Énergie Est: ce que doivent faire les souverainistes

Seul le projet Énergie Est est vraiment encore un enjeu puisque toutes les autres options de transport, sur notre territoire, sont déjà en cours.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Seul le projet Énergie Est est vraiment encore un enjeu puisque toutes les autres options de transport, sur notre territoire, sont déjà en cours.

Maintenant que, sur le territoire québécois, le projet de pipeline d’Enbridge est autorisé, que celui de TransCanada est en processus d’évaluation, que le transport du pétrole sur le Saint-Laurent, à partir de Sorel par superpétrolier, est effectif et, enfin, que le transport du pétrole par train a explosé, on le sait, nombre d’environnementalistes et tous les partis souverainistes s’y sont opposés ou ont demandé de multiples ajustements à ces activités.

Aussi limpide que l’eau d’un ruisseau, le plan politique du gouvernement Trudeau demeure de sortir le pétrole albertain à tout prix, et le Québec continue d’être une voie de passage incontournable. Alors, comment profiter de ce qui paraît inéluctable ? Comment en faire un atout dans le discours indépendantiste ? Doit-on s’obstiner à marteler un plaidoyer négatif — de victime — ou constater de manière réaliste la situation et se définir une stratégie proactive ? D’autant que le pétrole albertain envahit déjà notre territoire.

Quelles sont les évidences ? Il apparaît que seul le projet Énergie Est est vraiment encore un enjeu puisque toutes les autres options de transport, sur notre territoire, sont déjà en cours. Pourquoi ? Parce que, pour l’essentiel, ils sont de compétence fédérale et que, d’autre part, le gouvernement québécois libéral les accepte d’emblée.

Devant ces faits, à quelle analyse le mouvement indépendantiste devrait-il se livrer ? Au-delà de la vigilance envers l’environnement qui doit demeurer l’axe principal de l’argumentaire, et puisque la position officielle de ces partis est nettement et à juste titre d’être contre le projet Énergie Est, comment peut-on ajouter une dimension à cette situation qui rendrait notre discours, non pas seulement environnementaliste, mais beaucoup plus stratégique ?

Soyons réalistes ! Devant ces usages déjà très concrets, et l’éventualité malheureuse où le projet Énergie Est serait autorisé, quelle devrait être la position des partis souverainistes ? L’analyse paraît claire comme le jour : en position de négociation du Québec-pays, le Canada devra tenir compte de l’impact de ces installations sur son économie.

Percevoir une redevance

Étant donné ce qui précède, à savoir que des millions de barils de pétrole investissent déjà notre espace et que cette situation aura sans doute un effet stratégique bénéfique pour un Québec indépendant, dès lors, ne devrions-nous pas ajuster le discours et le compléter de notre seule opposition légitime au projet Énergie Est ? Comment ? En exigeant que l’exploitation de notre territoire ne soit consentie que dans la mesure où nous percevrons une redevance en contrepartie, applicable sur tout baril de pétrole qui gravite par notre territoire par train, par bateau ou par pipeline.

La proposition n’est pas nouvelle, la Colombie-Britannique ayant osé la faire avant nous. Mais n’en restons pas là. Comme le débat de la péréquation revient incessamment hanter le paysage d’un Québec-pays, proposons un engagement ferme que les sommes qui seront générées par ces redevances (une taxe, par exemple, de 1 $ le baril sur tous les barils non consommés au Québec pourrait rapporter des centaines de millions par année) soient dépensées par le Québec comme suit :

40 % de ces sommes seraient réservées pour créer un fonds de protection en cas d’accidents environnementaux ; ce fonds serait créé pour couvrir la part québécoise, si le fédéral prend l’engagement de réserver annuellement un fonds de taille identique pour la même fin. Il est entendu que les promoteurs aussi devraient y contribuer. Lac-Mégantic aura servi de leçon.

