L’auto en solo, une absurdité

«Le parc automobile du Québec accuse depuis plusieurs décennies une croissance deux fois plus rapide que celle de la population», écrit l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Le parc automobile du Québec accuse depuis plusieurs décennies une croissance deux fois plus rapide que celle de la population», écrit l'auteur.

Si, comme moi, vous vous déplacez régulièrement à Montréal, vous aurez remarqué que le transport en automobile y est d’une inefficacité qui frise l’absurde. L’alternance de bouchons de circulation ainsi que l’énorme difficulté pour se stationner font de l’automobile le moins efficace des moyens de transport en milieu urbain, loin derrière le vélo, le transport en commun et même la marche. À l’heure où les enjeux environnementaux posent des défis majeurs et nous livrent déjà une sévère leçon pour notre irresponsabilité envers la planète, est-il nécessaire d’ajouter que l’automobile est un facteur polluant non négligeable ?

Le parc automobile du Québec accuse depuis plusieurs décennies une croissance deux fois plus rapide que celle de la population. Un constat s’impose : il y a trop d’autos, et construire de nouveaux ponts, tunnels ou autoroutes ne va pas régler le problème, mais bien l’empirer. Il faut désormais forcer la population à changer ses habitudes concernant le transport. Cependant, pour réduire le nombre d’autos, il faudra en contrepartie investir davantage dans les solutions de rechange que sont le transport en commun et le transport actif et, en conséquence, il faudra financer ces changements. Comment faire ?

Des solutions simples

Il existe pourtant des solutions simples si on est capable d’un minimum de volonté politique. On pourrait taxer l’essence et réinvestir le produit de cette taxe dans les infrastructures parallèles en transport, mais c’est un outil à utiliser avec prudence, puisqu’il peut ralentir l’activité économique et, de plus, ce moyen ne tient pas compte des besoins de transport en région, où le service de transport en commun est insuffisant, voire absent.

Un règlement simple peut venir à bout du problème : délimiter un quadrilatère bordé au nord par l’autoroute Métropolitaine, au sud par le fleuve, à l’est par le boulevard Pie-IX et à l’ouest par le boulevard Décarie. Pour pénétrer cette zone avec une voiture à un seul occupant. il en coûterait 10 $, 5 $ pour deux occupants, 2 $ pour trois, et ce serait gratuit pour quatre occupants et plus. Le coût serait de 25 $ pour les véhicules énergivores. Cette recette devrait être réinvestie intégralement dans des solutions de rechange en transport.

Chers concitoyens automobilistes, avant de vous mettre à hurler, considérez ceci : le transport en commun deviendrait ainsi vraiment efficace avec une offre de services nettement augmentée, lesquels ne seraient plus ralentis par les bouchons. Vous économiseriez donc beaucoup de temps, du temps pour lire, dormir ou relaxer loin du stress de la conduite en ville. Vous allez avoir aussi plus d’argent dans vos poches, prenez le temps de vous demander ce que coûtent vos déplacements motorisés. Vous allez être en meilleure santé, transport actif oblige, il y aura moins d’accidents, sans compter la fin du stress. Est-il besoin d’en rajouter sur l’impact de cette option concernant notre empreinte carbonique ?

Finalement, si vous avez vraiment besoin de prendre votre voiture seul à bord pour aller en ville, eh bien, le trajet que vous planifiez et qui devrait prendre vingt minutes en prendra réellement vingt et non pas une heure et quart.

9 commentaires
  • Jean-Paul Carrier - Abonné 13 mai 2017 00 h 53

    Taxe, taxe$, taxe$$$$$

    Le féminin est utilisé pour alléger le texte. Faut-il apporter une solution au problème de quantité d'automobiles ou celui de la pollution; deux problématiques entièrement différentes. Je ne crois pas que d'ajouter des taxes soit une solution envisageable, sauf pour celle qui utilise une bicyclette ou se déplace pour son travail ou toutes autres activités en marchant; aucune conséquence pour elle. Pour la pollution, il y a une solution primordiale; la progression de l'efficacité des voitures électriques; cependant, celles-ci ne sont pas entièrement dépourvues d'effets polluants, tout comme la génération d'hydro-électricité d'ailleurs.

