Inutile d’interdire les poissons-appâts

L’interdiction menace un créneau de pêche très important qui soutient toute une économie
Photo: Olivier Zuida Le Devoir L’interdiction menace un créneau de pêche très important qui soutient toute une économie

La Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs porte le plus grand respect aux chercheurs québécois dont les travaux améliorent la gestion de la faune de notre province. Mais encore faut-il qu’ils comprennent bien les dossiers sur lesquels ils prennent position.

Les chercheurs Céline Audet, Louis Bernatchez et Pascal Sirois plaident, dans un article publié dans Le Devoir le 23 mars, en faveur de l’interdiction des poissons-appâts vivants comme moyen de contrôle de la propagation de la carpe de roseau. Mais, dans les faits, l’arrivée de cette carpe n’est qu’un prétexte pour alarmer le public au sujet des poissons-appâts.

Pour notre fédération, l’interdiction de poissons-appâts vivants n’entraînera pas que la perte d’une petite fraction des adeptes de pêche qui pratiquent la pêche blanche. On craint la perte d’un créneau de pêche très important qui soutient toute une économie, particulièrement au lac Saint-Pierre, au coeur de la région la plus populeuse de la province. Il y a deux ans, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) tenait un discours similaire à la veille de l’augmentation inconsidérée des tarifs des permis de pêche. Résultat : 55 000 permis de pêche de moins vendus par année ! Il est à parier que cette baisse va se poursuivre et même qu’elle accélérera avec cette interdiction.

Déjà interdit

La réclamation du statu quo ne concerne pas le fait que l’on considère que le mal est déjà fait. Elle concerne le fait qu’il est déjà interdit d’utiliser les poissons-appâts vivants dans la plupart des eaux intérieures, particulièrement là où il y a de l’omble de fontaine. Le triste épisode de la dispersion du meunier noir date d’une autre époque, où les règles étaient toutes autres. Aucune autre invasion de ce genre n’est survenue depuis et ne pourrait survenir, étant donné qu’il est interdit de posséder, de transporter ou d’utiliser des poissons-appâts dans de tels lieux. Si cela survenait, ce serait dû à des contrevenants pour qui l’ajout de nouvelles réglementations ne changera rien. Pour le corridor fluvial, on utilise les poissons-appâts là où ils vivent !

Par ailleurs, les poissons-appâts vivants utilisés pour la pêche blanche sont capturés tard à l’automne, alors qu’ils mesurent généralement moins de sept centimètres. À ce moment, les jeunes carpes en mesurent presque le double. Il est impossible pour les pêcheurs commerciaux de poissons-appâts accrédités de confondre les poissons-appâts et les carpes de roseau. Jamais une carpe ne pourrait se retrouver chez un détaillant.

Concernant les études sur le sujet, nous avons maintes fois demandé au MFFP de nous présenter les siennes, ainsi que ses analyses de risque concernant la vente et le transport des poissons-appâts. Nous les attendons toujours.

En terminant, nous poserons cette question : pourquoi les gestionnaires de l’Ontario et des États américains limitrophes du Québec, déjà aux prises avec des carpes de roseau, jugent-ils qu’il est possible d’utiliser plus libéralement les poissons-appâts qu’au Québec ?

1 commentaire
  • René Pigeon - Abonné 25 mars 2017 17 h 55

    N’est-il pas souhaitable de pêcher une carpe du roseau pour en faire des appâts si on veut réduire la présence de cette espèce envahissante ?

    La réplique à la tribune du 23 mars est recevable jusqu’à ce que je tombe sur le paragraphe suivant :
    « Par ailleurs, les poissons-appâts vivants utilisés pour la pêche blanche sont capturés tard à l’automne, alors qu’ils mesurent généralement moins de sept centimètres. À ce moment, les jeunes carpes en mesurent presque le double. Il est impossible pour les pêcheurs commerciaux de poissons-appâts accrédités de confondre les poissons-appâts et les carpes de roseau. Jamais une carpe ne pourrait se retrouver chez un détaillant. »

    Questions :
    Pourquoi « confondre les poissons-appâts et les carpes de roseau » et « Jamais une carpe ne pourrait se retrouver chez un détaillant » poseraient-ils problème ?
    N’est-il pas souhaitable de pêcher une carpe du roseau pour en faire des appâts si on veut réduire la présence de cette espèce envahissante ?