À qui profite la motion sur l’islamophobie?

La visibilité qu’on accorde aux musulmans leur nuit plus qu’elle ne les sert. Ils souhaitent simplement qu’on les regarde et qu’on les traite comme des citoyens à part entière, écrit l’auteur.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La visibilité qu’on accorde aux musulmans leur nuit plus qu’elle ne les sert. Ils souhaitent simplement qu’on les regarde et qu’on les traite comme des citoyens à part entière, écrit l’auteur.

À qui profite la motion contre l’islamophobie votée à Ottawa ? Est-ce une concession accordée gratuitement aux agitateurs islamistes du Canada, sert-elle réellement à protéger la communauté musulmane ?

Regardons de près l’origine et la signification de ce nouveau venu dans la terminologie officielle du Parlement canadien. La définition et le sens étymologique de ce concept sont loin d’être clairs. L’islamophobie, c’est la peur imaginaire et injustifiée de l’islam ou des musulmans. En partant, associer le terme phobie au mot islam en fait une maladie, et donc la personne qui en souffre doit être soignée et jamais condamnée même si sa phobie implique plutôt la détestation, la haine et le rejet des musulmans.

L’ancienne utilisation du mot « islamophobe » concerne des problèmes de l’administration des colonies et le monde de la recherche en anthropologie dans les pays musulmans, et n’a rien à avoir avec la signification contemporaine de l’islamophobie. Cette dernière est apparue avec la montée du fondamentalisme religieux dans le monde politique au lendemain de l’avènement de la République islamique iranienne en 1979. Elle a été utilisée par les mollahs pour contrer la résistance à ce nouvel ordre théocratique. Elle a ensuite été réaffirmée en 2001 par le penseur islamiste Tariq Ramadan dans un article publié dans le journal Le Monde sous forme d’une tirade devenue célèbre : « Au nom d’une éthique commune, notre dignité sera fonction de notre capacité à savoir critiquer, au-delà de toute appartenance confessionnelle, tout État et toute organisation à l’aune des principes du droit sans considérer qu’il s’agit d’une manifestation d’antisémitisme ou d’islamophobie. » Ainsi, tel un refrain, le concept d’islamophobie a toujours accompagné la mouvance islamiste dans le sens qu’on peut dire que, sans elle, il n’y aurait pas de concept d’islamophobie.

Valeur symbolique

Si l’effet juridique ou pratique de la motion de condamnation de l’islamophobie sur la vie des musulmans ordinaires qui sont pourtant discriminés à bien des égards est nul, sa valeur symbolique est incontestablement une véritable victoire pour les islamistes, qui jubilent ; eux qui ne croient ni aux droits de l’homme, ni aux droits des femmes, ni aux valeurs démocratiques. Avoir peur de l’islam aujourd’hui ne relève pas de la phobie si par islam on entend l’idéologie officielle de l’Arabie saoudite, cette philosophie du salafisme qui sert de matrice à l’islamisme radical et violent responsable de la mort de centaines de milliers de personnes innocentes dans les mondes « arabe », « musulman », « berbère », « kurde » et autres. Ainsi, le 22 mars dernier, les Algériens ont souligné l’anniversaire contre l’oubli pour honorer la mémoire des dizaines de milliers de morts d’Algériens qui se sont battus contre l’islamisme politique et pour l’interdiction des partis politiques islamistes du jeu politique.

Je ne souhaite pas qu’aujourd’hui le nouveau texte de loi contre l’islamophobie donne le droit à l’existence politique légale aux islamistes ou qu’elle leur serve d’appui pour implanter des tribunaux islamistes au Canada. Pour rester simple, je dirai que la religion devrait rester strictement loin de la sphère politique, et l’islam ne peut faire l’exception. Certes, les musulmans du Québec et du Canada écopent pour des discours haineux et des actes perpétrés par les islamistes et les djihadistes d’ici et d’ailleurs. Ils subissent les contrecoups des atrocités commises et mises en scène par Daech et d’autres groupes terroristes. Ils sont aussi victimes de la diabolisation de l’image de l’islam par les médias et les autres idéologues extrémistes de droite, lesquelles ont toujours maintenu, à dessein, la confusion entre musulmans, islamistes, terrorisme et islam. En général, ceux qui manifestent du racisme contre les musulmans sont les mêmes qui se montrent racistes contre tous les groupes racisés au Canada ou en Occident. Par exemple, il n’y a pas longtemps, on appelait les musulmans en France « Arabes », puis « beurs », puis « gens des banlieues », et maintenant « musulmans ». Bien que les formes du racisme aient changé au fil du temps, son fond est resté le même. Au Canada comme au Québec, les musulmans sont tout simplement victimes du racisme. Néanmoins, les textes de loi canadiens et québécois suffisent largement à contrer ce phénomène, et les multiplier ne ferait qu’apporter plus de confusion dans l’esprit du public.