    Pour ce qui est du transport en commun par automobile, plusieurs entreprises ont par le passé mis en place des systèmes avec l'intention d'encourager le covoiturage en utilisant, entre autres, le système du code postal pour faciliter la liaison des conductrices. Malheureusement, la répartition des employées sur une vaste étendue de la région rendit la réalisation de cette approche caduque. Le transport en commun est une solution, cependant son efficience doit être améliorée. Cette amélioration n'a pas comme solution la simplicité d'ajouter une autre taxe, mais une meilleure planification de la grille horaire et des correspondances. J'ai essayé moi-même de faire l'allée retour à mon travail en utilisant la combinaison train/métro/autobus avec la venue du train dans ma région. Même si cela augmentait la durée du trajet de 30 minutes je voulais le faire. Malheureusement, je devais partir du bureau avant 16:30 si je ne voulais pas rater ma dernière correspondance. Ma voiture étant à la gare devenait une embûche majeure.

    Une solution s'impose, c'est une obligation. Elle n'est pas aussi simple d'ajouter une autre taxe.

  • Cyril Dionne - Abonné 13 mai 2017 08 h 08

    "Si, comme moi, vous vous déplacez régulièrement à Montréal, vous aurez remarqué que le transport en automobile y est d’une inefficacité qui frise l’absurde."

    D'accord. Le métro, c'est plus simple.

  • François Beaulé - Abonné 13 mai 2017 09 h 26

    Réprimer l'auto: oui, mais encore

    Par une augmention des taxes sur le carburant. Par des péages électroniques sur les ponts et les autoroutes.

    Mais aussi et surtout par une intervention sur l'évolution de l'habitat. Puisque l'étalement des banlieues de faible densité est la principale cause de l'attrait pour l'automobile.

  • Jean Richard - Abonné 13 mai 2017 13 h 11

    Des solutions obsolètes

    Taxer, taxer et taxer, c'est rendre l'automobile rentable. Alors, si on veut que ce soit payant, il faut augmenter le nombre de gens taxables, donc le nombre d'automobilistes. Évitons surtout cette fausse vertu qui dicte des suggestions telles « 25 $ pour les véhicules énergivores ».

    Au départ, faisons bien nos calculs : à l'heure actuelle, la voiture individuelle est encore le moyen de transport le plus rapide pour la majorité des gens qui habitent sur l'Île de Montréal. Pour Laval, la rive nord et la rive sud, la question ne se pose même plus tant la réponse est évidente.

    Autre mythe, la difficulté à stationner : on arrive difficilement à calculer le nombre d'espaces de stationnement à Montréal, mais ça pourrait dépasser les 2 millions, seulement sur l'île. Le non sens, c'est que chaque voiture a besoin d'un minimum de 2 à 3 espaces et c'est probablement ce qu'on a.

    La multiplication des applications iPhone/Android qui permettent de localiser les espaces libres, à quoi s'ajoute la nouvelle tendance à permettre à des propriétaires de transformer sa cour en terrain de stationnement lucratif fait en sorte que la voiture a de beaux jours devant elle.

    L'objectif inavoué des administrations municipales, c'est de multiplier les sources de revenus et de diminuer les dépenses. Les transports en commun, ce sont des dépenses et les voitures individuelles, ce sont des sources potentielles de revenus vite gagnés (bien sûr, on se cache à soi-même les vrais coûts de l'automobile et quand on regarde l'état des chaussées à Montréal, on devine qu'on roule sur une bombe, qui sautera tôt ou tard, mais pour l'instant, on ferme les yeux).

    Ce n'est pas en rendant la voiture lucrative qu'on va s'en débarrasser. Ce n'est pas avec le statu quo que les transports en commun gagneront en rapidité et en fiabilité. Est-ce mal penser que de croire qu'on laisse volontairement dépérir le transport urbain en ville (sur un air de rêve de privatisation) ? Non, c'est en plein ce qu'on f

  • Hugues Savard - Inscrit 13 mai 2017 13 h 12

    Déménagez en région.

    Car ça n'ira pas en s'améliorant le trafic à Mtl, pas besoin d'être Jérémie pour le savoir...