Promouvoir la société que nous voulons

«Avant d’élever les seuils d’immigration ne serait-il pas plus judicieux de préciser dans quelle mesure on parvient à intégrer de façon satisfaisante les personnes immigrantes qui sont déjà là?» s'interroge Lucie France Dagenais.
Photo: Francis Vachon Le Devoir «Avant d’élever les seuils d’immigration ne serait-il pas plus judicieux de préciser dans quelle mesure on parvient à intégrer de façon satisfaisante les personnes immigrantes qui sont déjà là?» s'interroge Lucie France Dagenais.

Le Québec discute ces derniers temps de l’opportunité ou non d’accroître ses seuils d’immigration sous la pression du monde économique, qui voudrait les augmenter. Les seuils d’immigration ont été établis à l’origine dans un contexte où l’État providence devait prendre en charge les différents aspects de l’intégration d’un immigrant (langue, scolarité, emploi, etc.). Aujourd’hui, assurer l’intégration des personnes qu’on accueille est un grand défi dans un contexte où l’intervention de l’État est souvent remise en cause. Certes, l’État a la responsabilité d’activer ses services, et les entreprises privées ont aussi la responsabilité d’offrir des emplois aux personnes immigrantes qui ont les compétences nécessaires. On peut quand même se demander ce qu’une société qui prétend vouloir accueillir des immigrants devrait offrir afin d’assurer leur intégration adéquate au Québec.

Avant d’élever les seuils d’immigration ne serait-il pas plus judicieux de préciser dans quelle mesure on parvient à intégrer de façon satisfaisante les personnes immigrantes qui sont déjà là ? En d’autres mots, ne devrait-on pas prendre en compte et corriger les difficultés d’intégration actuelles avant de vouloir augmenter des seuils théoriques ? Par exemple, il faudrait reconnaître les constats sur le taux de chômage plus élevé dans certaines communautés immigrantes et s’atteler à les résoudre. Par exemple, il faudrait favoriser plus d’occasions de rencontres entre les immigrants et la communauté francophone afin de réduire le hiatus qui menace devant la force d’attraction écrasante de l’univers anglo-saxon toujours concurrent.

Tous les aspects de la trajectoire

Dans un exercice d’évaluation, les autorités devraient pouvoir déterminer tous les aspects de la trajectoire à suivre par l’immigrant qui arrive et s’assurer que des services sont disponibles à cet effet. Les exigences au regard de l’apprentissage de la langue française (programmes de francisation à rendre obligatoire ?) devraient offrir à l’immigrant toutes les facilités requises. En matière d’accès à l’emploi, le processus de reconnaissance des diplômes est au coeur de l’intégration optimale d’une personne. Les corporations professionnelles ont ici une contribution à apporter afin d’accélérer ce processus et faire en sorte que les personnes qualifiées puissent accéder à un emploi à leur mesure. De nombreux médecins, infirmières, informaticiens ou encore ingénieurs déjà formés pourraient, moyennant une certaine mise à niveau (durée et coût raisonnables) de leur compétence, parvenir à contribuer aux besoins criants d’une société québécoise vieillissante requérant un renouvellement d’effectif pleinement qualifié. Si ces personnes immigrantes ont besoin du Québec, le Québec a besoin de toutes ces personnes dans la population active. On ne peut pas s’offrir le luxe de perdre des compétences ou encore de négliger l’intégration des personnes à la société francophone.

Outre que les jeunes familles immigrantes ont besoin de se loger, elles requièrent des places en garderie. En éducation, leurs enfants doivent pouvoir accéder facilement à l’école publique française, et ce, dans des locaux accessibles et propres (pas de moisissures…). Qu’on favorise également l’accès aux institutions francophones d’enseignement supérieur.

En outre, ces familles, tout comme les autres québécois, doivent pouvoir recourir à un médecin de famille et à des soins de santé gratuits. Les deux parents, la mère tout comme le père, devraient pouvoir intégrer le marché du travail dès que leur formation est achevée. Les milieux du travail sont en mesure d’offrir des occasions de rencontres et d’échanges avec d’autres travailleurs, et de favoriser ainsi le développement d’un réseau personnel de relations.

