Pas de congé férié pour les démagogues

La Fête nationale devrait continuer de faire une place aussi généreuse à la diversité, comme elle l’a fait cette année.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La Fête nationale devrait continuer de faire une place aussi généreuse à la diversité, comme elle l’a fait cette année.

La fin de semaine dernière, des millions de Québécois profitaient de leur journée fériée pour fêter la Saint-Jean-Baptiste avec leur famille et leurs amis en participant aux défilés, spectacles et activités qui avaient lieu partout au Québec. Pour l’occasion, bien des personnalités publiques en profitaient pour prendre la parole et souhaiter une bonne Fête nationale à leurs concitoyens, tout en se mêlant aux festivités.

Cette année, en écoutant les prises de parole des diverses personnalités publiques, il semble évident qu’un thème était nettement plus présent qu’au cours des années précédentes. Il s’agit, bien sûr, du thème de la diversité.

Étrangement, il semblerait que tous ces efforts ne plurent pas assez à certains, qui décidèrent de s’inventer une controverse en criant au racisme en voyant de jeunes Noirs pousser les chars allégoriques lors de défilé dans la rue Saint-Denis. On a su par la suite que si des personnes poussaient les chars, c’était pour éviter les émissions de gaz à effet de serre, que ces mêmes jeunes faisaient partie d’un organisme valorisant la persévérance scolaire et que jamais auparavant le défilé n’avait autant insisté sur la diversité. La réponse des organisateurs et de l’entraîneur de l’équipe de football la journée même, que je vous suggère d’aller écouter, aurait dû mettre un terme au dérapage, mais ce ne fut, hélas, pas le cas.

La suite était prévisible et les jours passent sans que l’histoire s’éteigne. Nous avons eu droit, au cours des derniers jours, à toutes sortes d’états d’âme et à une foule de commentaires traitant les organisateurs, et même le Québec en entier, de racistes.

Visées idéologiques

Reprenant le discours dominant sur la question de la diversité, plusieurs intellectuels associés à la gauche multiculturaliste ajoutèrent leur voix au mécontentement en reprenant la même analyse simpliste, dogmatique et prémâchée qu’ils allaient sortir de leur sac dans n’importe quel contexte qui leur serait favorable. Ceux-ci ne virent aucun problème à instrumentaliser sans scrupule les jeunes bénévoles de l’équipe de football de l’école Louis-Joseph Papineau, qui, eux, n’y voyaient pas un problème, selon les dires de leur entraîneur.

Il est dommage de voir que ces indisposés, au lieu d’insister sur le caractère rassembleur de la fête et sur tous les efforts faits par les organisateurs, instrumentalisent des événements de la sorte pour mettre en avant leurs visées idéologiques. Comme quoi certains démagogues ne prennent même pas congé pour la fête nationale.

Pour ajouter à l’injure, plusieurs de ces analystes, qui jouissent d’ailleurs d’une énorme complaisance médiatique, sont parmi les plus grands pourfendeurs des fake news du président Trump et des dérapages médiatiques en tout genre. Ces derniers ne réalisent pas qu’ils s’adonnent exactement au même exercice lorsqu’ils reprennent un clip vidéo de 20 secondes pour appuyer leurs dires, plutôt que de regarder l’immense importance accordée à la diversité tout au long du défilé, dans les slogans, la publicité et dans toutes les prises de parole qui ont été faites au Québec. Comme quoi les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés.

On dénoncera ainsi les amalgames simplistes et sensationnalistes des médias, sauf lorsque ceux-ci font notre affaire. Bien sûr, certains porte-parole de cette mouvance sont capables de faire valoir régulièrement leurs idées sans faire preuve d’autant de mauvaise foi. Hélas, ce ne fut pas ceux-ci qui retinrent l’attention au cours des derniers jours.

Loin d’aider la situation, ceux qui crièrent au loup à la suite du défilé devraient plutôt réaliser que leurs agissements nuisent au tissu social québécois et devraient plutôt tenter de se faire un portrait d’ensemble. Tout en continuant de miser sur ce qui unit les Québécois, soit une histoire commune et une culture commune caractérisée par notre belle langue française, la Fête nationale devrait continuer de faire une place aussi généreuse à la diversité. Or, cette année, quand on s’attarde aux faits, elle en a fait amplement.

20 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 28 juin 2017 01 h 30

    On est mieux de miser sur nos ressemblances pour la cohésion sociale!

