Sciences humaines dans les cégeps: un programme à bonifier

«Il existe des solutions pour relancer et bonifier le programme Sciences humaines», assurent les auteurs. 
Photo: Michaël Monnier Le Devoir «Il existe des solutions pour relancer et bonifier le programme Sciences humaines», assurent les auteurs. 

Ann Edwards, au nom de ses collègues enseignant les sciences humaines au cégep Édouard-Montpetit, adresse une lettre à la ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) dans Le Devoir du 24 mars au sujet de la révision en cours de ce programme. Elle vise surtout à fustiger l’étude faite auprès des universités sur leurs attentes quant à ce programme (rapport Belleau, automne 2016) et au manque de consultation des premiers intéressés, les professeurs de sciences humaines des collèges du Québec. Nous souscrivons aux critiques de madame Edwards, mais notre expertise aux cours des 30 dernières années nous pousse à aller plus loin dans l’analyse de ce programme, le plus populeux du réseau collégial. Il représente près de la moitié des étudiantes et étudiants inscrits au préuniversitaire et environ 30 % de tous les cégépiens.

Un peu d’histoire : le programme Sciences humaines version 1991

En 1989, un minicolloque avait réuni, au cégep Édouard-Montpetit, où enseigne madame Edwards, les coordonnateurs provinciaux des disciplines des sciences humaines et leurs exécutifs respectifs (des professeurs du collégial représentant une dizaine de disciplines) et des représentants des départements des sciences humaines des universités québécoises. Les propos tenus par les universitaires à ce colloque ressemblaient étrangement aux conclusions des attentes actuelles des universités, si l’on se fie au rapport Belleau. Les universitaires ne voulaient surtout pas que la formation collégiale en sciences humaines ressemble à une minispécialisation dans l’une ou l’autre de leurs propres disciplines universitaires, ils voulaient au contraire que cette formation ressemble à une sorte de culture générale, à la fois disciplinaire et transdisciplinaire, axée sur l’« apprendre à apprendre ».

Rappelons que le programme collégial Sciences humaines implanté en septembre 1991 a répondu en bonne partie aux attentes exprimées par les universités. Ce fut une petite révolution par rapport au programme précédent, laissé aux initiatives locales. Les faits saillants furent : un tronc commun de cours obligatoires à travers la province, un resserrement des choix de cours pouvant être dispensés, une formation contenant des cours transdisciplinaires (méthodes quantitatives, méthodologie de la recherche et activité d’intégration des connaissances acquises), une initiation obligatoire à l’histoire, à l’économie et à la psychologie et des profils de cours orientés vers l’individu, la société ou le monde, mais aussi vers l’administration pour répondre à une demande plus spécifique.

Le programme Sciences humaines version 2001

Approche par compétences oblige, le programme fut révisé et finalisé en 2001. Heureusement, le ministère a maintenu les acquis, tout en y ajoutant une séquence initiation, application, approfondissement et enrichissement dans chaque parcours disciplinaire. Cette ligne directrice semble avoir été respectée par une majorité de cégeps dans la fabrication de leurs grilles de cours — confirmé par une enquête interne menée par le Réseau des sciences humaines des collèges du Québec (RSHCQ).

Le programme actuel a certes besoin d’une cure de rajeunissement, mais il demande surtout à être bonifié. Le ministère conserve la responsabilité de veiller à la qualité de ce programme, en y accordant des ressources suffisantes, mais aussi en veillant à lui insuffler une direction positive. En période de révision, il a aussi le devoir de consulter le milieu adéquatement et de bien évaluer les conséquences de ses choix pour tout le réseau collégial.

Il existe des solutions pour relancer et bonifier le programme Sciences humaines. Il faut faire l’effort de les cerner au-delà de la stricte réécriture du programme et de proposer aux cégeps locaux des idées pour mieux organiser les ressources et réduire les tensions. Par exemple, pour favoriser une culture générale et éviter la surspécialisation, une règle pourrait édicter qu’il n’y ait pas plus de deux ou trois cours par discipline dans ce programme sur le plan local. On pourrait aussi augmenter le nombre de disciplines obligatoires pour renforcer le tronc commun. Une autre hypothèse à explorer pour consolider le programme et poursuivre son renforcement serait d’ajouter plus de cours transdisciplinaires (multi) à caractère scientifique et méthodologique pour renforcer l’aspect scientifique du programme. On connaît notamment l’importance grandissante de la culture numérique dans toute formation d’avenir. On pourrait également renforcer la maîtrise de la langue en mettant l’accent sur la rédaction d’essais ou de rapports scientifiques. On peut réfléchir aussi à augmenter le nombre de cours de 4 heures par semaine, au lieu de trois, pour permettre un meilleur suivi des étudiantes et étudiants et favoriser une moins grande dispersion. D’autres solutions sont à imaginer et à tester, tout cela en n’oubliant pas de permettre aux étudiantes et étudiants d’exprimer leurs préférences et de choisir des cours et des profils signifiants et intéressants.

La discussion est ouverte. En espérant que ce saut dans le temps stimulera des débats fertiles !

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