation aux changements climatiques passe par les infrastructures naturelles

Les graves inondations des dernières années ont été aggravées notamment par le déboisement, la perte de milieux humides et l’artificialisation des berges.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les graves inondations des dernières années ont été aggravées notamment par le déboisement, la perte de milieux humides et l’artificialisation des berges.

Les inondations du printemps 2017 ont eu l’effet d’un dur réveil pour plusieurs municipalités situées en bordure de grands cours d’eau du Québec, en plus de constituer un drame humain pour des milliers de sinistrés qui y ont perdu maison, terrains et souvenirs.

Maintenant que l’eau s’est retirée et que la reconstruction s’amorce, le temps est venu de réfléchir aux facteurs qui ont pu amplifier cette catastrophe naturelle, et aux solutions qui pourraient en atténuer les impacts dans le futur.

Le Québec vient de vivre deux épisodes d’inondations historiques en sept ans, provoqués par des chutes de neige abondantes, suivies de précipitations records en période de crue printanière, d’abord dans le bassin du Richelieu en 2011 (2535 résidences touchées ; 82 millions de dollars de dommages), puis dans de nombreux bassins versants du nord du Saint-Laurent en 2017. Ces inondations ont été aggravées notamment par le déboisement, la perte de milieux humides et l’artificialisation des berges.

Bien que les modèles climatiques ne prévoient pas que les crues printanières soient plus abondantes dans le futur, ils prédisent que les épisodes de fortes précipitations seront plus fréquents et plus intenses que par le passé, provoquant des inondations éclair partout au Québec. En ce sens, les événements de 2011 et de 2017 sont porteurs de leçons pour l’avenir que nous aurions tort d’ignorer.

Changements climatiques

À bien des égards, nous sommes déjà entrés dans l’ère des changements climatiques. À l’échelle canadienne, les réclamations d’assurance sont passées d’une moyenne de 2,87 milliards de dollars par année en 1995-1999 à 5,72 milliards par année en 2010-2014.

Alors qu’elles ne représentaient que 20 % des réclamations il y a vingt ans, les inondations en représentent aujourd’hui la moitié. Selon le Bureau de l’Assurance du Canada, les changements climatiques sont responsables du tiers des inondations, tandis que des infrastructures désuètes de gestion des eaux pluviales en représentent les deux tiers.

En fait, les deux facteurs sont interreliés : les changements climatiques augmentent la pression sur des réseaux d’infrastructures désuets qui n’ont pas été conçus pour absorber de telles quantités d’eau. Cette pression accrue cause des refoulements d’égouts et des surverses d’eaux usées dans les cours d’eau.

Pour atténuer ce phénomène, il est nécessaire de rendre les infrastructures de gestion des eaux pluviales plus performantes, ce qui requerra des investissements massifs. Mais on doit également réduire la pression sur ces mêmes infrastructures par des investissements dans les infrastructures naturelles, c’est-à-dire par des aménagements urbains qui favorisent le verdissement et la protection ou la restauration de milieux naturels, ces derniers agissant comme des éponges pour retenir l’eau de pluie et réduire le ruissellement vers nos tuyaux surchargés.

La ville de New York a pris ce virage en 2010 et déclaré la guerre au ruissellement. Son plan de 1,5 milliard de dollars est ambitieux : il vise à réduire de 3,8 milliards de gallons par année les surverses dans les eaux de l’Hudson et de l’East River, et à capter les eaux de pluie sur 10 % de son territoire par des investissements dans le verdissement urbain, le reboisement et la régénération de milieux humides.

Dans cette ville densément peuplée et dont la surface de béton et d’asphalte favorise le ruissellement rapide, le plan prévoit le déploiement de milliers de jardins de pluie et d’unités de drainage qui détournent l’eau de pluie le long des rues et des trottoirs.

Les villes du Québec sont en première ligne pour faire face aux impacts des changements climatiques. Ce sont leurs infrastructures, leurs populations et leurs capacités d’intervention en matière de sécurité civile qui subiront la pression d’événements météorologiques extrêmes. Les investissements dans les infrastructures naturelles permettent de réduire cette pression en atténuant l’impact des vagues de chaleur comme des épisodes de fortes pluies.

Pistes de solution

Un sommet tenu il y a un an sous l’égide de la Communauté métropolitaine de Montréal et de la Fondation David Suzuki a conclu que les infrastructures naturelles constituaient une stratégie clé d’adaptation aux changements climatiques. L’enjeu est de taille, et pour être en mesure de faire face aux impacts croissants des changements climatiques dans les prochaines décennies, il faut dès maintenant commencer à investir en ce sens puisque ces aménagements demanderont du temps.

Dorénavant, il faut qu’aucune rue ni aucune infrastructure ne soient reconstruites à l’identique sans saisir les occasions de verdissement et d’adaptation qui sont créées par le renouvellement de notre stock d’infrastructures. On ne refait nos rues et nos infrastructures qu’une fois par génération, il nous faut désormais aménager pour le climat de demain et non celui d’aujourd’hui.

Afin de répondre à ce défi, nous proposons trois pistes de solution. D’abord, que les municipalités se dotent de plans d’adaptation aux changements climatiques qui incluent une planification et des investissements dans leurs infrastructures naturelles. Ensuite, que le gouvernement du Québec soutienne financièrement ces investissements par l’entremise du Fonds vert, rejoignant ainsi le gouvernement fédéral qui a accordé un financement de 250 millions de dollars par année pendant cinq ans afin de soutenir des investissements dans les écosystèmes qui constituent des infrastructures naturelles.

Finalement, que le gouvernement du Québec adopte une politique qui ferait en sorte que 1 % des investissements publics en infrastructures soient consacrés aux infrastructures naturelles. En mettant en oeuvre dès maintenant ces trois solutions, le Québec tirerait profit d’un vieil adage : rien ne sert de courir, il faut partir à point.

*Jérôme Dupras est professeur au Département des sciences naturelles et chercheur à l’Institut des sciences de la forêt tempérée de l’Université du Québec en Outaouais. 

Karel Mayrand est directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki et président de Réalité climatique Canada, organisme fondé par Al Gore.

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