60 % des sommes serviraient à encourager la création de nouveaux emplois, à augmenter le PIB de façon à diminuer la péréquation et, surtout, à appuyer des technologies aptes à limiter notre consommation de pétrole importé. Elles seraient réparties en parts égales entre, d’une part, le développement de technologies vertes, transport électrique y compris, et, d’autre part, l’appui au développement des PME manufacturières ou celles implantées en région.

Un écho

Cette approche permettrait aussi de dire à nos concitoyens que la part québécoise des subventions fédérales au pétrole albertain peut trouver écho dans leur propre économie. La balle étant ainsi renvoyée dans le camp fédéral en ce qui concerne la réponse à donner à cette proposition. Si la réponse est non — comme cela est plus que prévisible —, alors, pourquoi ne pas leur indiquer que nous comptons déclencher un référendum dans lequel nous demanderions à nos citoyens la permission de procéder à l’imposition d’une pareille taxe ? Voilà l’illustration d’un discours proactif qui a plus de chances d’attirer vers les partis souverainistes les indécis que celui qui s’inscrit dans le rôle de la victime.

En ce qui concerne ladite incapacité constitutionnelle d’agir que l’on nous lancera avant même d’avoir pris le temps d’aller jusqu’au bout de ce texte, recourir à un référendum pourrait y suppléer, et au moins donner une nouvelle position de force au Québec à l’égard du fédéral, reconstruisant un tant soit peu l’équilibre perdu. Quelle Québécoise ou quel Québécois serait contre l’idée que, si l’on passe sur son terrain, cela mérite une compensation ? Existe-t-il une autre approche que celle de forcer le jeu pour gagner du terrain ?

Notre propre confusion nous dessert, la preuve en est faite.

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19 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 13 avril 2017 01 h 22

    La compromission

    Si le Québec était déjà indépendant, le débat au sujet du pipeline Énergie-Est n’existerait pas; le Canada exporterait son pétrole par la Baie-James.

    L’avenir du Québec au sein du Canada, c’est de devenir une autoroute à pétrole, par pipeline, par train et par pétrolier.

    Ceci est un argument en or : on ne peut pas être écologiste sans être indépendantiste.

    C’est clair. Et c’est incontestable.

    Et que propose M. Renaud Lapierre ? Abandonner cet argument en or, susceptible de convaincre des centaines de milliers de jeunes (entre autres), pour une poignée de dollars.

    C’est pathétique.

    • Claude Bariteau - Abonné 13 avril 2017 09 h 30

      Monsieur Lapierre propose d'accepter Énergie-Est pour en tirer des retombées économiques.

      Or, déjà, il y a amplement de pétrole de l'ouest qui circule sur le territoire du Québec pour agir dans la ligne de pensée de monsieur Lapierre. En rajouter avec Énergie-Est ne libérera pas le Québec de sa dépendance au Canada. Ça ne fera que l'augmenter.

      Aussi importe-t-il de bloquer Énergie-Est pour les bons motifs, qui sont la préservation de l'environnement et de taxer les transports actuels par train, pipelines actifs et bateaux en pour les mêmes motifs.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 13 avril 2017 11 h 28

      Pourquoi ?
      Pourquoi le territoire Québécois sur 625 Km doit-il être utilisé pour en faire profiter les industries privées Trans Canada ( TCPL ) et SUNCOR ?
      cette centaine de Km carré où on ne peut laisser pousser des arbres ou certaines plantes qui causeraient corrosion accélérée, ce tuyau de 106 cm où le dillbit circule à 120,000 litres à la minute qui traverserait 260 cours d'eau majeures qui
      pour exporter ce sale bitumineux dilué avec du naphta vers l' Asie
      pour mondialiser la pollution et les émissions de GES sources d'extrêmes climatiques meurtriers, pourquoi on ne respecterait pas l'accord e Paris qu'on a signé librement ?
      Pourquoi, le Canada n'orienterait-il pas sa politique énergétique pour limiter la production de sale bitumineux à 4 M de barils par jour pour combler nos besoins nationaux internes et les contrats déjà signés ? Il y a urgent de passer à la transition énergétique ; vers l'utilisation efficace des énergies propres et renouvalables ... ceci garanti plus d'emplois et de prospérité que de faciliter l'exportation du très polluant "canadian dilluted bitume".
      FACILITER l'exportation et la production de GES et de pollution c'est se FAIRE complice de crime contre la vie sur TERRE !

