La liberté d’expression est-elle tenue pour acquise?

Dans une société où les médias sociaux sont devenus la première source d’information que les gens utilisent, les propos sont très faciles à propager, estime l'auteure. 
Photo: Alice Chiche Agence France-Presse Dans une société où les médias sociaux sont devenus la première source d’information que les gens utilisent, les propos sont très faciles à propager, estime l'auteure. 

Vivant au Québec, je suis très troublée par l’attentat survenu au Centre culturel islamique de Québec le 27 janvier dernier. Cependant, ce qui me choque le plus, ce sont les nombreux commentaires haineux que j’ai lus sur les réseaux sociaux après l’événement. C’est également en lisant plusieurs articles haineux de groupes fascistes islamophobes que j’ai été menée à me questionner sur la liberté d’expression au Québec.

Tous ces gens, prônant leur idéologie raciale, religieuse, homophobe et misogyne, ne profitent-ils pas trop de leur liberté d’expression, du moins, plus qu’ils ne le devraient ? Poser la question, c’est y répondre. Certes, ils ont le droit d’exprimer leurs opinions, leurs croyances et leurs pensées, mais seulement à l’intérieur des limites imposées par la Charte des droits et libertés du Québec.

D’un côté, j’ai remarqué que certaines personnes lançaient publiquement des propos haineux. Tout comme les organisations extrémistes islamiques, les gens de l’extrême droite québécoise qui propagent leurs idées radicales au grand public suscitent la haine chez des milliers d’individus. Un discours haineux n’a d’autre but que de semer une haine aveugle dans l’esprit de ceux qui l’entendent ou le lisent. Avec le contexte de tensions actuel, ces propos pourraient avoir comme effet de réveiller un cancer endormi chez ceux qui y sont exposés.

En effet, un samedi de janvier, un groupe de l’extrême droite québécoise, Atalante-Québec, tapisse les murs des campus du Québec pour inciter les étudiants à les rejoindre. Le dimanche d’après, un étudiant de l’Université Laval commet une fusillade dans une mosquée. Malgré cette tuerie, ce même groupe a par la suite organisé des marches dans le centre-ville où sont alors apparus plusieurs autocollants où l’on pouvait lire le slogan « Brûle ta mosquée locale ».

Est-il permis d’inciter à la violence et de discriminer une communauté au nom de la liberté d’expression ? Non. La Charte des droits et libertés du Québec le dit clairement : « Nul ne peut diffuser, publier ou exposer en public un avis, un symbole ou un signe comportant discrimination ni donner une autorisation à cet effet. »

Sentiment d’anonymat

D’un autre côté, sur Internet, j’ai remarqué après la fusillade que le non-respect des limites de la liberté d’expression est très présent. J’ai lu des commentaires tels : « Y en a qui se réveillent pis quelques musulmans en moins bof ! » On le sait, les réseaux sociaux sont devenus des espaces d’expression pour énormément de gens sur la planète.

Cependant, bien des utilisateurs éprouvent un sentiment d’anonymat et d’immunité devant leur écran, laissant alors libre cours à leurs propos haineux qui blessent et qui propagent la haine et l’ignorance. Dans une société où les médias sociaux sont devenus la première source d’information que les gens utilisent, ce genre de propos est très facile à propager à grande échelle. La liberté d’expression ne permet pas de répandre des rumeurs ni d’inciter à la haine et à la violence comme j’ai pu souvent le voir sur mon fil d’actualité.

Enfin, c’est maintenant plus clair : dans le monde réel tout comme sur Internet, les atteintes aux limites de la liberté d’expression sont loin d’être rares. Toutefois, comme vous avez pu le voir, le problème ne se situe pas dans l’absence de lois, mais réside dans l’application de ces lois. Comment autant de gens peuvent-ils dépasser les limites sans conséquence ? Mais ça, c’est un tout autre débat…


* Âgée de 17 ans, l’auteure étudie en 5e secondaire à l’École secondaire d’Anjou. D’origine algérienne, elle est arrivée au Québec il y a 10 ans et a commencé sa scolarité québécoise dans une classe d’accueil pour parfaire sa lecture du français. Passionnée d’argumentation et d’astronomie, elle souhaite devenir astronaute.

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