Pour en finir avec les demi-vérités sur le financement des organismes communautaires

Manifestation à Montréal pour un meilleur financement des organismes communautaires
Photo: Olivier Zuida le Devoir Manifestation à Montréal pour un meilleur financement des organismes communautaires

Lettre ouverte à la ministre Charlebois


Dans la foulée des actions de la campagne « Engagez-vous pour le communautaire » vous avez été interpellée lors de la période de questions-réponses orales du 7 février, au sujet du sous-financement des organismes communautaires.
 

Cette campagne, qui réunit l’ensemble des secteurs de l’action communautaire autonome de tout le Québec, réclame un rehaussement annuel de 475 millions. Votre réponse, qui semble nier le problème de sous-financement, en a toutefois déçu plusieurs. Par respect pour les dizaines de milliers de personnes oeuvrant sans relâche au sein de ces organismes, permettez-nous de rectifier certains faits.

D’abord, il est inexact de prétendre qu’il n’y a pas eu de coupes dans le communautaire. Plusieurs organismes ont subi une diminution de leur financement, comme c’est le cas pour les organismes de soutien au logement social. D’autres, comme les organismes communautaires en environnement, ont vu leur programme de financement être supprimé sans préavis ni explication.

Vous dites que le gouvernement investit 1 milliard par année dans les organismes communautaires, mais vous omettez de préciser que seulement la moitié est consacrée au financement à la mission globale. Cette forme de financement, que nous voulons voir augmenter de 475 millions par année, garantit notre autonomie, contrairement aux ententes de service ou par projet qui nous rendent dépendants du réseau public. Le financement à la mission donne les moyens aux communautés de trouver par elles-mêmes des solutions aux problématiques sociales auxquelles elles sont confrontées. Ces communautés, qui sont composées de plus de 400 000 bénévoles, ont démontré depuis plus de 40 ans leur capacité à gérer collectivement et avec rigueur les sommes attribuées.

En ce qui concerne l’indexation, seuls les organismes en santé et services et sociaux voient leur financement augmenter annuellement, mais cela, à des montants bien en deçà de l’augmentation des frais de fonctionnement. Ainsi, l’absence ou l’insuffisance d’indexation a pour conséquence l’appauvrissement des organismes communautaires.

La croissance des inégalités sociales et économiques au Québec n’est pas un mythe. Le sous-financement des organismes communautaires non plus. Le Québec s’appauvrit, et ce sont les personnes fragilisées qui paient les frais de vos choix politiques. Faute de services publics et de programmes sociaux adéquats, ces personnes sont démunies. Lorsqu’elles se retournent vers les organismes communautaires, elles constatent qu’ils ne sont pas en mesure de répondre à la demande. Il est grand temps de rectifier le tir et de réinvestir massivement dans les organismes communautaires, les services publics et les programmes sociaux afin d’assurer le respect des droits de toutes et tous et de réduire les inégalités socio-économiques.

Depuis plusieurs années, vous vous positionnez comme étant la plus grande alliée des organismes communautaires. Cela tombe bien, nous avons grand besoin d’alliés. Le gouvernement doit agir ! Nous nourrissons beaucoup d’espoirs quant à votre capacité de faire preuve de leadership pour que le financement des 4000 organismes d’action communautaire autonome devienne une priorité gouvernementale dans l’ensemble des ministères, et ce, dès le prochain budget.

*Coalition des Tables régionales d’organismes communautaires, Fédération des centres d'action bénévole du Québec, Fédération québécoise des organismes communautaires Famille, Front d’action populaire en réaménagement urbain, Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec, Regroupement des auberges du cœur du Québec, Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec, Regroupement des organismes en défense collective des droits, Réseau québécois de l’action communautaire autonome, Réseau québécois des OSBL d’habitation, Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles, Table nationale des corporations de développement communautaire 

10 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 23 février 2017 05 h 15

    … ?!? ...

    « Nous nourrissons beaucoup d’espoirs quant à votre capacité de faire preuve de leadership pour que le financement des 4000 organismes d’action communautaire autonome devienne une priorité gouvernementale dans l’ensemble des ministères, et ce, dès le prochain budget. » (Texte collectif)

    Bien sûr que certes, sauf que, depuis des décennies, les autorités gouvernementales ont peur non pas des Ressources communautaires qui offrent des services compétents d’appoint, mais de la question de leur « autonomie » !

    Le jour où cette question sera résolue (reste à savoir son « comment-pourquoi »), le financement gouvernemental suivra sans problémo !

    Entre-temps ou …

    … ?!? ... - 23 fév 2017 -

  • Christian Montmarquette - Abonné 23 février 2017 07 h 21

    Un gouvernement sans colonne


    Que le gouvernement libéral abolisse donc la baisse immorale de taxes et d'impôts de 0.8% sur les profits des banques et des institutions financières que le gouvernement Charest leur avait donné en cadeaux inutiles. Et c'est plus de 800 millions!! qui seraient immédiatement disponibles pour financer les organismes communautaires en services directs et de première ligne aux populations les plus vulnérable et laissées pour compte par Philippe Couillard.

    Ces grands experts en économie qui crient sans cesse famine pour justifier leur politiques scélérates d'austérité sélectives, ne sont même pas capable de voir qu'il y a deux colonnes dans la gestion des deniers publics.

    Ils ne nous parlent que des compressions dans la colonne des dépenses, sans mentionner qu'ils pourraient parfaitement augmenter la colonne des revenus pour peu qu'ils aient un peu de colonne évidemment..

    Christian Montmarquette

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 23 février 2017 11 h 13

      D'accord avec vous,M.Montmarquette .

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 février 2017 20 h 26

      Merci M. Grisé.

