L’honneur et l’enthousiasme manquent à l’appel pour un débat constitutionnel

Philippe Couillard n’a ni la légitimité ni le soutien populaire pour relancer ce débat, comme l’a montré la réponse sèche de Justin Trudeau.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Philippe Couillard n’a ni la légitimité ni le soutien populaire pour relancer ce débat, comme l’a montré la réponse sèche de Justin Trudeau.

La semaine dernière, le premier ministre Philippe Couillard a annoncé qu’il voulait relancer le débat constitutionnel. Onde de choc. Allions-nous revivre les années Meech ? Le coeur en dormance qu’est la politique québécoise allait-il recommencer à battre au rythme de la nation et de ses romances ? La réponse est venue rapidement : non.

De retour à la tranquillité, il faut tirer trois constats de ce bref soubresaut.

Le premier constat est que Philippe Couillard n’a ni la légitimité ni le soutien populaire pour relancer ce débat. Les 24 heures qui ont suivi son annonce ont été particulièrement révélatrices. Justin Trudeau a sèchement rétorqué qu’on « n’ouvre pas la Constitution », le caucus du Parti libéral du Québec a fait connaître son mécontentement et la population est majoritairement insatisfaite du gouvernement Couillard (60 %).

Le deuxième constat est que le projet canadien n’est pas mobilisateur. Seulement le quart de la population considère la signature de la Constitution comme un enjeu important (sondage Léger, 2013). Si le mouvement souverainiste manque de vigueur, le mouvement de la « relance constitutionnelle » n’est guère mieux.

Le troisième et dernier constat est que le projet canadien n’est pas le projet québécois : 60 % des Québécois se considèrent « avant tout [comme] Québécois » et cette proportion grimpe à 66 % chez les jeunes (sondage Crop, 2015).

«Deux solitudes»

Ce détachement est compréhensible, il témoigne de notre passé : l’identité québécoise ne s’est pas construite avec le Canada, elle s’est construite malgré lui. Les 100 années qui ont précédé la loi constitutionnelle de 1867, loi qui a mis au monde ce vaste pays, étaient plutôt sombres. Le projet canadien, c’était celui d’une union économique appuyée par l’annexion violente des minorités francophones et autochtones. Un projet colonial. Ce n’était pas un projet rassembleur et humaniste, quoi qu’en pense Mélanie Joly. Ce passé trouble explique la cassure très nette qui persiste entre nos deux identités, ou plutôt entre nos « deux solitudes » pour reprendre la formule consacrée. Les 50 dernières années, marquées par la fulgurante émancipation économique et culturelle du Québec, minées par les échecs référendaires et les revers constitutionnels, n’ont, à mon sens, qu’amplifié ce qui nous distingue.

Aujourd’hui, on constate que l’identité québécoise est parallèle à l’identité canadienne. Que ce n’est pas mal, que c’est ainsi. On constate que la relance du débat constitutionnel est probablement un instrument politique qui permettra aux libéraux d’implorer un autre mandat majoritaire en 2018 pour négocier avec « les deux mains sur le volant ». Comme Charest l’avait fait en 2008, à l’aube de la crise économique. On constate que ce projet est celui de bien peu de gens, qu’il n’est pas celui de la population québécoise, et qu’il n’est pas celui de la jeune génération.

Alors, pour toutes ces raisons, quand mon premier ministre me dit qu’être Québécois, c’est sa façon d’être Canadien, je ne comprends pas. Je ne m’identifie pas. À bien y penser, pour quelqu’un qui veut bâtir des ponts, je trouve qu’il se limite à peu de choses. Et si être Québécois était notre façon d’appartenir au monde, d’interagir directement avec lui, de le confronter et de le bâtir ? Et si être Québécois était notre façon d’être libre, ouvert et partenaire ?

Voilà un projet actuel. Voilà un projet qui me parle, un projet qui mobilise. Pensons-y. Laissons ce coeur au repos s’agiter à nouveau.

4 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 12 juin 2017 00 h 39

    Appartenir au monde, voilà l'idée d'avenir.

    Monsieur Tremblay, vous avez raison de tout coeur. Penser le Québec comme membre reconnu parmi les pays qui font le monde d'aujourd'hui est la seule façon de bâtir le Québec. Ça implique de penser le Québec comme membre de ce mode et non comme une province du Canada.

    Jacques Parizeau s'est demandé pourquoi on ne pensait plus le Québec comme entité. La réponse se trouve dans le déploiement de l'emprise du Canada sur le Québec.

