Cachez ce populisme que je ne saurais voir!

«Emmanuel Macron est persuadé qu’un programme politique est inutile, et que les électeurs ne sont qu’à la recherche d’une personnalité ou, dans ses mots,
Photo: Eric Feferberg Agence France-Presse «Emmanuel Macron est persuadé qu’un programme politique est inutile, et que les électeurs ne sont qu’à la recherche d’une personnalité ou, dans ses mots, "d’une vision"».

Dans cette campagne présidentielle, on aura parlé de populisme en imaginant l’avenir d’une France livrée à l’extrême droite ou à l’extrême gauche. De parallèle en parallèle, la France de Marine Le Pen refléterait les États-Unis de Trump quand la France mélenchoniste serait l’Espagne de Podemos ou la Grèce de Syriza. Mais il est un populisme dont on parle assez peu, alors qu’il complète le tableau à merveille tout en étant l’héritier d’une longue tradition française relativement méconnue : le centrisme.

Ce centrisme très hexagonal qui consiste à n’être « ni de droite ni de gauche », au-dessus des partis, rassembleur, etc. Plusieurs s’y sont essayés, avec ou sans succès, comme dans le cas de la candidature de François Bayrou en 2007. C’est aussi un trait institutionnel de la Ve République, où le président possède un grand nombre de pouvoirs d’intervention, mais à qui il incombe de savoir les utiliser judicieusement ; diriger sans trop le montrer, là se trouve l’art de la présidence.

De Gaulle, par exemple, père de cette Ve République, chérissait cette position royale au-dessus des partis, tout en sachant également faire usage d’un contrôle strict sur le travail gouvernemental. Chirac sut lui aussi faire un usage stratégique de cette position régalienne ; représenter dignement la France à l’étranger, tout en adoptant un rôle pacificateur et rassembleur en politique intérieure lui permit de ne pas sombrer dans l’impopularité de ses successeurs, malgré 12 ans d’exercice médiocre du pouvoir.

Et c’est aujourd’hui au tour d’Emmanuel Macron, persuadé qu’un programme politique est inutile, et que les électeurs ne sont qu’à la recherche d’une personnalité ou, dans ses mots, « d’une vision ». Serait-on tenté de voir en lui un Bonaparte que la comparaison serait trop facile ; enfant de la bourgeoisie française, diplômé des grandes écoles, administrateur de l’État (haut fonctionnaire puis ministre), jeune homme qui se veut le symbole d’un renouveau dont il est l’antithèse, mais qui parvient à (presque) rafler le pouvoir dans une période de crise politique, adulé et adoubé par une intelligentsia ayant toujours su servir sa propre cause en soutenant sans discriminer ceux ayant réussi à s’emparer du pouvoir… il représente à lui seul la fine fleur d’un système français faussement méritocratique mais véritablement élitiste.

Et c’est là sans doute que Macron est sincère ; s’il est effectivement au-dessus des partis, c’est que comme l’écrasante majorité de ses coreligionnaires et camarades de Sciences Po et de l’ENA, issus des mêmes classes sociales, il est effectivement au-dessus de la mêlée ; il fait partie d’un monde dont dire qu’il est déconnecté serait un euphémisme ; d’une élite qui, du boulevard Saint-Germain aux quartiers bourgeois des grandes villes françaises, sait reconnaître aisément les siens. Une élite qui a fait sienne la déclaration attribuée à Louis XIV : « L’État, c’est moi ! »

Difficile de croire, dans ces circonstances, de vagues promesses de changement. Quelle étrange coïncidence d’ailleurs que de voir s’opposer un admirateur de Thatcher et une protofasciste ; deux camps qui, comme dans le Chili de Pinochet et des Chicago Boys, se sont historiquement assez bien entendus. Après tout, peut-être est-ce là que l’on touche au fond de la réalité de ce populisme « au-dessus des partis »…

3 commentaires
  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 27 avril 2017 08 h 54

    Du populisme partout !

    Outre le fait qu'on ne sait pas trop de quoi vous parlez quand vous parlez de populisme, vous poussez le bouchon un peu loin quand vous associez le centrisme avec De Gaulle ou Chirac. C'est une méconnaissance surprenante de l'histoire de la vie politique française, puisque ces deux présidents ont eu, lors de leurs élections, des adversaires explicitement centristes (Lecanuet, ça vous dit quelque chose ?). On peut très bien être de droite et se dire au dessus des partis.

    Quand à l'opposition que vous semblez faire entre la mise en avant d'une vision et l'utilité d'un programme, l'insistance avec laquelle E Macron et son porte-parole renvoient à son programme devrait pas mal la relativiser.

    Pierre Leyraud

  • Gilles Théberge - Abonné 27 avril 2017 10 h 17

    Vous n'êtes pas "protofaciste" vous, c'est certain...

    Et qui dit que Macron ne l'est pas!

  • Raynald Rouette - Abonné 27 avril 2017 11 h 44

    Un autre politicien au service des ploutocrates


    Emmanuel Macron est un multiculturaliste pur et dur, comme nous en avons chez-nous.

    Le multiculturalisme est à la base du projet de la mondialisation économique, non pas au bénéfice des nations, mais bien au profit des puissants de ce monde.

    Les nations doivent êtres sacrifiées, c'est ce disent en substance les tenants de la mondialisation tant sur la plan économique que politique, «pour ne faire qu'un» comme le représente bien l'Union Européenne.

    À moins d'un réveil rapide, les populations des pays visés par la mondialisation et le multiculturalisme, ne seront plus en mesure de contrôler leur destinée! C'est déjà commencé au Canada et au Québec.

    Aujourd'hui dans ce journal Alain Deneault parle avec raison, d'une victoire de l'extrême centre en France. Je le cite entre-autres: «D'un gros Québec, la France devient un petit Canada».