La motion de l’infamie

Le concept d’islamophobie est volontairement non défini. Peur, crainte, hostilité ou détestation, tout est confondu dans l’expression «islamophobie», sans distinction entre islam et islamisme.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le concept d’islamophobie est volontairement non défini. Peur, crainte, hostilité ou détestation, tout est confondu dans l’expression «islamophobie», sans distinction entre islam et islamisme.

La Chambre des communes a finalement adopté la motion M-103 de la députée libérale Iqra Khalid pour prétendument contrer la montée de « l’islamophobie » et du « racisme systémique ». En agissant de la sorte, la législature canadienne offre malheureusement à la mouvance islamiste un nouvel attelage à son arme d’intimidation massive utilisée à travers le monde depuis des années 1980. Comme il est inquiétant de voir des libéraux, les néodémocrates et même les « solidaires » du Québec se rallier à une telle entreprise !

Un long fleuve d’accusations

Depuis des décennies, les accusations de « racisme » et « d’islamophobie » sont dirigées par les intégristes musulmans pour empêcher toute contestation de leurs dogmes. Les ayatollahs et islamistes iraniens ont commencé le bal en 1979. La Ligue islamiste mondiale et l’Organisation de la coopération islamique, animées par les idéologies salafiste et wahhabite, se sont ensuite évertuées à nourrir une conception radicale et sectaire de l’islam dans le but de miner les bases de la démocratie contemporaine. […]

Ce chef d’accusation a un double objectif : faire peur aux musulmans modérés et laïques qui voudraient voir poindre leur « siècle des Lumières » et bâillonner les partisans de la laïcité. Le concept d’islamophobie est donc volontairement non défini. Peur, crainte, hostilité ou détestation, tout est confondu dans l’expression « islamophobie », sans distinction entre islam et islamisme. Or, pour les intégristes islamiques, toute critique de l’islamisme est perçue comme une attaque contre l’islam. L’amalgame permet ainsi d’attaquer des deux côtés : ceux qui s’opposent à l’islam (ce qui est pourtant un droit légitime et démocratique) et ceux qui dénoncent l’intégrisme et l’oppression de l’islamisme. Depuis quand, en société démocratique, le citoyen n’a-t-il plus le droit de vilipender une idéologie ? Le stalinisme, le fascisme, l’islamisme ? Même la dénonciation de la ségrégation sexuelle envers les femmes devient islamophobe.

L’éclairage de l’Europe

Un bel exemple de cette manipulation des concepts d’islamophobie et de racisme nous est parvenu de Belgique ces derniers jours dans la cause menée par Samira Achbita soutenue par un centre belge luttant contre le racisme et l’islamophobie. Elle poursuivait l’entreprise G4S Secure Solutions pour un congédiement jugé abusif relativement au port du voile islamique au travail. L’entreprise en question avait édicté un règlement général interdisant le port de signes religieux et politiques au travail. Mme Achbita a un jour annoncé à son employeur qu’elle porterait le voile. L’affaire s’est envenimée, l’entreprise a maintenu sa directive et l’employée a été congédiée. Déboutée consécutivement par deux tribunaux belges, elle a ensuite porté la cause devant de la Cour de justice de l’Union européenne. Lors d’une audition en première instance, en mai 2016, ladite cour a récusé la plaidoirie de la plaignante. L’argumentation de discrimination religieuse, d’islamophobie ou de racisme n’a aucunement été prise en considération. La Cour a expliqué que le droit d’exprimer ses convictions religieuses n’est pas absolu ; lorsqu’une entreprise adopte une politique de stricte neutralité religieuse, cela a pour conséquence logique qu’une travailleuse doit exercer sa fonction en renonçant à les afficher. Permettre un tel affichage aurait représenté une discrimination religieuse directe à l’endroit des autres employés et employées qui respectent le code vestimentaire de l’entreprise. Ce jugement a été avalisé en mars 2017 par la « grande chambre » de l’Union européenne, qui a précisé que l’employée a été licenciée « en raison non pas de sa foi musulmane, mais du fait qu’elle persistait à vouloir manifester celle-ci, de manière visible, pendant les heures de travail, en portant un foulard islamique ». Aucune trace d’islamophobie dans ce jugement.