    Pour s'en détacher, il importe, comme vous le suggérez, de se concevoir en relation avec le monde et de se bâtir en conséquence, qui est un projet mobilisateur qui s'allie à la liberté, à l'ouverture et à la construction de liens avec des partenaires qui nous reconnaissent.

    Ce sont des personnes qui pensent ainsi qui susciteront de l'enthousiasme. Les autres, non.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 12 juin 2017 08 h 19

    L'imposture de Philippe Couillard.

    Ce très beau texte, bien senti, a le mérite de montrer qui nous sommes vraiment et montre du doigt l'impobable chemin de croix dans lequel Philippe Couillard voudrait bien que l'on s'engage mais que jamais, au grand jamais, nous n'arpenterons. Le projet post-colonial de tous les Philippe Couillard de ce monde, le Québec n'en veut pas et le ROC non plus.

    Le PLQ, avec ses lubies pseudo-fédéralistes complètement déconnectées, est devenu avec le temps un frein prodigieux aux aspirations du peuple québécois. Ce frein, il est temps maintenant de le rendre inopérant puis de le mettre définitivement au rancart. Après cent-cinquante ans de ce triste cirque, c'est assez!

  • Michel Blondin - Abonné 12 juin 2017 10 h 30

    S'ouvrir sur le monde à en mourir!

    Depuis la dite révolution tranquille, le Québec est ouvert sur le monde. Sa balance commerciale est un témoin solide. L'accentuer n'est qu'une question de survie. Le texte de Nadeau d'aujourd'hui en témoigne des niches potentielles.

    En même temps, les liens fédéraliste ne favorise pas ce lien d'ouverture sans lui. Il le dévie et le fait transiter par un intermédiaire pénalisant.

    Ce lien tordu anglicise, canadianise et soumet aux droits des autres -un passage obligé de force. Ce lien oblige à s'ouvrir sur le monde qu'à la condition de transiter par Toronto, par exemple, en finances, en affaires bancaires et bientôt en assurances. La concentration ailleurs détourne le sens d'une fédération et encore plus d'une confédération qui n'a jamais eu lieu. C'est un fait, Montréal n'est plus un centre des affaires. Pourtant il est un centre géopolitique et stratégique comme pas uns en Amérique par son axe unique est-ouest et nord-sud des voies d'eau.

    L'ouverture vers le monde c'est d'ignorer ou de tenter de ne pas tenir compte de ce facteur de distorsion vers un centre forcé.

    L'attitude que porte ce texte est curieusement celle du rebelle qui dit "je risque l'ouverture ailleurs" sans tenir compte du boulet légal et constitutionnel imposé à une ex-colonie encore colonisée subtilement.

    Cette forme de cancer, qui détourne l'oxygène, doit s'arrêter. Sans s'apercevoir les jeunes font la même chose que d'autres ont fait avant eux. Or, un cancer ne peut-être ignorer trop longtemps. Bourassa, le tricheur le sait doublement; il n'a pas survécu et le peuple québécois qui aurait régler ce cancer, est hanté plus que jamais de sa disparition.

    Couillard, ne veut que survivre à 2018 en faisant des accroires au prix d'un suicide collectif.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 12 juin 2017 17 h 13

    Il y a deux pays au nord du 45e parallèle ...

    On constate de plus en plus que les valeurs et les priorités du Canada ne sont pas représentatives de celles du Québec.

    Le Canada est sorti de la tête des Québécois. Le Canada aux deux peuples fondateurs est mort, grâce à l’intransigeance du Canada anglais envers les francophones depuis l’Acte d’Union, le million de Métis anglicisés de force, le règlement 17 en Ontario, et l’hypocrisie actuelle du bilinguisme de façade.

    Beaucoup de Québécois ne se sentent plus aucun lien avec ce Canada bancal, à part le fait de se faire siphonner la moitié de leurs impôts par un gouvernement va-t-en-guerre ( 5 milliards de $ venant du Québec pour la guerre en Afghanistan, 55 milliards de $ venant du Québec pour le nouveau programme militaire de Justin Trudeau).

    Le Canada n’est pas UN vrai pays, il y a en réalité DEUX pays au nord du 45e parallèle.

    Deux langues, deux mentalités, deux pays.

    Se pourrait-il que le Canada (i.e. le ROC) ait un grand intérêt économique (sûrement pas amoureux) à conserver le Québec dans le Canada? Ce ne sont pas nos beaux yeux qui les attirent, mais nos immenses richesses naturelles. On se fait siphonner. Et pas à peu près.

    Vive le Québec républicain, pacifique, francophone et souverain!