  • Louise Trencia - Inscrite 23 février 2017 08 h 13

    couper ce qui l'est déjà et provient de coupes...

    Le sous financement du communautaire, c'est rajouter l'ignominie à l'ignominieux.

    Une grosse partie du communautaire se doit d'exister parce que les plus pauvres sont les vaches à lait des plus riches (qui, eux, ont des crédits d'impöt, des abris et paradis fiscaux).

    Le communautaire assume ce que le gouvernement n'assume pas pour les citoyens.

    Le régime d'austérité libérale s'est fait, se fait sur le dos des "moins nantis", des plus pauvres et crée encore plus de pauvreté. C'est le communautaire qui permet à bien des gens de ne pas sombrer totalement, combattre la faim, l'ignorance, le dénuement total, la solitude, le manque de soins, l'isolement: en fait, tout ce que crée un gouvernement néolibéral, favorisant les plus riches et draînant la richesse collective exclusivement vers le haut.

    La discrimination raciale, religieuse sert aussi à la division du peuple, aussi bien couper dans les groupes apportant des outils d'intégration (on a coupé ce bel instrument qu'étaient les COFI, entre autre).

    En éliminant, par son sous financement, des organismes communautaires le gouvernement nie la pauvreté qu'il crée, tout en se gardant des réservoirs de cheap labour (mesures de retour à l'emploi d'assistés sociaux). Il veut garder le contrôle sur la misère : laquelle lui bénéficie le plus.

    Ce mëme gouvernement fera aussi taire les citoyens ayant le plus besoin du communautaire, en rayant de la carte leur droit de représentation à l'assemblée nationale (Sainte-Marie-Saint-Jacques).

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 février 2017 10 h 35

      À Louise Trencia,

      Comme de fait Mme Trencia,

      Les gouvernements néolibéraux du PQ et du PLQ ont commencé par larguer leurs responsabilités les plus fondamentales en matières de droits humains, pour les remettre entre les mains d'organismes communautaires précaires et sous-financés, afin de les payer moins chers que des employés.es de la fonction publique, qui disposaient eux, d'emplois stables, bien payés et syndiqués.

      Et maintenant que cette première étape a été franchie..

      C'est au communautaire lui-même que nos gouvernements s'attaquent!

      - Que restera-t-il comme services publics aux moins nantis et même au gens ordinaires à la fin de cette opération néolibérale machiavélique?

      - On s'en doute!

      Seuls les nantis pourront avoir accès à des services privés et payants.

      Pour les autres..

      Ce sera.. Mange ta main.. garde l'autre pour demain!

      Christian Montmarquette

  • Jean-Yves Arès - Abonné 23 février 2017 12 h 50

    Ventilation du secteur s.v.p.


    Lancer des chiffres sans leur contexte cela n'éclaire personne.

    475 millions$ (un-demi milliard...) pour 4,000 organismes cela donne aucune idée du nombre de personnes concernées, de leurs budgets, du budget global, de l'équivalent du nombre d'emploi à temps plein, ect.

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 février 2017 15 h 34

      À Jean-Yves Arès,

      "475 millions$ pour 4,000 organismes cela donne aucune idée du nombre de personnes concernées.." - Jean-Yves Arès

      475 millions divisé par 4000 groupes communautaires de première ligne.

      Ça donne 118, 750$ par organisation soit environ le quart du salaire annuel d'un médecin spécialiste.

      Ce qui, vous le reconnaitrez, dans le cas qui nous occupe, n'est vraiment pas le Pérou..

      Christian Montmarquette

    • Jean-Yves Arès - Abonné 24 février 2017 09 h 44

      Vous n'éclairez pas plus monsieur Montmarquette.

      Le presque demi-milliard demandé est un ajout au présent budgets de fonctionnement; « réclame un rehaussement annuel de 475 millions ».

      Le portrait des budgets de fonctionnement présents eux restent inconnus.

      Le pourquoi de cette demande d'ajout important de buget reste très flou. Ajout de services, ou simplement augmentation des rémunérations de ceux qui s'y activent?

    • Christian Montmarquette - Abonné 24 février 2017 11 h 32

      À Jean-Yves Arès,

      Le financement des groupes communautaires sont connus ET publics. Si vous vous donniez la peine de cherchez un peu, ça éviterait aux autres d'avoir à faire vos recherches à votre place.

      Lorsqu'on regarde comment sont financés les 4000 organismes d'action communautaire autonome au Québec, on constate que la situation n'est pas la même pour tous.

      Environ les trois quarts d'entre eux, qui oeuvrent dans le secteur de la santé et des services sociaux, reçoivent leur financement du ministère de la Santé par l'entremise du Programme de soutien aux organismes communautaires. C'est le cas notamment des organismes qui soutiennent les victimes du cancer ou qui viennent en aide aux toxicomanes.

      Pour l'année en cours, ces organismes se partagent une enveloppe globale de plus de 528 millions de dollars.

      De manière générale, le financement de ces organismes est indexé d'année en année, mais parfois en deçà du taux d'inflation qui était de 1,4% au Québec en 2014. L'indexation est de 1% cette année et elle a été de 0,9 % l'an dernier.

      Pour ce qui est des autres organismes communautaires, leur situation varie en fonction du ministère qui les finance. Par exemple, les organismes de défense des droits, qui soutiennent entre autres les assistés sociaux, les chômeurs ou les locataires, se sont partagé l'an dernier près de 25 millions de dollars.

      Ce montant étant resté relativement stable ces dernières années, le budget de ces organismes n'a donc pas été indexé.

      À savoir si la clientèle des organismes communautaires augmente, la plupart des organismes affirment que oui en raison des coupes dans les services sociaux. Mais le gouvernement ne compile pas de données globales sur le nombre de personnes qui fréquentent les organismes communautaire.