Préserver le débat démocratique

Il est drôlement rafraîchissant de voir une telle lucidité de la Cour européenne, surtout pour la prévalence de l’universalité des droits, l’équité et la liberté de conscience. Les gouvernements du Québec et du Canada sont loin de là, pliant devant les intégrismes au lieu de bloquer leur intrusion au sein de l’État et des organismes publics. Rappelons que ce sont bien les franges intégristes des religions qui veulent faire prévaloir leurs particularismes et miner la laïcité des institutions.

La référence à la lutte contre l’islamophobie et le racisme est donc fallacieuse dans le débat sur la laïcité. La thèse de la propagation d’un prétendu « racisme systémique » est tout aussi pernicieuse. Il n’y a pas d’institutionnalisation du racisme au Québec, loin de là. Le droit de critique des religions et des idéologies n’a rien à voir avec un schéma raciste. Par contre, les appels à la haine et les actes de violence à l’endroit des personnes, groupes ou lieux de culte sont évidemment condamnables. Ils sont d’ailleurs interdits par le Code criminel. Nul besoin d’une motion arbitraire, liberticide et biaisée, comme celle que vient d’adopter la Chambre des communes.

40 commentaires
  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 31 mars 2017 07 h 16

    VERS UNE CRITIQUE "AUTORISÉE" ET '"RAISONNABLE" DE L'ISLAM ?

    Je suis entièrement d'accord avec votre texte qui encore une fois dénonce le mésusage volontaire du mot "islamophobie".Cependant quand vous écrivez" Nul besoin d’une motion arbitraire, liberticide et biaisée, comme celle que vient d’adopter la Chambre des communes." je ne pense pas que la motion est "arbitraire", au contraire elle participe d'un mouvement qui se cache de moins en moins et qui vise à "encadrer", à "restreindre la critique de l'Islam. Pensez au récent article de M Lapierre, dans le Devoir, qui, au sujet du livre de P Bruckner sur l'islamophobie nous invitait à la modération sous prétexte que cette critique serait sans doute mal"reçue" par des musulmans. De plus en plus on nous enjoint de faire une critique "raisonnée"de l'islam, oui on peut dénoncer le patriarcat de l'islam, oui on peut dénoncer l'inègalité hommes-femmes, mais n'allez pas plus loin dans votre critique !
    Ici,à quand le droit à la neutralité religieuse dans les entreprises si on n'a même pas déjà une véritable neutralité religieuse de l'État ?

    Pierre Leyraud

  • Alexis Richard - Abonné 31 mars 2017 08 h 02

    Et les arguments?

    Pourquoi le propos repose-t-il sur un contre-exemple? Cela endommage la crédibilité de la thèse en donnant l'impression qu'il n'y a pas d'argument à mobiliser pour la défendre.

    • Cyril Dionne - Abonné 31 mars 2017 18 h 02

      M. Richard, quel contre-exemple voulez-vous ? Les arguments sont des non-dits. Tellement évidents qu’ils semblent superflus de les mentionner. L’idéologie politico-religieuse musulmane prêche contre la liberté d’expression, contre l’égalité pour tous et le mur jeffersonien qui doit exister dans les nations démocratiques. Cette idéologie aux réflexes islamofascistes va à l’encontre de tout ce que nous prenons par acquis et le pourquoi nos ancêtres se sont battus après de longues et âpres luttes.