    Bravo, Mathieu Roy, pour vos propos lucides malgré votre jeune âge! Vous avez raison de dire: «Comme quoi certains démagogues ne prennent même pas congé pour la fête nationale.» Les bien-pensants n'arrivent même pas à prendre congé de leurs accusations systémiques de racisme, même pendant la fête nationale. On serait tous et toutes mieux si l'on se miser sur nos ressemblances au lieu de s'attarder à nos différences.

    • Jacques Tremblay - Inscrit 28 juin 2017 10 h 12

      Tout à fait d'accord, voilà un bel exemple du genre de dérive que prendra la future Commission Couillard sur le racisme systémique au Québec: se servir d'organismes souvent subventionnés par un de nos trois niveaux de gouvernement sinon les trois afin de discréditer de tous bords tous côtés toute démonstration nationaliste au Québec. C'est le même plan de match médiatique qui se poursuit dans les médias depuis la quasi-victoire du Oui au référendum de 1995 afin de diviser la population face à tout projet légitime d'émancipation nationale. Le camp fédéraliste du mépris national craint ici le pouvoir d'attraction d'un nationalisme inclusif où était conviée toute la population du Québec en cette Fête Nationale.
      Bravo à tous les bénévoles qui ont participé avec enthousiasme et fierté à cette grande fête collective où tout citoyen respectueux de l'identité Québécoise était convié. Je félicite en particulier tous ces jeunes bénévoles qui nous ont rappelés ici par leurs efforts collectifs à la Fête autant sur les chars allégoriques qu'à leur déplacement qu'ils font tous et toutes parties prenantes de notre avenir collectif en ces Terres Françaises d'Amérique.
      Jacques Tremblay
      Sainte-Luce, Qc

    • Jean Richard - Abonné 28 juin 2017 10 h 54

      Miser sur nos ressemblances ? C'est un pas vers l'uniformité, uniformité qui n'a rien d'enrichissant.

      La diversité se conjugue avec nos différences et non nos ressemblances. L'uniformité nous appauvrit. La diversité nous enrichit, en autant qu'on sache l'apprivoiser.

      Le soir de la Saint-Jean, je suis allé me promener quelque part entre Villeray et la Petite-Italie. La Petite-Italie avait des airs de samedi ordinaire. Là, on y fête les courses de chars (Grand-Prix), la semaine italienne (je n'ai rien contre), le 1er juillet, mais pas la Saint-Jean.

      Dans Villeray, il y avait une petite foule et une scène sur le parvis de l'église Sainte-Cécile – un scène pour la musique, pas pour le théâtre. La musique ? Celle de l'uniformité : l'éternelle guitare électrique, la basse à déclencher les séïsmographes, la percussion en boîte et les synthétiseurs robotisés. Ce n'était pas mauvais, mais il y manquait un peu de couleur, beaucoup de couleur. Ça sentait plutôt l'uniformité de l'assimilation culturelle par la musique. Et considérant les mégawatts d'amplification, comme si on voulait se faire entendre jusqu'à Sainte-Émilie-de-l'Énergie, on pouvait se demander si ce n'était pas subventionné par Hydro-Québec ou encore, par le ministère de la Culture et de l'Électrification. Je n'ai pas pu voir si toute cette quincaillerie était alimentée par une borne de recharge de Tesla.

      En cette Saint-Jean, à l'assommoir électro-acoustique j'aurais préféré un peu de charango et zampoña, une touche de fado, de flamenco, le violon ou l'accordéon des Balkans, un peu de biniou, de vielle à roue, de harpe, de piano, d'harmonica... J'aurais préféré une grande fresque à un mur de béton tout gris. Déjà que dans ces quartiers de Montréal, les merguez côtoient les empanadas, la paella ou le feijão, faisant fi de l'orthodoxie nivelante du bigmac ou des beignes constabulaires.

      J'insiste : vive la différence. La consanguinité culturelle est trop risquée.

    • Marc Therrien - Abonné 28 juin 2017 18 h 29

      S'unir dans nos ressemblances ou par nos différences? Qui se ressemblent s'assemblent, mais les contraires s'attirent. Voilà donc deux positions bien campées. Faut-il vraiment choisir entre une ou l’autre?

