Lutte contre le racisme: des paroles aux actes

Une mosquée vandalisée à Montréal
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une mosquée vandalisée à Montréal

En cette année 2017, la Semaine d’actions contre le racisme (qui se termine le 31 mars) revêt une importance particulière. Ayant lieu à peine deux mois après la tuerie de Québec, cette semaine d’action et de sensibilisation est une occasion unique pour le Québec de montrer qu’il sait passer des paroles aux actes quand il s’agit de montrer l’exemple en matière de lutte contre le racisme. Il va sans dire que sur ce terrain-là, le rôle et la responsabilité du gouvernement sont de première importance. C’est au gouvernement de donner le ton et d’imposer la cadence devant l’urgence d’agir.

Cela fait maintenant plusieurs années qu’une diversité de groupes tire la sonnette d’alarme concernant le racisme dans notre société. Aux problèmes de discrimination à l’embauche, de profilage racial, de barrières institutionnelles à la reconnaissance des diplômes, de discrimination au logement, de sous-représentation dans les médias ou à l’Assemblée nationale, viennent s’ajouter les délits et les crimes haineux, les lieux de culte vandalisés, l’intimidation, les menaces de mort contre les militants antiracistes, et maintenant la tuerie atroce à la mosquée de Sainte-Foy.

S’il n’existe pas de races au sens biologique du terme, on conviendra qu’il existe une construction sociale qui racialise les citoyens. Il existe un système social qui fait en sorte qu’une personne est défavorisée dans la société par sa couleur de peau, sa religion ou ses origines. Ce système, qui produit et reproduit des inégalités entre citoyens sur la base de leur racialisation, est appelé racisme systémique.

Pour comprendre le racisme systémique, l’analyser, le déconstruire et lui apporter des réponses globales et cohérentes, il faut d’urgence mettre sur pied une commission de consultation publique sur le racisme systémique. Cet exercice démocratique important doit être le point de départ d’un ensemble de politiques publiques qui viseraient à répondre de manière efficace et innovante aux défis établis. Mais déjà, il est possible de proposer quelques pistes pour la mise en oeuvre d’initiatives très concrètes inspirées de politiques publiques existantes au Québec ou ailleurs.

Conseil de la lutte contre le racisme : À l’instar de la Direction générale de l’action contre le racisme en Ontario, il faut créer un Conseil de la lutte contre le racisme. Ce conseil serait au racisme ce que le Conseil du statut de la femme est au sexisme.

Droit au travail : Établir des politiques claires d’actions positives avec des objectifs chiffrés afin que toutes les institutions publiques atteignent leurs buts en matière d’embauche de personnes issues des minorités racisées.

Éducation : Introduire un cours obligatoire dans l’enseignement secondaire qui porterait sur le racisme contre les autochtones ou les Noirs, l’islamophobie, l’antisémitisme, le sexisme, l’homophobie, etc. En effet, chaque citoyen québécois doit être éduqué afin d’être en mesure de comprendre ces systèmes d’oppression, leurs particularités, leurs origines et leurs manifestations. Au-delà de la notion de « diversité », il est temps d’enseigner des concepts comme ceux d’essentialisation, de privilèges, de colonisation, de racialisation, de discrimination systémique, de patriarcat, etc. Ces concepts sont essentiels à la participation active des citoyens québécois à un véritable vivre-ensemble égalitaire.

Justice et sécurité : Former les employés des différents corps de police et le Directeur des poursuites criminelles et pénales à reconnaître et à traiter sérieusement les actes haineux. Diffuser l’information sur les cas traités par la police dans le but de rassurer les populations et de dissuader les éventuels criminels.

Prévoir des sanctions sévères contre les employés des corps policiers qui se livrent à du profilage racial. Mettre sur pied un programme de compensation financière permettant de dédommager adéquatement et facilement toute personne victime de profilage racial.