Enfin, étant moi-même de culture musulmane, je peux affirmer que la majorité des musulmans du Québec, les petites gens, qui chaque matin se lèvent et partent au travail, les femmes — même celles qui portent le hidjab —, les jeunes étudiants, les chauffeurs de taxi, les techniciens sous-traitants de Vidéotron et de Bell, les enseignants, les chômeurs, ceux-là ne se demandent pas si on les aime ou pas en tant que musulmans. D’ailleurs, la visibilité qu’on leur accorde leur nuit plus qu’elle ne les sert. Ils souhaitent simplement qu’on les regarde et qu’on les traite comme des citoyens à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

41 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 24 avril 2017 01 h 24

    En espérant que les bien-pensants sont à l'écoute.

    Bravo, Monsieur Mezhoud, pour la justesse et la lucidité de vos propos. Finalement, un musulman de conscience ose dire la vérité sur l'islam politique. «Avoir peur de l’islam aujourd’hui ne relève pas de la phobie si par islam on entend l’idéologie officielle de l’Arabie saoudite, cette philosophie du salafisme qui sert de matrice à l’islamisme radical et violent responsable de la mort de centaines de milliers de personnes innocentes dans les mondes « arabe », « musulman », « berbère », « kurde » et autres». N'oubliez pas les massacres des chrétiens du Moyen-Orient aussi.
    On ne peut pas balayer une idéologie barbare et totalitaire au nom de l'inclusion! En espérant que les bien-pensants sont à l'écoute.

    • André Joyal - Abonné 24 avril 2017 12 h 48

      Oui, un excellent texte. À faire lire par tous les membres de Québec solidaire.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 24 avril 2017 13 h 15

      Madame Alexan : M. Mezhoud a écrit qu'il est de "culture musulmane", ce qui n'est pas la même chose que de dire "je suis musulman". J'en connais la nuance, étant mariée à un Iranien qui admet être de culture perso-musulman car (malheureusement) ce coin de monde est sous le joug de cette religion depuis l'invasion des Arabes.

    • Benoit Toupin - Abonné 24 avril 2017 15 h 57

      Ce texte est une excellente lecture pour tous les politiciens et pour les citoyens qui sont galvaudés par tout ce qui se dit. Le point de vue de Monsieur Mezhoud nous invite à réfléchir sur un aspect important à considérer pour un fructueux vivre ensemble; il révèle l'importance de l'esprit critique et de la connaissance des faits.

      J'ose proposer un autre texte; celui-ci de Monsieur Ali Kaidi.

      http://kabyleuniversel.com/2017/04/23/gabriel-nade

    • Cyril Dionne - Abonné 24 avril 2017 18 h 36

      Tous les gens à la sauce de Québec solidaire devraient s’écouter écrire. Nous parlons ici d’une idéologie politico-religieuse qui est basée sur un conte créationniste. La religion n’est pas une race ou une ethnie, mais une aberration humaine. Ici, il n’y a aucune forme de racisme parce que ce qui est en jeu, ce sont des idées qui émanent de récits folkloriques farfelus qui doivent être débattues en démocratie. Le blasphème n’existe que dans les paramètres de l’incitation à la haine et la diffamation. Revoyez votre Code criminel « Canadian » SVP.

      La religion catholique et ses prêtres pédophiles, même s’ils ont réussi à le cacher pendant des siècles, en est une qui encourageait la pédophilie à outrance. Il y a même un système d’écoles catholiques en Ontario qui est financé à 100% par les fonds publiques. On imagine tous que la discrimination religieuse n’existe pas dans le Canada multiculturaliste des « Canadians ».

      La « musulmanie » des musulmans n’existe pas. Il n’y a pas de culture musulmane, mais bien une qui est arabe. Sur leur passeport, il n’est pas écrit qu’ils sont musulmans. Comme pour le mien, il n’est pas écrit que je suis humaniste.

      Vous voulez être traités comme tous les autres, alors arrêtez de vous endiguer de titres qui ne font plus aucun sens. Nous sommes bien en 2017. Curieux tout de même, ce problème existe seulement avec une certaine frange de la population qui se croit enduite d’une onction qui se prête aux êtres choisis magiques et extraterrestres. Revenez-en. Vous êtes des immigrants économiques issus de pays qui sont sous-développés. Ni plus, ni moins.

