Plaidoyer pour une intervention militaire au Venezuela

Des manifestants protestent contre le gouvernement Maduro à Caracas. La communauté internationale n’assume pas pleinement sa responsabilité de protéger le peuple vénézuélien.
Photo: Fernando Llano Asssociated Press Des manifestants protestent contre le gouvernement Maduro à Caracas. La communauté internationale n’assume pas pleinement sa responsabilité de protéger le peuple vénézuélien.

Le principe de non-intervention dans la souveraineté d’un pays est inscrit dans la charte des Nations unies. Or cette règle de droit international n’est pas absolue car la souveraineté implique aussi l’obligation pour un pays de protéger ses citoyens. Lorsqu’une population subit des préjudices majeurs à la suite de la répression infligée par son gouvernement et que celui-ci refuse ou néglige de redresser la situation, c’est la responsabilité de la communauté internationale d’agir à sa place. Cette règle de droit s’appelle la responsabilité de protéger. Elle prend sa source des déclarations, engagements et traités internationaux sur les droits de la personne, de même que dans la loi internationale humanitaire.

Les conditions pour appliquer cette norme de droit international existent au Venezuela, mais la communauté internationale n’assume pas pleinement sa responsabilité de protéger le peuple vénézuélien.

Un pays détruit par son propre gouvernement

Le Venezuela est un pays en faillite. Ses dirigeants, au niveau du pouvoir exécutif, sont des prédateurs des droits de l’homme, des corrompus liés aux activités illicites, dont le trafic de la drogue et des armes ainsi que le blanchiment d’argent. Ils ont dilapidé les ressources de l’État et détruit l’économie. Le taux d’inflation atteint 1600 % en 2017, soit le pire au monde. Plus de 80 % des citoyens du pays sont incapables de se nourrir trois fois par jour. C’est un État qui a déclaré la guerre à son peuple !

La pénurie de médicaments est telle que la mortalité infantile a augmenté de 36 %, et celle des femmes enceintes de 65 %. Les hôpitaux sont dévastés. Les diabétiques, les cancéreux et les personnes atteintes du VIH/SIDA sont condamnés à mort.

Bref, il s’agit d’une crise humanitaire colossale. Le gouvernement refuse l’aide humanitaire. Assujettir ainsi intentionnellement la population civile à vivre dans un état de pauvreté et de souffrance extrêmes constitue un crime grave contre l’humanité.

Cruelle violence du régime contre les citoyens

Le régime exerce une violence délibérée et systématique contre ses citoyens parce qu’ils exercent leurs droits fondamentaux de manifester contre leurs conditions de vie inhumaines, pour réclamer la tenue d’élections libres et le retour à l’État de droit. Cette répression est menée par la garde nationale, mais aussi par les « collectivos », ces milices armées qui comptent quelque 100 000 individus payés par le gouvernement et qui ne font partie d’aucune force de l’ordre.

Récemment, plus de 2000 manifestants ont été arrêtés, souvent battus et traduits devant des tribunaux militaires. De nombreux cas de torture et au moins 50 meurtres ont été rapportés par les ONG locales. De nombreux opposants du régime sont condamnés à la prison par des parodies de tribunaux.

Maduro consolide sa dictature

Le régime tortionnaire du président Nicolas Maduro a pris des mesures extrêmes visant à annihiler le pouvoir législatif dans le seul souci de saper les bases de la démocratie représentative et de consolider son pouvoir autocratique. Le eecrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Luis Almagro, la d’ailleurs qualifié ces mesures de coup d’État. Bien plus, le gouvernement a refusé d’honorer la procédure de destitution du président amorcée par l’opposition alors que 1,8 million de signatures avaient été obtenues en quelques jours, soit neuf fois plus que le veut la loi. La Cour suprême du pays a annulé systématiquement toutes les lois votées par le Parlement.

La mauvaise foi du régime bolivarien

Depuis des mois, de nombreux pays ont incité au dialogue pour sortir de la crise. En 2016-2017, des efforts de médiation ont été entrepris par la République dominicaine, le Panama et l’Espagne avec l’appui des États-Unis et du Vatican. Ils ont échoué. Or, pour le Venezuela, ces appels au dialogue et à la médiation deviennent une tactique pour gagner du temps afin de consolider le pouvoir du régime et de réprimer l’opposition.

Le 26 avril dernier, une majorité des États membres de l’OEA a demandé la tenue d’une réunion extraordinaire pour discuter de la crise du Venezuela. Le gouvernement du Venezuela s’est alors retiré de l’OEA. La décision du gouvernement vénézuélien constitue un geste évident de mauvaise foi et démontre son intention ferme de poursuivre la dictature violente de Maduro.

Une intervention militaire humanitaire

Nous en sommes à l’étape où la communauté internationale doit assumer pleinement sa responsabilité de protéger la population du Venezuela, conformément au droit international. Il devrait s’agir d’une intervention militaire humanitaire visant essentiellement à mettre fin à la violence et à la répression que subit la population, à lui apporter une aide humanitaire et à faciliter un climat propice à la restauration de l’ordre démocratique. Cette opération militaire pourrait être menée par une coalition d’États de l’OEA. C’est l’ultime recours et l’option la plus perspicace pour éviter des massacres à grande échelle ou le spectre d’une guerre civile qui avilirait tout le système international et notre humanité commune.