Sensibilisation : Organiser une campagne de sensibilisation nationale pour lutter ouvertement contre toute forme de racisme, y compris contre les autochtones et les musulmans, et mieux valoriser la diversité qui enrichit le Québec.

Représentativité médiatique et culturelle : Assurer une juste représentation de la diversité culturelle et sociale du Québec dans les médias et dans les projets culturels subventionnés en mettant en place des incitatifs forts pour transformer les mécanismes systémiques de reconduction des pouvoirs en place.

Politique municipale et lieux de culte : Établir une politique globale pour garantir aux minorités religieuses leur droit de jouir de lieux de culte accessibles et sécuritaires.

Formation des fonctionnaires : Mettre en place une formation pour sensibiliser les fonctionnaires de l’État aux questions de racisme et de discrimination.

Un Québec plus juste

Le racisme a des impacts directs sur la vie de près d’un million de Québécois. Des personnes noires, autochtones, musulmanes, d’origine latino-américaine, asiatique, arabe ou berbère sont bafouées quotidiennement dans leur droit à l’égalité et à la dignité. Plusieurs sont menacées dans leur intégrité physique. Certaines en sont mortes. L’attentat du 29 janvier dernier a suscité chez la majorité de nos concitoyens beaucoup d’émotion, une prise de conscience et un élan de solidarité sans précédent. Cette cause n’est pas seulement celle des racisés, c’est celle de nous toutes et nous tous, Québécoises et Québécois, qui rejetons les inégalités systémiques et rêvons d’un Québec plus juste, plus harmonieux et plus fort.

Alors que nos voisins du Sud ont élu Trump et que le parti de Marine Le Pen s’apprête à réaliser le meilleur score de son histoire en France, il est temps que le Québec montre la voie à suivre. Il est temps de passer des paroles aux actes.


*Organismes signataires (en ordre alphabétique)

Safa Chebbi, Alternatives ; Jérôme Di Giovanni, directeur général de l’Alliance des communautés culturelles pour l’égalité dans la santé et les services sociaux (ACCESSS) ; Béatrice Vaugrante, directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone ; Laurent Maurice Lafontant, directeur général d’Arc-en-ciel d’Afrique ; Daniel Crespo, Association des juristes progressistes (AJP) ; Nadia Reguigui, coprésidente de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec (AMAL-Québec) ; Azeddine Hmimssa, président de Bel Agir ; Indu Krishnamurthy, président du Centre communautaire des femmes sud-asiatiques ; Maria Anney, Centre des femmes de Longueuil ; Élisabeth Garant, directrice du Centre justice et foi (CJF) ; Ramzi Sfeir, Club Jean Jaures ; Amel Zaazaa, Collectif Hoodstock; Comité Longueuil ville sans racisme et discrimination ; Marie-Pier Boisvert, directrice générale du Conseil québécois LGBT ; Ihsaan Gardee, président du Conseil national des musulmans canadiens (NCCM) ; Jérôme Pruneau, directeur général de Diversité artistique Montréal (DAM) ; Khaled Faraj, Fédération des Canadiens musulmans (FCM) ; Mélanie Sarazin, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) ; Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ) ; Amelia Moreno, Femmes de diverses Origines (FDO); Marlihan Lopez, Fondation paroles de femmes
Nolywé Delannon, présidente de Force Jeunesse ; Samer Majzoub, président du Forum Musulman Canadien (FMC-CMF); Aziz Djaout, directeur de la Fondation 29 janvier 2017 ; Alan Wong, coordonnateur du Gay and Lesbian Asians of Montreal (GLAM); Melissa Mollen Dupuis, Idle No More Québec ; Eve Torres, présidente de LaVOIEdesFemmes ; Christian Nadeau, président de la Ligue des droits et libertés (LDL) ; Gabriel M Bazin, président de la Ligue des Noirs ; Hanadi Saad, présidente de Justice femme ; Marjorie Villefranche, directrice générale Maison d’Haïti ; May Chiu, Ouellet Nadon et associé-es.