  • Cécile Comeau - Abonnée 24 avril 2017 02 h 49

    Un scandale

    Cette motion ne profite qu'aux salafistes, au détriment des musulmans, et elle profite politiquement aux libéraux qui cherchent à consolider leur clientèle électorale en se cachant derrière le multiculturalisme et la religion. Trudeau se fiche éperdument du peuple et des musulmans. Personne ne pourra plus critiquer ou quitter l’islam sans se faire harceler et poursuivre par les fondamentalistes religieux. Trudeau veut implanter la charia pour tous les musulmans du Canada et forcer les non-musulmans à s’y adapter. Une personne de religion musulmane ou athée originaire d’un pays musulman pourrait être tenue de se soumettre à un tribunal religieux en matière de conflit familial. Voyons donc!

    Autrefois, les politiciens recherchaient l’appui des curés pour faire voter le peuple du «bon bord». Maintenant, les politiciens recherchent l’appui des imams pour museler le peuple, croyant ou athée, quitte à lui enfoncer la charia dans la gorge. Cette motion ne va qu’entraîner le rejet des musulmans par la population en général. Cette motion divise le peuple qui veut un État laïc. Cette motion vient en nette contradiction avec l’émancipation de la femme. Mais Trudeau n’en a rien à foutre, pourvu qu’il obtienne le vote des cliques communautaires. Des fillettes de six ans voilées, pour lui c’est bof! Pourvu qu’il soit élu...le reste importe très peu. Trudeau méprise les Canadiens de toutes les langues, origines et religions confondues, croyants comme athées. Trudeau est une honte nationale a mari usque ad mare. Qu'il déménage donc en Arabie saoudite, mais en laissant sa femme et sa fille au pays par amour pour elles.

  • Jean Duchesneau - Abonné 24 avril 2017 04 h 49

    Bravo M Mezhoud pour votre courage de dénoncer une complicité factuelle entre islamistes intégristes et idéologues multiculturalistes. Quoi de plus efficace que l'ouvertures de brèches à la laïcité au profit des intégrismes religieux afin de détruire les identités nationales. La motion contre l'islamophobie n'est pas inocente, elle vise à baillonner ceux qui pensent autrement qu'eux sous couvert de diversité et d'inclusion. Pourtant, Selon le philosophe français Pascal Bruckner, dans son récent livre "Un racisme imaginaire" le terme "islamophobie" est volontairement chargé de confusion afin que toute critique de l'idéologie islamiste soit baillonnée. C'est la gauche "alal" selon Bruckner, qui, en mal de clientèle, s'est trouvé un alié commode. Pourtant, cette motion me semble une claire entrave à la liberté d'expression.

  • Gilles Racette - Abonné 24 avril 2017 06 h 10

    C'est surtout la première phrase

    qui est aussi et en fait la dernière du texte qui m'a frappé: "Ils souhaitent simplement qu'on les regarde et qu'on les traite....", il y aurait tellement a dire, écrire et discuter sur ce seul énoncé, mais si le fait d'avoir des réticences et des inquiétudes et même certaines objections devient de la peur et de la haine donc du racisme qu'on doit réprimer avec des lois et des sanctions, on est bien mal partis..

  • Pierre Grandchamp - Abonné 24 avril 2017 07 h 10

    Je suis islamistophobe

    Je suis islamistophobe quand: je suis l’actualité internationale, je lis les discours de certains imams chez nous, je vois des chiites et des sunnites s’entretuer au nom du même Allah , je sais l’état de banlieues en Angleterre, en France, en Belgique.

    Quand je vois que« Le silence de la majori­té des musulmans face à l’islamisme radical est assourdissant. Le tort qui est fait à l’islam et aux musulmans par les idéologues de la haine et les «leaders» autoproclamés est irréparable.(.....) Les extrémismes se nourrissent réciproquement de leur haine mutuelle. On ne peut combattre le racisme si on ne combat pas les discours haineux et la violence djihadiste à l’égard des «mécréants». »- Fatima Houda Pépin musulmane-

    http://www.journaldemontreal.com/2017/02/06/le-que

    • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 24 avril 2017 11 h 41

      Dans son texte, Fatima Houda Pépin parle entre autre de la nécessité d'un dialogue.

      Je rappelle qu'un dialogue se fait à deux :
      donnant-donnant + recevant-recevant = gagnant-gagnant

      J'ajouterais que la société d'accueil et l'immigrant s'intégrant ont chacune et chacun des droits et des devoirs.

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 24 avril 2017 12 h 18

      Moi aussi je suis islamosceptique, car ce mot d’islamophobie ne fait consensus que chez les islamocrates.