L’avenir du français n’est pas garanti… Agissons pour qu’il le soit.

«Il n’y a pas d’excuse pour se défiler de l’obligation de garantie dont nous sommes débiteurs à l’égard des futures générations de francophones», écrit Maxime Laporte.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Il n’y a pas d’excuse pour se défiler de l’obligation de garantie dont nous sommes débiteurs à l’égard des futures générations de francophones», écrit Maxime Laporte.

Le diagnostic est cruel. D’après Statistique Canada, d’ici moins de 20 ans, la population de langue maternelle française au Québec, évaluée à environ 79 % en 2011, chutera selon toute vraisemblance sous la barre des 70 %.

Cela, pendant que l’anglais continuera assurément d’exercer sa puissante force d’attraction auprès des allophones, notamment sur l’île de Montréal où les francophones, y compris de langue d’usage, sont presque déjà passés sous le seuil symbolique de 50 %.

Au Canada anglais, le déclin annoncé du français ira en s’accélérant, alors que la proportion de francophones hors Québec passera normalement de 3,8 % en 2011 à… 2,7 % en 2036. Voilà toute une douche froide jetée sur la vision fantasmagorique de la francophonie canadienne que propagent les Jean-Marc Fournier de ce monde !

Une obligation de garantie

Ces données alarmantes sonnent la fin de la récréation. Qu’attendent donc nos élus pour se remettre au travail ? N’ont-ils pas le devoir absolu de veiller à mettre en oeuvre les mesures structurantes qui garantiront — je dis bien garantiront — aux Québécoises et Québécois qu’au strict minimum, le poids démographique du français, soit environ 80 %, sera encore le même dans un siècle ?

Il ne suffit pas d’ergoter sur la beauté de notre langue commune pour assurer son avenir. Il ne suffit pas non plus, hélas, de mener des campagnes de promotion et de sensibilisation. Les demi-mesures, les voeux pieux, les courbettes législatives vis-à-vis du Canada et de ses tribunaux qui, depuis 40 ans, massacrent à la tronçonneuse notre loi 101, tout cela ne nous a jamais menés nulle part !

Des objectifs clairs

À moins de se résigner à laisser le Québec français se marginaliser et se folkloriser inexorablement, il incombe à nos dirigeants de recourir sans attendre à tous leviers utiles de l’État québécois afin de parachever la reconfiguration institutionnelle entamée par Camille Laurin. Puissent-ils tout d’abord fixer des objectifs clairs en termes quantitatifs, pour le maintien et la progression démographique du français dans tous les domaines de la vie civile, notamment dans le monde du travail et en ce qui a trait à la francisation des nouveaux arrivants. À ma connaissance, tel exercice ne semble jamais avoir été tenté avec sérieux.

Ensuite, pour atteindre ces objectifs, une foule de moyens efficaces et légitimes n’attendent qu’à être mis en place : fin définitive du bilinguisme institutionnel ; francisation obligatoire des nouveaux arrivants ; application de la loi 101 au cégep et aux moyennes entreprises ; révision du statut bilingue de certaines institutions publiques qui, dans les faits, ne remplissent plus les critères prévus par la loi ; financement équitable des institutions d’enseignement supérieur françaises et anglaises selon le poids démographique des deux communautés linguistiques ; réinvestissement majeur dans les budgets de l’OQLF, etc.

Et puis il y a, certes, le recours à l’indépendance nationale. Au point où nous en sommes, cette issue apparaît sans doute comme la plus porteuse pour la suite de notre monde.

Quoi qu’il en soit, l’heure n’est plus à la tergiversation. Il n’y a pas d’excuse pour se défiler de l’obligation de garantie dont nous sommes débiteurs à l’égard des futures générations de francophones.

Si, collectivement, nous avons été assez brillants pour construire les plus grands barrages hydroélectriques du monde, pourquoi diable serions-nous incapables de trouver ensemble le moyen d’assurer à long terme la vitalité de notre langue et de notre culture communes ?

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14 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 27 janvier 2017 02 h 48

    … en français, svp !

    « Ces données alarmantes sonnent la fin de la récréation. Qu’attendent donc nos élus pour se remettre au travail ? » (Maxime Laporte, président SSJB-Mtl, avocat)

    De cette citation, douceur double :

    A Si nos éluEs attendent que le ciel leur tombe sur la tête, la récréation risque de poursuivre sa route longtemps, et ;

    B Si le français évoque la fierté identitaire de peuple, l’indépendance se positionnera, et ce, avec ou sans les partis-mouvements souverainistes !

