À quoi sert le Régime pédagogique?

Des balises ministérielles précises devraient assurer la pérennité des programmes nationaux en fixant par règlement un seuil minimum d’heures d’enseignement dans toutes les matières.
Photo: Annik MH De Carufel Le devoir Des balises ministérielles précises devraient assurer la pérennité des programmes nationaux en fixant par règlement un seuil minimum d’heures d’enseignement dans toutes les matières.

Au moment où l’on s’apprête à modifier par voie de règlement le Régime pédagogique de l’enseignement secondaire, notamment pour y introduire, dès l’automne 2017, un cours obligatoire d’Éducation financière de deux unités (50 heures), plusieurs questions se posent sur le caractère contraignant du Régime pédagogique qui régit l’enseignement des diverses matières dans les écoles du Québec. À notre avis, il en va de la crédibilité même de nos programmes nationaux d’éducation et nous incitons le ministre à profiter de cette modification des grilles-matières, pour y introduire des balises favorisant le respect du nombre minimal d’heures prévu pour toutes les matières concernées.

Dans l’avis qu’il rendait public récemment sur ce sujet, le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) s’oppose à la mise en oeuvre du cours d’Éducation financière et recommande que les finalités et compétences associées à cette matière soient poursuivies dans le cadre des différentes matières présentes dans les programmes actuels. Il recommande également le maintien des 4 unités obligatoires du cours « Monde contemporain » en cinquième secondaire.

Le débat sur la pertinence de ces deux cours intervient au terme d’un long processus de réflexion sur la nécessité de donner aux jeunes une littératie financière, mais également une solide introduction historique au monde actuel. Rappelons que le cours « Monde contemporain », qu’on s’apprête à réduire de moitié, remplace depuis 2009 le cours « Environnement économique contemporain », dont il propose un traitement plus général et diversifié.

Quelle marge de manoeuvre ?

Nous ne souhaitons pas intervenir dans le débat sur la pertinence de ces matières, mais profiter de la modification proposée pour réfléchir au cadre que constitue le Régime pédagogique pour toutes les matières. Ce cadre a-t-il un caractère prescriptif ? Quelle est exactement la marge de manoeuvre des conseils d’établissement ? Quelle est l’autorité des commissions scolaires dans sa mise en oeuvre ? Si nous examinons l’exemple du programme Éthique et culture religieuse, mis en place à la rentrée de 2008, nous constatons que le nombre d’heures total prescrit pour cette matière au secondaire est de 250 heures. Or, une enquête menée par l’Association québécoise en éthique et culture religieuse (AQECR, 2016) auprès de 49 commissions scolaires au Québec montre que 47 % des écoles n’accordent pas les 250 heures d’enseignement indiquées en ECR par le Régime pédagogique. Cette proportion atteindrait 65 % à la Commission scolaire de Montréal.

Les statistiques sont encore plus alarmantes dans les établissements scolaires qui ont développé certaines concentrations et certains profils ou projets particuliers. L’AQECR nous apprend qu’au premier cycle du secondaire, 80 % de ces écoles amputent le programme ECR pour faire place à ces options. Au deuxième cycle, 100 %, rien de moins. […]

Nous ne contestons pas le droit de nos institutions scolaires publiques de développer pour les jeunes des projets éducatifs particuliers stimulants. Ces projets contribuent à favoriser leur réussite. Cela dit, de tels projets ne doivent pas se réaliser au détriment des programmes nationaux établis dans le cadre du Programme de formation de l’école québécoise, ainsi que le rappelle l’Avis du CSE. Des balises ministérielles précises devraient assurer la pérennité des programmes nationaux en fixant par règlement un seuil minimum d’heures d’enseignement dans toutes les matières. À ce titre, nonobstant la décision à intervenir d’aller ou non de l’avant avec l’implantation d’un cours d’Éducation financière et l’amputation du cours Monde contemporain, nous recommandons d’inscrire dans le règlement l’obligation de donner 250 heures d’enseignement en 5 ans aussi bien dans le programme d’Éducation physique et à la santé et dans le programme Arts que dans le programme ECR. Ces matières ne devraient pas être considérées comme des jetons échangeables dans le parcours de formation des jeunes.

Fixer des objectifs

Dans le contexte actuel, en l’absence de toute balise contraignante, des conseils d’établissement peuvent très bien prendre diverses initiatives susceptibles de diminuer sensiblement, voire de supprimer le nombre d’heures indiqué. Que signifie cette « indication » ? […] Comment juger de la valeur d’un programme si les enseignants ne disposent pas du nombre d’heures d’enseignement nécessaire pour atteindre les objectifs qui leur sont fixés ? La façon la plus concrète et la plus efficace de valoriser ECR — et les programmes qui connaissent aujourd’hui le même sort — est de permettre aux enseignants de ces matières de donner leur pleine mesure en les assurant d’un nombre minimum d’heures contact avec leurs jeunes. Si le MELS veut se donner les moyens d’évaluer les programmes qu’il met en oeuvre, il doit s’assurer que ces derniers s’enseignent à la hauteur des objectifs fixés.