Personnes Signataires

Valérie Amiraux, Département de sociologie, Université de Montréal ; Gérard Bouchard, Département de sciences humaines, Université du Québec à Chicoutimi ; Sirma Bilge, Département de sociologie, Université de Montréal ; Ryoa Chung, Département de philosophie, Université de Montréal ; Martine Delvaux, Département d’études littéraires, Université du Québec à Montréal ; David Koussens, Faculté de Droit, Université de Sherbrooke ; Mathieu Marion, Département de philosophie, Université du Québec à Montréal ; Maryse Potvin, Département d’éducation et formation spécialisées, Université du Québec à Montréal ; Louis Rousseau, Département de sciences des religions, Université du Québec à Montréal ; Michel Seymour, Département de philosophie, Université de Montréal ; Charles Taylor, Département de philosophie, Université McGill ; Daniel Weinstock, Faculté de droit, Université McGill ; Maria Anney, responsable de la communication et des relations interculturelles du Centre des femmes de Longueuil ; Dalila Awada, Fondation paroles de femmes ; Merouane Kamereddine Bensalem, commerçant; Leila Benhadjoudja ; Daisy Boustany; Katrie Chagnon, conservatrice de recherche, Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia ; Pascale Chanoux, coordonnatrice des volets employabilité et régionalisation de l’immigration, TCRI ; Nora Chénier-Jones, cofondatrice de Pluralisme Outremont ; France Choinière, direction, DAZIBAO ; Alexa Conradi, militante et écrivaine ; Nelly Daou ; Jennifer Dorner, cofondatrice de Pluralisme Outremont, directrice de la galerie FOFA, Université Concordia ; Marie-Hélène Dubé, avocate ; Dina Husseini ; Asmaa Ibnouzahir, autrice féministe ; Mouloud Idir, coordonnateur du secteur Vivre ensemble ; Caroline Jacquet, organisatrice communautaire à la FFQ ; Karine-Myrgianie Jean-François, travailleuse communautaire et militante féministe, queer et antiraciste ; Stella Jetté, artiste et travailleuse sociale ; William Korbatly, avocat ; Maïtée Labrecque-Saganash ; Aurelie Lanctot, écrivaine ; Coraline Le Moyne, Salam Alaikom Québec ; Bochra Manaï, chercheuse postdoctorale, Université de Montréal ; Siegfried L. Mathelet, chercheur associé, UQAM ; Mohamed Mimoun, chargé de la mobilisation et du développement au Forum Jeunesse de Saint-Michel ; Kaligirwa Namahoro, conférencière et militante antiraciste; Pascale Navarro, auteure ; Sara Santillan, intervenante communautaire ; Doudou Sow, consultant-formateur en intégration professionnelle et gestion de la diversité ; Atif Taoussi, responsable des relations publiques de Bel Agir ; Michèle Thériault, commissaire, directrice Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia ; Claire Trottier, Citoyen.ne.s pour un Outremont inclusif ; Adina Ungureanu, agente de liaison, ACCESSS ; Sameer Zuberi, administrateur, Association canadienne des avocats musulmans.

10 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 25 mars 2017 03 h 46

    Il est temps de faire un examen de conscience au lieu de crier au racisme!

    Il faudrait que les immigrants fassent leur part aussi pour s'intégrer à la société hôte. Il ne faut pas que la religion prenne le dessus de la citoyenneté, par exemple, ou l'égalité homme/femme. Je pense au succès de Boucar Diouf, un immigrant d'une minorité visible, mais qui voulait s'intégrer au lieu de jouer à la victime. Il faudrait que la communauté intégriste fasse un examen de conscience.

  • Robert Laroche - Abonné 25 mars 2017 12 h 24

    Un entêtement non productif

    Un entêtement non productif sur l'utilisation du concept du racisme systémique le titre de la démarche est claire "consultation sur le racisme et la discrimination systémique" "" (Lamine Foura)

    Beaucoup de faits véridiques dans ce texte mais une confusion est entretenu y compris celle d'imposer une nominalisation à la situation qu'on cherche à élucider.