    Entre-temps, parlons, étudions, travaillons, aimons et vivons …

    … en français, svp ! - 27 jan 2017 -

  • Michel Thériault - Abonné 27 janvier 2017 07 h 36

    Colonisé

    Tant et aussi longtemps que le francophone agira en colonisé et pliera toujours devant l'anglophone, il n'y a rien que l'on puisse faire (10 francos qui se mettent à parler anglais lorsqu'il y a un seul anglo dans la salle, ça vous dit quelque chose ?). En agissant ainsi, nous leur montrons que le français est une langue faible. Vous pouvez bien sortir toutes les théories et études savantes sur le sujet, c'est aussi simple que ça. C'est même trop simple.

    Tenons-nous debout et respectons-nous, les choses se mettront peut être à changer.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 janvier 2017 07 h 42

    Le pire est à venir

    En premier lieu, j’aimerais remercier la Société Saint-Jean-Baptiste pour le combat qu’elle mène depuis des décennies pour la défense du français au Québec.

    En deuxième lieu, j’aimerais souligner que Statistique Canada est comme ces céréales qui ont un côté givré et un côté qui ne l’est pas.

    Lorsqu’elle dévoile les résultats préliminaires de ses recensements, Statistique Canada le fait de manière jovialiste, en soulignant les aspects positifs (ou ceux qui sont les ‘moins pires’).

    Et quand la poussière est retombée, elle dévoile son côté nutritif, généralement accablant pour la société québécoise, alors que les résultats du ‘vieux’ recensement n’intéressent plus le public (qui croit en connaitre les grandes lignes).

    Le côté givré concerne la langue maternelle puisque cela ne tient pas compte de l’assimilation à l’anglais.

    Une personne qui habite le Québec, née de parents francophones, mais qui, de nos jours, lit principalement des textes en anglais, qui voit des films en version anglaise, qui écoute de la musique anglaise et surtout, qui parle anglais à la maison, n’est plus un Francophone.

    Donc à mon avis, la langue maternelle représente le passé : ce qui importe, c’est la langue actuellement utilisée. Or celle parlée à la maison en est le meilleur indice : c'est le côté nutritionnel de Statistique Canada. Les données à ce sujet ne seront révélées qe dans plusieurs mois.

    J’invite M. Laporte à baser son argumentation sur les données relatives à la langue réellement parlée au moment du recensement et à comparer cela à celle qu’on parlait cinq ans plus tôt dans la région montréalaise, puisque c’est ici que se joue l’anglicisation du Québec.

  • Daniel Gagnon - Abonné 27 janvier 2017 08 h 56

    Il est vital de réagir

    Il est important et vital de réagr.

    On ne mesure pas à quel point la chose est grave.

    Le français est un élément essentiel de notre identité.

    Il est le signe même de notre liberté

  • Jana Havrankova - Abonnée 27 janvier 2017 09 h 10

    Confusion : langue maternelle/langue utilisée

    Jamais ma langue maternelle ne sera le français. Je fais partie des « données alarmantes ». Une confusion est entretenue entre la langue maternelle des immigrants et leur utilisation du français dans leur milieu d’études et du travail. Monsieur Jean-Pierre Corbeil de Statistique Canada affirme : « La grande majorité des immigrants qui viennent s’établir au Québec n’ont pas le français comme langue maternelle, mais l’utilisent au travail, à la maison ou ailleurs dans leur vie quotidienne. »
    Que la langue du travail au Québec soit le français et que les immigrants doivent l’apprendre, c’est une évidence. Mais il faut cesser cette attitude catastrophiste totalement à l’opposé de ce qu’on veut accomplir : franciser les immigrants dans la joie de cette belle et riche langue.

    • Lise Bélanger - Abonnée 27 janvier 2017 19 h 17

      La langue maternelle est celle qu'on apprend de notre mère, au berceau.

      On ne demande pas aux immigrants de ne plus parler leur langue maternelle qui est une richesse et qui leur permet de conserver leur identité antérieure.

      Cependant, chaque pays, état ou province a une langue dominante. Refuser d'y adhérer est antisocial, c'est un mépris pour la majorité.

      Le Québec est la seule province canadienne a offrir une place dominante à sa minorité et à prendre son coin plutôt que de s'affirmer sous prétexte que le Québec est dans un environnement anglophone important. Mea culpa.

      La situation est catastrophique malheureusement et plus particulièrement à Montréal. Juste un peu d'anticipation plutôt que de vois la vie en rose. Il n'est pas alarmiste de voir et prendre conscience du déclin de la langue française au Québec.