À quoi sert le Régime pédagogique ? Dans son récent avis, le CSE demande que le Régime favorise la poursuite des objectifs établis par le Programme de formation et maintienne le projet d’une éducation centrée sur l’essentiel. Nous ne discutons pas cette priorité, nous recommandons seulement que lorsque des priorités sont établies, elles soient assorties de prescriptions claires et précises sur le nombre d’heures et d’unités. Toute modification du Régime pédagogique devrait être l’occasion de rappeler le nombre d’heures minimal obligatoire pour l’ensemble des matières, tout en tenant compte des prérogatives des conseils d’établissement et des commissions scolaires prévues par la loi.

6 commentaires
  • Jean Coulombe - Inscrit 3 avril 2017 10 h 01

    À quoi sert le Régime pédagogique?????

    J'ai plusieurs années derrière le veston pour en faire la démonstration.
    Procurez vous des horaires d'élèves du secondaire de certaines écoles, de
    certains niveaux, de certaines c.scolaires et écoles privées et vous aurez la réponse.
    L'application du Régime tel que défini n'est pratiquement jamais respecté
    dans son intégralité.C'est la règle du particularisme.C'est la raison pour laquelle
    les parents envoient leurs enfants dans telle ou telle école, privée ou publique.De
    fait,ce Régime n'est qu'une simple règle qu'on peut ici et là transgresser.

  • Jean Breton - Abonné 3 avril 2017 10 h 25

    250 heures de propagande religieuse

    Bravo aux Conseils d'établissement d'écoles qui réduisent le temps alloué au cours d'ECR. Ce n'est là que sagesse que de mettre fin à la surdose des grands mythes anciens... Trop c'est trop.

    De toute façon, les connaissances religieuses devraient plutôt être intégrées dans les programmes d'histoire, bien situées dans leur contexte temporel. Ce qui devrait faire partie de la grille matières, c'est un cours d'éducation à la citoyenneté où l'on initierait les élèves non seulement aux droits mais aussi aux responsabilités, comme dans la Charte des révolutionnaires de 1789.

    Évidemment, les démarcheurs fébriles et zélotes de l'ÉCR (cf les Georges Leroux et consorts) qui ont leurs entrées au ministère de l'Éducation nationale vont râler... C'est leur droit. Dommage que l'inverse ne soit pas toujours reconnu.

  • Loyola Leroux - Abonné 3 avril 2017 11 h 40

    Pourquoi ne pas faire confiance aux enseignants sur le terrain ?

    L’école consacre-t-elle trop ou pas assez de périodes d’enseignement au cours de religions ECR ?

    Pourquoi ne pas faire confiance aux intervenants sur le terrain, aux professeurs, aux cadres qui vivent avec les jeunes ? Le Régime pédagogique n’est pas sacré, il est appelé à évoluer. Avec le cours ECR, nous sommes loin des 992 questions et réponses du ‘’Petit catéchisme’’ à apprendre par cœur, de mon enfance dans les années 50, mais nous ne sommes pas encore rendus à l’enseignement scientifique du phénomène religieux, avec des cours comme histoire, anthropologie, sociologique, etc. des mythes constitutifs de notre société.

    A défaut de références à Mircea Eliade par exemple et à d’autres experts des mythes religieux, la réaction des professeurs des cours ECR dans les classes, qui diminuent ou réorientent le nombre de périodes de ces cours, n’est-elle pas valable ?

    • Vincent Beaucher - Abonné 5 avril 2017 22 h 02

      Je suis bien d'accord pour qu'on fasse confiance aux profs sur le terrain, excepté que les profs d'ECR, qui disent qu'il leur faut toutes les heures, on ne les écoute pas. Je vous mentionne pas ailleurs que l'ECR, c'est pas juste de la culture religieuse, mais aussi de l'éthique, et aussi du dialogue. Et quand on coupe dans l'ECR, ce n'est pas les profs d'ECR qui le décident, ce sont plutôt eux qui le subissent parce que la direction puis le conseil d'établissement décident que l'ECR, c'est pas très important et qu'on peut transférer des heures à un projet X.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 avril 2017 16 h 33

    L'habituel couplet


    On se demande quelquefois si un article portant sur l'agriculture hydroponique ne fournirait pas une nouvelle occasion aux contempteurs du programme ECR et ou - parfois indistinctement - du PLQ de se faire aller l'indignation.

    Tout ce que les auteurs disent, ici, c'est qu'il est nécessaire d'accorder le respect du Régime pédagogique aux prescriptions du PFÉQ. Ils ne portent pas, ici, de jugement sur la pertinence sur ÉCR. Ceux que leur certitudes dispensent de s'embarasser de telles nuances, d'une telle rigueur élémentaire...

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 3 avril 2017 17 h 51

    Des écoles font l'école buissonnière en donnant moins d'ECR que prescrit ?

    Je dis bravo ! J'espère que le PQ, une fois au pouvoir, abolira le programme ECR.