[…] Les représentants des autorités politiques ou économiques qui soutiennent la hausse des seuils sans évaluation préalable de la situation qui prévaut ne devraient-ils pas visiter le terrain plus souvent ? Ils pourraient venir constater les obstacles, véritable parcours du combattant, qu’un nouvel arrivant doit surmonter afin de parvenir à s’intégrer dans un nouveau pays. Il suffit de prendre le métro le matin à Montréal pour se rendre compte de l’extrême diversité ethnique concentrée au coeur de la ville et dans certains de ses quartiers centraux ! Seule une telle visite peut donner toute la mesure de l’importance du phénomène migratoire et de la nécessité de le prendre en compte au Québec dans les décisions à venir afin de promouvoir la société que nous voulons.

7 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 20 février 2017 02 h 11

    Ici on pratique la religion en privé.

    J'aime me mettre toujours dans la peau des plus démunis et des plus vulnérables. Si je souffrais l'enfer dans un pays où se trouve la guerre ou la famine, j'aimerais que quelques pays me tendent la main en m'offrant un abri où je pourrais trouver refuge. Oui, on doit aider les immigrants à s'intégrer en leur offrir des cours gratuits de francisation et il faudrait reconnaitre leurs diplômes. Mais il faudrait aussi leur expliquer qu'ici on n'étale pas sa religion en public, les femmes ont la même égalité que les hommes et on pratique la religion en privé.

  • François Beaulé - Inscrit 20 février 2017 07 h 09

    « la communauté francophone » ...

    L'utilisation de cette expression par l'auteure dans le 2e paragraphe pour désigner la majorité des Québécois en dit long sur la réalité démographique de l'île de Montréal, là ou se concentrent la plupart des immigrants. Les Québécois francophones deviennent une communauté parmi d'autres communautés, une minorité parmi d'autres minorités. Ce qui complique l'intégration des immigrants dans la réalité vraie des quartiers et de la vie quotidienne.

    Les seuils d'immigration sont déterminés par un gouvernement qui se laisse mener par le lobby des gens d'affaires et des compagnies à numéro qui louent des taudis infestés de moisissures et de bestioles à des immigrés qui acceptent, faute de mieux, de s'y entasser. Ce qui n'a rien à voir avec la volonté démocratique des Québécois.

    Il faudrait aussi voir venir la prochaine révolution numérique qui, par la robotisation, l'automatisation et l'utilisation de l'intelligence artificielle, permettra de produire plus de biens et de services avec moins d'employés.

    Les besoins en main-d'œuvre vont décliner et il est possible d'envisager un monde en décroissance démographique. Il reste à inventer les outils nécessaires pour corriger un système économique capitaliste fondé sur le rêve fou d'une croissance infinie sur une planète limitée.

  • Lise Bélanger - Abonnée 20 février 2017 08 h 42

    L'immigration est au coeur de notre évolution sociale.

    Accepter toujours plus d'immigrants sans se préocuper de l'avenir du tissus social est irresponsable.

    Votre texte est très pertinent.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 février 2017 11 h 41


      Ce texte et votre commentaire sont d’autant plus pertinents que par souci d’être gentils et fins avec l’argent des autres, les élus municipaux de Montréal songent à accorder tous les services publics gratuitement aux sans-papiers :
      http://www.ledevoir.com/politique/montreal/492141/

  • Jean-Charles Morin - Abonné 20 février 2017 13 h 09

    Une fois ici, qu'arrive-t-il?

    La politique du gouvernement provincial actuel face à l'immigration galopante fait penser à celle des pro-vie envers les foetus: ils font des pieds et des mains pour qu'ils puissent naître mais, une fois au monde, ils se fichent éperdûment de ce qu'ils deviennent. Les nouveaux arrivants devraient être considérés comme des êtres humains et non vus uniquement comme une future clientèle électorale à bas coût qu'on peut manipuler à souhait.

  • Cyril Dionne - Abonné 20 février 2017 15 h 54

    Un référendum sur l'immigration SVP!

    • Gilles Théberge - Abonné 20 février 2017 16 h 56

      Mais non, c'est antidémocratique si l'on se fie au maire Labeaume.