Le Canada doit rester mobilisé pour Raïf Badawi

Le courage dont a fait preuve monsieur Badawi ne doit pas tomber dans l’oubli, estiment les auteurs. 
Photo: Stéphane de Sakutin Agence France-Presse Le courage dont a fait preuve monsieur Badawi ne doit pas tomber dans l’oubli, estiment les auteurs. 

Le blogueur Raïf Badawi est emprisonné depuis cinq ans pour avoir publié des propos « contrevenant aux valeurs religieuses ». En octobre 2015, Avocats sans frontières Canada (ASFC) et le Barreau du Québec ont démontré dans un argumentaire juridique détaillé que sa condamnation par un tribunal d’Arabie saoudite avait violé le droit international et le droit saoudien en matière de procès équitable, de liberté d’opinion et de protection contre la torture.

Monsieur Badawi a suggéré d’accorder une plus grande place aux femmes au sein de la société saoudienne, a exprimé ses préoccupations sur l’avenir de son pays et a voulu contribuer au débat public et à l’avancement des droits de la personne. En ce sens, il est un porte-étendard de valeurs qui sont chères aux Canadiennes et Canadiens : égalité entre les femmes et les hommes, respect de l’État de droit, ouverture, diversité, liberté d’opinion. Mais il en paie chèrement le prix, privé de liberté et menacé d’être encore fouetté, alors que son épouse et ses enfants sont réfugiés à Sherbrooke, au Québec.

Le courage dont a fait preuve monsieur Badawi ne doit pas tomber dans l’oubli. Nous avons envers lui un devoir de solidarité, car les valeurs qu’il défend n’ont pas de frontières.

Lors du dernier Sommet de Madagascar, le Québec a joué un rôle de premier plan pour retarder de deux ans l’examen de la demande de statut d’observateur de l’Arabie saoudite. Le premier ministre Philippe Couillard a réclamé la libération de monsieur Badawi comme condition pour que ce pays puisse satisfaire au critère d’adhésion à l’Organisation internationale de la Francophonie relatif au respect des droits de la personne.

Ce geste doit être salué et devrait servir d’inspiration à la diplomatie québécoise et canadienne. Le 7 juin dernier, la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a annoncé la nouvelle politique étrangère du Canada, affirmant sa volonté d’assumer un rôle fédérateur sur la scène internationale en ce qui a trait aux droits de la personne. Deux jours plus tard, la ministre Marie-Claude Bibeau a rendu publique la nouvelle politique d’aide internationale féministe du Canada, dont le coeur est la promotion des droits des femmes.

Le dossier de Raïf Badawi constitue un point de ralliement et un levier pour lier des actions concrètes à ces principes récemment énoncés par le gouvernement canadien. Les recours diplomatiques et juridiques ne sont pas épuisés. Nous appelons les autorités canadiennes et québécoises à continuer le dialogue avec nous et à maintenir une position ferme et proactive dans leurs relations bilatérales avec l’Arabie saoudite et sur la scène internationale. Ensemble, nous pouvons contribuer à ce que justice soit faite et à réunir Raïf Badawi avec sa famille au Canada.

1 commentaire
  • Raynald Rouette - Abonné 17 juin 2017 11 h 21

    Deux poids, deux mesures!


    Le dossier Raïf Badawi est le parfait exemple de la «soumission», de nos deux gouvernements, face aux théocraties du Moyens-Orient. Affaires obligent?

    Pourquoi n'y a-t-il pas d'écoute et de réciprocité de la part des monarques de ces pays, lorsqu'il est question de droit de la personne, de liberté, de démocratie et d'humanisme, en bout de ligne?

    De beaux thèmes en perspective, pour les prochaines campagnes électorales, face à l'islamisme, tant au Québec qu'au Canada.