Un talent est un talent, peu importe le sexe

Les Soeurs Boulay, aux Francofolies de Montréal en 2015
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Les Soeurs Boulay, aux Francofolies de Montréal en 2015

Nous avons choisi un jour de devenir des musiciennes dans la vie, des créatrices. Loin de nous était alors l’idée d’une inégalité possible entre les sexes dans le milieu des arts et du spectacle, ou même d’une industrie à deux vitesses. Dans notre tête, si nous travaillions fort, si les gens étaient ouverts à entendre nos oeuvres, le traitement que nous recevrions serait le même que celui que reçoivent nos homologues masculins. Parce qu’après tout, un talent est un talent, un succès est un succès, peu importe le sexe.

Finalement, entre chanteuses, musiciennes, auteures-compositrices-interprètes, techniciennes et autres intervenantes féminines du milieu, nous nous entendons toutes pour dire que le sexisme existe bel et bien dans l’industrie de la musique et que la plupart d’entre nous l’avons vécu, à un moment ou à un autre : ne serait-ce que par les préjugés véhiculés quant à nos connaissances de la technique ou de l’équipement, par la remise en doute de notre talent, de notre expérience ou de notre pertinence.

Depuis la médiatisation récente du contenu de différents festivals québécois, nous avons aussi pris conscience avec consternation de la faible représentation des femmes dans les programmations (souvent moins de 30 %, et même 10 % dans certains festivals, alors qu’à la Société professionnelle des auteurs et compositeurs du Québec, dans le volet Chanson, on recense 42 % de femmes inscrites et 49 % à l’Union des artistes).

L’automne dernier, nous nous indignions également de constater que la dernière femme à avoir remporté le trophée d’auteur-compositeur de l’année à l’ADISQ était Francine Raymond, en 1993. Et c’est sans parler des inégalités salariales (selon certaines statistiques de l’Union des artistes, les femmes gagnent en moyenne 75 % de ce que gagnent les hommes), des inégalités quant à la longévité des carrières (âgisme) et des conséquences négatives de la maternité pour les femmes de notre industrie. Et il s’agit ici de NOTRE milieu exclusivement. Milieu qui, rappelons-le, est déjà souffrant depuis de longues années.

Ouvrons la discussion

Faut-il en plus que les femmes partent avec un désavantage dû à leur genre ? Les artistes féminines de notre scène locale sont débordantes de talent, elles ont des choses à dire, un public, elles travaillent fort et bien. Si elles sont représentées en minorité partout, ce n’est pas parce que leur musique n’est pas touchante, groovy, intelligente ou moins populaire. Pourquoi alors nous exclut-on à ce point ?

Faudrait-il se résoudre à exiger des quotas proportionnels à notre représentation dans le milieu, simplement pour retrouver la place qui nous est due ? Ou encore viser la parité en s’inspirant de domaines comme celui de la politique ? Serions-nous rendues là, pour arriver à faire en sorte que les femmes qui sont déjà dans l’industrie puissent y rester et que celles qui veulent un jour s’y tailler une place y parviennent ? Une chose est certaine, on ne peut en rester là. D’autant que l’industrie du spectacle fonctionne en partie grâce aux subventions, et que cette utilisation des fonds publics devrait venir avec une responsabilité sociale, notamment celle de viser le respect des valeurs d’égalité de notre société.

Acteurs (actrices) de la scène musicale québécoise, soyez au coeur du changement souhaité et nécessaire pour un milieu sain et équilibré qui inspirera les jeunes artistes, musiciennes, techniciennes et intervenantes du milieu de la musique de demain, à croire que ce métier peut être épanouissant pour TOUS.

Maintenant, ouvrons la discussion pour savoir comment on peut y parvenir !

* Ont aussi signé ce texte, des centaines de créatrices. On trouvera la liste complète des signataires est ici.

1 commentaire
  • François Beaulé - Inscrit 2 juin 2017 11 h 18

    Valeurs d'égalité et égalité de fait

    On peut avoir l'impression que le milieu des artistes en est un d'avant-garde. On constate, à lire ce texte, les importantes inégalités entre les hommes et les femmes dans l'industrie de la musique. Il y a donc un écart important entre les valeurs et les faits, entre l'égalité de droits et l'égalité de fait.

    Les femmes ont tout de même évolué de façon gigantesque au cours des 50 dernières années. Les inégalités hommes-femmes sont devenues mineures quand on les compare aux inégalités sociales.

    Les renvendications et le discours sur l'égalité ont suivi le modèle du féminisme. Se sont ajoutés des dénonciations fondées sur des mesures des inégalités selon la couleur de la peau ou l'ethnie ou l'orientation sexuelle et même l'identité sexuelle.

    Pourtant les inégalités subsistent ou se développent même si les discriminations fondées sur le genre ou la race ont diminuées. Autrement dit, même s'il y avait autant d'hommes que de femmes pauvres ou vivant dans des logements insalubres ou ayant une alimentation déficiente, même s'il y avait autant de femmes que d'hommes médecins ou chefs d'entreprise, les inégalités sociales subsisteraient.

    Le discours sur l'égalité est maintenant soumis au principe d'égalité des chances. Que l'on soit plus ou moins intelligent(e), fort(e), beau-belle, talentueux(euse), les fortes inégalités seraient pleinement acceptables pourvu qu'elles ne soient pas liées au genre ou à la race.

    Sans nier l'importance historique et actuelle de la quête de l'égalité raciale ou genrée, il me semble que la société est mûre pour la définition de nouveaux idéaux. Il faudrait peut-être reconnaître que les êtres humains ne sont pas égaux à la naissance et que le marché vient accentuer les inégalités. Il faut définir un idéal pour assurer la cohésion sociale et inventer des interventions gouvernementales plus habiles à modérer les inégalités de fait.