Le Parti socialiste français et le Québec: nouvelle génération

Benoît Hamon a remporté la primaire socialiste dimanche dernier.
Photo: Christophe Archambault Agence France-Presse Benoît Hamon a remporté la primaire socialiste dimanche dernier.

Tombés au combat : ni le président actuel de la République française ni son premier ministre jusqu’à tout récemment ne seront candidats à l’élection présidentielle qui se tiendra à compter de la fin avril. Les deux figures — parmi les plus sensibles au Québec à gauche actuellement — laissent la place à un quadragénaire, Benoît Hamon, né l’année même de la visite historique du général de Gaulle et de son « Vive le Québec libre », en 1967.

Ce candidat a peu de chances de se rendre au deuxième tour — à moins d’un spectaculaire rassemblement avec le candidat écologiste et celui de la France insoumise, qui lui ferait d’ailleurs perdre chez les sociaux-démocrates du PS ce qu’il gagnerait sur sa gauche. Pour l’instant, la gauche est déboussolée et se présente en rangs dispersés. Dans tous les cas de figure, le Québec et les indépendantistes québécois, qui étaient présents dimanche soir en la personne de Stéphane Bergeron, auront beaucoup de travail à faire au cours des prochaines années pour maintenir et raviver la relation avec le Parti socialiste et, plus largement, avec les gauches françaises.

Question québécoise

Le Parti socialiste a toujours eu une façon bien à lui d’aborder la question québécoise, à l’intérieur des déclarations qui, tant à gauche qu’à droite, la « balisent », soit le fameux « non-ingérence non-indifférence » et « l’accompagnement du Québec » par la France, quelle que soit la voie qu’il choisisse. Le PS a ainsi désavoué la sortie tonitruante de Nicolas Sarkozy dans un communiqué, début 2009, où on peut lire qu’il réaffirme « son attachement à la position traditionnelle de la France au Québec ». En octobre 2010, lors d’une mission à Paris, nous avons, Alexandre Cloutier et moi-même, convaincu le PS, par une intervention de Patrick Bloche, député de Paris, de prendre l’engagement dans son programme électoral de « rétablir la position historique de la France par rapport au Québec ». C’est cette politique qui prévaut encore aujourd’hui, en principe. Elle a d’ailleurs été répétée par François Hollande, en 2012, à Pauline Marois. Mais Benoît Hamon sait-il seulement qu’elle existe ?

On ne saurait passer sous silence le fait que François Mitterrand, dès 1981, avait lui aussi mentionné le Québec dans ses « 110 propositions pour la France », préconisant l’« établissement de relations étroites avec le Québec ». C’est sans parler des Michel Rocard, Lionel Jospin et Jean-Pierre Chevènement, qui ont tous posé au fil des décennies une pierre dans l’édification de cette solide relation franco-québécoise.

Le candidat qui est sorti vainqueur de la primaire, Benoît Hamon, est un ancien ministre de l’Éducation nationale qui est venu au Québec, non pas en visite officielle, mais à l’occasion du Sommet international des coopératives qui s’est tenu en 2012. À cette occasion, alors ministre délégué chargé de l’Économie sociale et solidaire, il avait rencontré la ministre québécoise Élaine Zakaïb tout en échangeant informellement et brièvement avec Pauline Marois.

Député de Trappes, en banlieue de Paris, il s’est attiré de nombreuses critiques en décembre dernier lorsque, mis devant un reportage où les femmes se voyaient refuser l’accès à un café non mixte, il réagissait comme suit : « Historiquement, dans les cafés ouvriers, il n’y avait pas de femmes… », avant, le lendemain, de rectifier le tir en se déclarant « contre le fondamentalisme religieux, quand il conduit à confisquer l’espace public aux femmes ».

Victoire des multiculturalistes

Le triomphe de Benoît Hamon à la primaire marque celui des « multiculturalistes » du PS et une rupture certaine par rapport au discours de Manuel Valls, qui n’a pas hésité, lui, à prendre des positions très fortes sur le thème de la laïcité. Ses sorties ont été tournées en ridicule tant par Philippe Couillard que par Justin Trudeau, ce qui l’avait poussé à lancer un senti « respectez la France » lors de son passage à Québec en octobre dernier. Le Parti socialiste est désormais idéologiquement plus près, sur ces questions précises, mais aussi sur le plan social et économique, de Québec solidaire. Tout comme d’ailleurs Jean-Luc Mélenchon, responsable de la France insoumise.

Quant à Emmanuel Macron, qui se dit ni de droite ni de gauche, ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique pendant une courte période, il a, début 2015, accueilli Philippe Couillard pour une portion de sa visite en France. Il a alors souligné que les ententes signées témoignaient « des avancées concrètes de la relation franco-québécoise économique, au-delà de l’évidence culturelle, qui en est le socle et le ciment ». Macron, ancien banquier, le prototype même de cette élite mondialisée française qui préfère s’adresser en anglais plutôt qu’en français à des étudiants allemands, peut-il comprendre profondément les enjeux linguistiques et culturels québécois ? En prime, il se présente non pas comme un partisan d’une Europe des nations, mais d’une Europe fédérale.

Cela dit, on n’en sort pas : si elle ne se rassemble pas très largement, la gauche réduit ses chances de gagner et ouvre la porte, après un quinquennat plus que difficile, à un deuxième duel avec un membre de la famille Le Pen au deuxième tour en 15 ans : Marine pourrait bien affronter Emmanuel Macron si François Fillon ne parvient pas à s’extirper du sac de noeuds dans lequel il est piégé actuellement.

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