L’OEA ou les pays membres devraient donc saisir le Conseil de sécurité de l’ONU afin de débattre de cette question et de mettre en place cette intervention militaire.

7 commentaires
  • Jacques-André Lambert - Abonné 1 juin 2017 02 h 50

    L'arme à l'oeil

    Monsieur l’ancien haut-commissaire du Canada, ancien délégué général du Québec et ancien candidat de la Canadian Alliance.

    Dans l’état actuel du monde, c’est le Venezuela que vous situez en haut de la liste des pays dont la «population subit des préjudices majeurs à la suite de la répression infligée par son gouvernement».

    Grand bien vous fasse.

    Chercher à déstabiliser un État qui refuse de se soumettre à l’Empire, c’est la norme. Cuba a survécu. Le Chili en est revenu.

    Profiter de la crise pétrolière pour le désarçonner, c’est tellement déjà-vu.

    Une crise humanitaire semblable existait en Irak sous embargo américain. Et l’on sait trop bien en quoi consiste l’aide humanitaire des États-Unis…

    Le chaos intérieur appuyé par des agents extérieurs a forcé Maduro (président élu au même titre qu’Erdogan en Turquie) à recourir à des mesures extraordinaires.

    La guerre anti-Chavez se poursuit depuis des lustres. Et le président d’Exxon, pardon, le secrétaire d’État américain lorgne bien davantage vers le contrôle des ressources naturelles et de la position géostratégique du Venezuela que vers la distribution de trousses-repas.

  • Gilles Bonin - Abonné 1 juin 2017 03 h 07

    Enfin......

    Ce pays est évidemment en ruine, une dictaure implacable, des morts, de la soufrance.
    Il est temps que les membres de L'OEA et de l'ONU prennent action. Il y aura toutefois un bocage de la Russie avec son droit de veto.

    Qu'est--ce que Monsieur Mélanchon en pense, lui qui était un grand admirateur de Chavez?

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 1 juin 2017 07 h 10

    La guerre, c'est assez

    Les adjectifs ‘militaire’ et ‘humanitaire’ ne vont pas ensemble. Parler d’une intervention militaire humanitaire, comme le fait M. Latulippe dans la dernière partie de son texte, est un contresens.

    Ce que propose M. Latulippe, c’est au mieux une armée de libération qui renversera le régime vénézuélien en étant accueilli par une pluie de pétales de roses de la population en liesse.

    Mais si cela tournait au vinaigre ?

    N’avons-nous rien appris de la ‘libération’ du peuple irakien, de la ’libération’ du peuple syrien, et de la ‘libération’ du peuple libyen, sans parler du renversement des Talibans en Afghanistan…

    Les peuples doivent se prendre en main.

    Comment s’est fait le renversement du communisme en Pologne ? L’ambassade américaine à Varsovie a fourni des photocopieurs, des dactylos, et de l’argent à Solidarité. S’il avait fallu , elle lui aurait expédié des armes par des voies clandestines.

    Voilà comment un pays ennemi renverse un régime; en équipant ses opposants.

    À moins que les intérêts économiques canadiens soient menacés dans un pays, je ne vois pas de raison de demander que des Canadiens aillent se fasse tuer pour soutenir une doctrine interventionniste promue par les États-Unis et dont les résultats sont désastreux.

    Assez c'est assez.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 1 juin 2017 11 h 23

    Une attitude colonialiste inacceptable.

    Dans votre diatribe, rien n'est dit sur l'intervention en sous-main de la CIA pour déstabiliser ce pays et qui constitue une répétition de ce qui s'est passé en 1973 avec le Chili d'Allende. Et vous contibuez par suggérer qu'il faut mandater quelqu'un (les États-Unis, je suppose car je ne vois pas qui d'autre serait capable de le faire) pour envahir le Vénézuéla et faire le "ménage". Ce n'est rien d'autre que de la barbarie néo-coloniale au premier degré camouflée en geste humanitaire et pseudo-démocratique. Votre tournure d'esprit me révulse. J'ai honte pour vous.

    Je termine en disant que cela ne me surprend pas vraiment de la part d'un ancien mandarin du PLQ.

  • Eid Harb - Abonné 1 juin 2017 12 h 49

    Article répugnant!

    L'auteur de cet article a complètement perdu la tête. Cet article est un morceau de propagande sournoise qui vise à salir le mouvement bolivarien. Il omet plusieurs détails cruciaux de la crise actuelle et blanchit l'opposition d'extrême-droite, armée et violente, de ses crimes vis-à-vis le peuple vénézuélien. Il néglige (et ce délibérément, à mon sens) le fait que la tourmente actuelle est précisément le résultat d'une ingérence étrangère, notamment celle des États-Unis, qui soutient et finance l'opposition d'extrême-droite, et qui étaient derrière le coup d'État raté de 2002. Il a le culot de plaider pour une intervention militaire "humanitaire", mais quelle sottise incroyable!