      Nous nous dirigeons vers une loi contre le blasphème. En d’autres mots, critiquer la « musulmanie » et ses dogmes de deux millénaires en arrière équivaut à une arrestation citoyenne. Depuis quand, dans les démocraties, nous ne pouvons pas débattre des idées, surtout celles qui vont à l'encontre des êtres humains libres ? Personne spécifiquement et individuellement est visée, mais l’idéologie, et je ne m’excuse pas, doit être critiquée à sa juste valeur. Nous avons déjà des lois en vigueur en ce qui concerne l’incitation à la haine vers un groupe spécifique (évidemment, les francophones en sont exclus) ou la diffamation dans le Code criminel.

      Cette motion de l’islamophobie est une honte pour une démocratie. Les anglophones sont très contents de celle-ci parce que c’est tout simplement du Québec « Bashing ». Ils ne sont pas intéressés ou assez intelligents pour apprendre la langue de ceux qui ont construit le Canada. En tout cas, ceux qui la parlent hors Québec, c’est au niveau de Mme May. C’est tout dire. C’est pour cela que Statistiques Canada nous dit qu’il y a seulement 9% hors Québec qui peuvent entretenir une conversation en français (si on enlève les Francos hors Québec de cette équation, on ne beurre pas très épais).

      Ce n’est pas de l’islamophobie qu’on devrait parler, mais bien de la francophobie qui est réelle et bien vivante pour ceux qui parle encore la langue de leurs ancêtres hors Québec, la langue française.

  • Bertrand Ducharme - Inscrit 31 mars 2017 08 h 19

    L'infamie, c'est de répandre la confusion

    Prétendre défendre la laïcité de l'État tout en s'appuyant et en approuvant une décision qui concerne le port du voile dans une entreprise privée, c'est une façon plutôt primaire de répandre la confusion. C'est la promotion en fait de l'interdiction en général du port des signes religieux et non pas la promotion de la laïcité de l'État. Je résumerais cette position contradictoire de la façon suivante: vous avez le droit de porter des signes religieux pourvu qu'on ne les voit pas.

    Ceux qui veulent interdire le port de signes religieux tout comme ceux qui veulent le rendre sacré accordent une importance exagérée aux signes et aux symboles. Ce n'est pas en interdisant aux femmes musulmanes de porter le voile qu'on combat véritablement les fanatiques islamistes. Ceux-ci comptent justement sur les mesures contre la religion musulmane pour recruter des musulmans frustrés, pour les enrôler dans leur croisade armée contre les «mécréants».

  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 31 mars 2017 08 h 44

    Merci, M. Lamoureux

    Cette information, livrée dans votre texte clairement écrit, permet de confirmer qu'il ne faut plus se sentir coupable de vouloir vivre dans une société laïque, où les religions s'expriment dans la discrétion des sanctuaires, des chapelles, des synagogues et des mosqués.

    Terminé le prosélytisme, l'apostolat, les croisades, le missionnariat, le «crois ou meurs».

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 31 mars 2017 18 h 53

      Connaissez-vous l'histoire des Croisades et ce qu'est le but ultime de l'islamisme (Islam en action)? Si oui, vous ne le classeriez pas parmi des éléments indésirables. Les Chrétiens d'Orient auraient tant besoin des Croisades actuellement pour les défendre contre les persécutions, massacres, viols, pillages et épuration. Consternant de voir le peu de connaissances du terrible destin qu'on réserve à nos enfants, blancs et non musulmans.

  • Françoise Breault - Abonnée 31 mars 2017 09 h 18

    Un texte clair et lucide

    Comme ça fait du bien.

    Amine El Khatmi, auteur de Non, je ne me tairai plus ! approuverait sûrement ce texte.

    En voici un extrait:
    " J'ai été victime d'une campagne de harcèlement. Mon tort ? Avoir fait part de ma colère après qu'une fois de plus la télévision a donné la parole à une musulmane qui a déversé un discours outrageusement victimaire et antirépublicain. Alors qu'elle était dépourvue de toute légitimité, elle parlait en notre nom. En mon nom. Je suis musulman pratiquant. Je suis Français. Je suis franco marocain."