      Parmi les choses éternelles qui semblent avoir été découvertes par la pensée, il y a la dialectique par laquelle s’unissent les contraires pour mieux se compléter et parfois, créer un tiers qui les dépasse. Ici, la dialectique de l’Un et du Multiple. Pour moi, l’espoir d’un monde meilleur réside dans l’acceptation de cet immuable qui m’amènerait à améliorer ma capacité de penser de façon dynamique en termes de « l’un et l’autre » pour délaisser la pensée dichotomique quand la situation requiert de la créativité.

      Marc Therrien

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 28 juin 2017 05 h 28

    Vive la diversité !

    « Loin d’aider la situation, ceux qui crièrent au loup à la suite du défilé devraient plutôt réaliser que leurs agissements nuisent au tissu social québécois et … » (Mathieu Roy, étudiant)

    Bien sûr que selon, mais ces « crieurs au loup » aiment faire jaser ou s’écouter penser … pour rien !

    Vive la diversité ! - 28 juin 2017 -

  • Jean Lapointe - Abonné 28 juin 2017 07 h 43

    Il est bien là le problème

    «Loin d’aider la situation, ceux qui crièrent au loup à la suite du défilé devraient plutôt réaliser que leurs agissements nuisent au tissu social québécois et devraient plutôt tenter de se faire un portrait d’ensemble.» (Mathieu Roy)

    Il est bien là le problème. Pour moi ces gens-là provoquent le contraire de ce qu'ils disent vouloir faire.

    Ils disent vouloir l'inclusion mais c'est l' exclusion qu'ils provoquent.

    Ils n'ont pas l'air de se rendre compte de ce qu'ils font. Et ils n'ont pas l'air de réfléchir bien gros avant d'écrire.

    Comme le conseillerait sans doute Québec solidaire qui «exhorte» les partis politiques à faire un examen de conscience, ils devraient eux aussi à mon avis faire un petit examen de conscience.

    Les examens de conscience c' est tout le monde qui doit en faire de temps en temps n'est-ce-pas?

    On dirait que pour certaines personnes les examens de conscience ce sont uniquement les adversaires politiques qui doivent en faire mais pas eux parce que, eux, ils sont purs et possèdent la vérité. Ils ne peuvent pas avoir une mauvaise conscience.

  • François Beaulé - Abonné 28 juin 2017 07 h 47

    Montréal protège mieux ses chevaux

    Je veux bien croire que les jeunes qui ont été choisis pour pousser les chars allégoriques l'ont été pour leur vigueur et non pas pour leur couleur.

    C'est tout de même une mauvaise idée d'imposer cet effort à des hommes alors que la température en plein soleil aurait pu atteindre 34° et même plus. Montréal veut interdire le travail des chevaux tirant des calèches à plus de 28°. C'est donc une très mauvaise idée d'imposer un fardeau semblable à des êtres humains quel que soit la couleur de leur peau.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 28 juin 2017 09 h 35

      Dons en haut de 28 degrés on ferme les chantiers de construction et le pays.....

    • Richard Labelle - Inscrit 28 juin 2017 10 h 29

      À vous lire, on croirait que ces jeunes ont été forcés comme des esclaves du temps des Romains aux galères; un peu plus et vous allez nous dire qu'ils étaient enchaînés? Arrêtons de transposer sur les autres nos propres complexes d'infériorité et de colonisés.

    • Jacques Tremblay - Inscrit 28 juin 2017 10 h 34

      Commentaire totalement démesuré.
      Pour avoir entraîné bien des jeunes dans bien des sports je peux vous garantir qu'ils font des efforts beaucoup plus soutenus que ça pendant même leur simple échauffement. N'est-ce pas démagogique, pour ne pas dire autre chose, que de comparer des chevaux attelés jour après jour au grand Soleil à des êtres humains tout à fait libre de dépenser leurs énergies avec générosité comme ils le veulent? Cet acharnement sur des jeunes de la part du camp fédéraliste du mépris national est tout simplement dégeuelas.
      Jacques Tremblay
      Sainte-Luce, Qc

    • Jacques Tremblay - Inscrit 28 juin 2017 19 h 52

      Oups,
      Cela en est pas moins " dégueulas"
      Jacques Tremblay
      Sainte-Luce, Qc

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 28 juin 2017 09 h 46

    Surprise !

    La gauche multiculturaliste aurait des intellectuels.

    • Pierre Raymond - Abonné 28 juin 2017 10 h 51

      On en apprend une bonne aujourd'hui !