    Cette nominalisation est justement le vocabulaire qu'un certain pouvoir politique cherche à exercer sur la situation.

    C'est le pouvoir de la définition sociétale qui précède l'étude et le dialogue.

    • Marc Therrien - Abonné 25 mars 2017 16 h 41

      Le plaisir de la problématique

      Il s’agit là peut-être d’un effet secondaire indésirable d’une culture universitaire en expansion. On étudie et on cherche beaucoup dans notre petit pays. L’existence de l’esprit universitaire est fondée sur la problématique, l’art et la science de découvrir et formuler des nouveaux problèmes. Et comme l’esprit universitaire peut passer sa vie et s’éterniser dans la simple spéculation théorique, il n’a pas à se préoccuper de savoir si le nouveau problème qu’il formule peut être soluble.

      On peut même se demander si le plaisir de se distinguer dans la compétition universitaire de la spéculation réside justement dans la formulation raffinée de problèmes insolubles.

      Marc Therrien

  • Cyril Dionne - Abonné 25 mars 2017 16 h 39

    Franchement !

    Lâchez les autochtones. Vous les mentionnez quand cela fait votre affaire. Demandez-leurs ce qu’ils pensent d’une immigration sans balise où les nouveaux arrivants sont mieux traités qu’eux parce que politiquement, c’est plus payant.

    En plus d’une panoplie d’innombrables accommodements déraisonnables, si on vous a bien compris, il faudrait pratiquer la discrimination positive afin d’avoir les quotas nécessaires dans la fonction publique et au diable les compétences. Dans le secteur privé, c’est les compétences qui priment sinon ils ne seront pas en affaires très longtemps.

    En éducation, les cours civiques existent déjà sur le racisme contre les autochtones ou les Noirs, l’islamophobie, l’antisémitisme, le sexisme et l’homophobie. En ce qui concerne la reconnaissance des diplômes, eh bien, c’est comme dire qu’un baccalauréat obtenu du MIT en génie électrique équivaut à celui du diplôme obtenu dans une école d’Algérie. Sans un examen minutieux des compétences et de l’expérience, la situation risque de devenir ridicule très rapidement. Dans les pays en voie de développement, on peut tout simplement s’acheter n’importe lequel des diplômes.

    Évidemment, vous n’avez que des yeux pour l’attentat du 29 janvier dernier, mais rien en ce qui concerne les autres perpétrés par des groupes islamiques. Seulement en 2017, il y en a eu plus de 26 dans le monde jusqu’à date sans oublier celui de Londres. En 2016, c’était plus de 95 attentats. En bref, vous voyez où le monde de dirige.

    Le racisme systémique est un leurre tout simplement. Jouer la victime pour avoir des droits qui sont plus égaux que les autres tout en oubliant, encore une fois, les responsabilités qui découlent envers la société d’accueil. Le Québec est une société ouverte sur le monde. Allez voir ailleurs et vous m’en direz des nouvelles. Les gens sont pas mal « tannés » de ces discours victimaires.

  • Gaetane Derome - Abonnée 25 mars 2017 17 h 17

    Non au racisme mais pas de faveurs non plus..

    Pour ce qui est des emplois je ne suis pas pour une discrimination positive(ni négative bien sûr).Hommes,femmes,blancs,noirs,toutes ethnies ou minorités sexuelles,tous devraient être engagés pour leurs compétences.On ne devrait pas faire d'âgisme non plus.

    Je pense aussi que dans la fonction publique la laicité devrait s'appliquer.Nous devrions avoir un loi semblable a la France.Donc,dans les écoles aussi.Cela aiderait l'entente et l'égalité entre les citoyens.

  • Nicole Vermette - Inscrite 26 mars 2017 09 h 47

    Vous avez remarqué sur la photo que la fenêtre a été brisé de l'intérieur vers l'extérieur.