  • Yves Côté - Abonné 13 avril 2017 03 h 56

    Un béluga...

    "Quelle Québécoise ou quel Québécois serait contre l’idée que, si l’on passe sur son terrain, cela mérite une compensation ?"
    En posant cette question, à qui vendez-vous donc votre âme, Monsieur Lapierre ?
    Le pétrole de l'ouest qui passe au Québec, c'est non !
    Même pour un chargement titanesque d'or, c'est n-o-n non...
    Et si c'est non en tant que toujours province, c'est encore bien plus non en tant que futur pays.
    L'indépendance du Québec est, tout comme la souveraineté du peuple sur son territoire et ses lois qui en découlent, une donnée politique vitale pour nous n'a pas de prix, Monsieur.
    Alors, on peux-tu tous se tenir debout dans la bourrasque pour une fois, ou pas ?
    C'est pas d'argent supplémentaire qu'on a besoin de manière urgente, c'est d'un pays...
    Y-a-t'y quèqu'un chez vous qui crève de faim au point de vouloir nous convaincre que nous devrions tous accepter le risque, collectif et individuel, de faire avaler du pétrole à nos terres, à notre fleuve, à nos semblables, à nos familles ?!?
    Qu'est-ce que c'est que cette histoire tordue de s'adresser aux indépendantistes et aux autres en faisant espérer l'avenir du pays sous des auspices de circulation et de transbordement de pétrole sale ?
    Non c'est non. Point.
    Et ce n'est certainement pas parce que le clan Couillard et le clan Trudeau entendent les désirata d'Enbridge et de TransCanada comme des ordres que les indépendantistes vont se laisser tenter par une grosse courbette qui cèderait ainsi des droits inaliénables de dire non à qui que ce soit chez nous.
    Voyons-voyons Monsieur Lapierre, où c'est que vous allez avec vos skis en pleine fonte des neiges au printemps ? Pour qui donc voulez-vous faire la République du Québec, si vous vous servez de l'idée du pays pour que nous donnions carte blanche à tous ceux qui "coast to coast" s'y opposent ?
    A quoi servirait d'avoir un pays bien à nous, si au fond ce n'est que pour imiter le Canada ?

    Signé : un béluga médusé par votre tentative d'aujourd'hu

  • Jacques Pellerin - Abonné 13 avril 2017 06 h 04

    Apprendre à gagner

    Un pipeline, ce serait une bonne occasion de faire un référendum (ètes vous d'accord pour le passage du Pipeline, et si il doit passer, voulez-vous que ce soit sous contrôle d'une agence fédérale ou aux conditions approvées par l'assemblée nationale)....et de le gagner

    Mais, actuellement, les Libéraux ont peur du fédéral, le PQ ne s'intéresse qu'à faire plaisir à Québec Solidaire, et la CAQ ne s`intéresse pas à l'environnement...donc tout montre qu'on va manquer une chance historique d'avoir ce succès

  • Pierre Lalongé - Abonné 13 avril 2017 07 h 40

    Et 10$ le baril

    pour le pétrole qui n'est pas consommé ici.

  • Denis Paquette - Abonné 13 avril 2017 10 h 09

    les banquiers quels manipulateurs

    quelle naiveté de croire que de l'argent soit une garantie qu'y a-t-il de plus éphémère que l'argent, ne savons nous pas que l'argent se trafique selon les événements,mon opinion est qu'il y a seulement une facon de protéger un territoire, empêcher les gens de le galvauder, de s'y essuyer les pieds, un territoire est un lieu que l'on respecte parce qu'appartenant a des gens les autres formules sont de l'abus, aller demander aux gens de Mégantic , ce qu'ils pensent des banquiers,